Jouer pour grandir

L’itinérance ludique : une pédagogie au service des plus petits

Permettre aux enfants de s’épanouir en leur offrant des univers ludiques différents, voilà le fondement de l’itinérance ludique. Cette pédagogie mise en place par Laurence Rameau, une ex-directrice de crèche est le fruit de plusieurs années de recherche. Explications.
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Bébés à la crèche
C’est quoi « l’itinérance ludique » ?

L’itinérance ludique est une pédagogie mise en place par Laurence Rameau, issue des enseignements de tous les grands pédagogues et des neurosciences. L’idée n’est pas de renier le travail de ses prédécesseurs mais d’aller encore au-delà. « On essaye de mettre en place une pédagogie nouvelle qui corresponde vraiment aux tout-petits » explique Laurence Rameau. En effet, les anciens pédagogues ont plutôt travaillé sur les plus grands. Le but de l’itinérance ludique est donc de trouver une pédagogie valable pour tous les enfants de la crèche.

Les grands principes de l’itinérance ludique
L’itinérance ludique s’articule autour de trois grands principes : la libre circulation des enfants dans la crèche, la création d’univers ludiques, le fait que l’enfant soit auteur de son jeu.
• La libre circulation des enfants dans la crèche
Exit les sections ! Il faut désormais voir la crèche comme une unité pédagogique. En fonction de l’architecture et des contraintes de la crèche, les équipes vont faire en sorte que les enfants circulent comme ils le veulent à l’intérieur de cette unité.
Ils ne sont plus enfermés dans un seul et même espace. « On supprime les barrières qui donne des airs de prison aux crèches. On laisse les portes ouvertes et on leur permet d’aller voir ce qu’il se passe de l’autre côté », détaille Laurence Rameau.
Les groupes d’âge n’existent plus : « on travaille plutôt de manière vertical. Nous sommes partis du constat que les enfants ont leur repères : l’endroit où ils mangent, où ils dorment. Cela suffit. Et quand ils se promènent, ils vont rencontrer des enfants qui n’ont pas le même âge qu’eux, qui ont un stade de développement différent », poursuit-elle. Et c’est là tout l’intérêt ! L’important est de laisser la possibilité aux enfants de faire des allers et retours dans les différents espaces proposés. « Cela correspond beaucoup plus à ce que les enfants sont à cet âge là. Cela leur permet de construire leurs pensées plus longuement. Ils vont ainsi rester bien plus que 10 minutes sur un jeu ! Ils peuvent en effet rester des heures sur une activité qui leur plait comme la patouille, les cartons… » fait-elle remarquer.
• La création d’univers ludiques
L’idée n’est plus de parler d’ateliers ou même d’activités. Dans l’itinérance ludique on parle « d’univers ludiques » valables pour des enfants de tous les âges. « On met alors en place un univers ludique autour du carton et un autre autour du ménage par exemple », explique l’ex directrice de crèche. « Puis on va collecter des objets ludiques : des cartons avec trous, sans trous, avec rabat ou pas pour le premier, des seaux, des chiffons, des brosses, pour le deuxième… » poursuit-elle.
Et la seule question que les professionnels ont à se poser à ce moment là est : qu’est-ce qu’ils vont faire avec tout ça ? Chaque jour, vous allez être étonnés de voir comment les enfants vont s’approprier ces univers et ces objets. Ils sont en effet à l’âge de la découverte des objets et n’ont pas de représentation du monde. Avec les gommettes par exemple, ce qui les intéresse n’est pas de les coller dans un sapin mais plutôt de voir si elles peuvent se déchirer, coller sur la table, sur leurs mains…etc.
• L’enfant : auteur de son jeu
Grâce aux différents objets ludiques fournis, l’enfant n’est pas seulement acteur de son jeu, il en est l’auteur. Il décide de ce qu’il va faire. Certains vont explorer la texture du carton, d’autres vont faire l’expérience du contenu et contenant en entrant dedans et en en sortant ; d’autres encore vont en faire une voiture ou une maison.
Idem pour l’univers ménage ! Certains vont manipuler les chiffonnettes, d’autres vont les mettre dans un sceau, d’autres encore vont faire semblant de faire du ménage.
« De cette manière, on répond aux attentes de toutes les tranches d’âge », assure Laurence Rameau.

Quelles différences avec le jeu libre ?
L’évocation de ce terme fait gentiment sourire Laurence Rameau : « le jeu ne peut pas être autrement que libre, sinon ce n’est plus du jeu ». Là où sa pédagogie rejoint celle du « jeu libre », c’est le fait que l’enfant joue sans avoir de règles imposées. Mais elle se différencie sur bien d’autres points. Souvent, dans les crèches, la journée alterne entre « jeu libre » et « jeu dirigé ». « Il y a une alternance du laisser- faire avec le faire faire. Dans l’itinérance ludique, nous ne sommes pas dans cela. Nous sommes toujours dans le « permettre de faire » explique Laurence Rameau. Mais permettre, ce n’est pas « tout laisser faire », précise -t-elle.
Autre point non négligeable : la sur-stimulation présente dans le jeu libre. Maria Montessori recommande différents coins : coins poupées, gommettes, dinettes, jeux de construction… « Mais ce qu’avance cette grande pédagogue est plutôt valable pour les enfants à partir de 4 ans. Avant cet âge, les petits ont envie de tout et ne peuvent pas choisir », fait remarquer Laurence Rameau. « Dans l’itinérance ludique, on range et on organise l’environnement pour que le jeu ne soit pas sur-stimulant,  pour leur permette de se concentrer et de faire des apprentissages en rapport avec leurs recherches de bébé ».
Enfin, la place des professionnels n’est pas du tout la même pendant le jeu libre ou l’itinérance ludique. « Quand vous avez 10 coins thématiques vous n’avez pas 10 adultes pour les accompagner. Ils font de la surveillance » pointe l’ancienne directrice de crèche.
Dans l’itinérance ludique, les enfants sont donc accompagnés par les professionnels et pas sur-stimulés.

Comment mettre en place l’itinérance ludique ?
Mettre en place l’itinérance ludique nécessite de gros changements de points de vue. « Il faut déjà se dire qu’on travaille en équipe, pas chacun dans son coin, section par section », conseille Laurence Rameau. « Il faut ensuite modifier son point de vue par rapport à sa position de professionnel vis à vis de l’enfant, » poursuit-elle. Et c’est peut être le point le plus difficile. « Vous n’êtes pas là pour dire à l’enfant comment il faut faire mais pour mettre en place l’environnement qui va lui permettre de faire », nuance la spécialiste.
Il faut sortir du schéma qui consiste à penser qu’on est un bon professionnel parce qu’on montre une production de l’enfant aux parents. « Il faut comprendre que vous n’êtes pas forcément un guide pour l’enfant mais celui qui le voit, le comprend, suis son état émotionnel, l’ accompagne dans ses progrès. L’intérêt de votre travail est alors beaucoup plus grand » assure Laurence Rameau. De cette façon, vous entrez en effet dans la pédagogie de l’étonnement ! Vous ne vous attendez rien et vous allez chaque jour être étonné de la manière dont les enfants vont s’approprier les objets ludiques. « Et c’est ça que vous allez restituer aux parents le soir » s’enthousiasme Laurence Rameau !
Pour mettre en place les univers ludiques, vous allez discuter en équipe de ce que vous souhaitez faire et des limites de chaque univers pour en définir les règles. L’enfant pourra prendre un objet et l’amener dans un autre univers ludique par exemple. En revanche, s’il s’agit de peinture, ce ne sera peut être pas le cas. A vous donc de définir tout cela en amont.
Pour trouver le bon nombre d’univers c’est simple : il y en autant qu’il y a de professionnels (moins un). Vous êtes 4, il y aura alors 3 univers ludiques en même temps pour laisser la 4ème personne en charge de tout le reste : les changes, les couchers, levers…Etc.
Après avoir décidé des différents thèmes, Laurence Rameau vous donne une astuce : introduire de la nouveauté. Vous laissez les univers toute la matinée et vous ajoutez au milieu de celle-ci un élément nouveau : crayons, foulards, boites… « Les enfants sont attirés par la nouveauté mais ont un grand besoin régularité. En introduisant de nouveaux objets, leur attractivité est relancée sans les perturber. Des chemins de pensées différents se mettent alors en place ce qui permet un développement cognitif important, » témoigne Laurence Rameau. Un point reste essentiel : l’enfant va et vient autant de fois qu’il le souhaite dans les différents univers.

Votre rôle dans tout ça ?
Vous avez un rôle de « phare » pour l’enfant. Vous allez éclairer le jeu de l’enfant. Vous allez être une valeur ajoutée affective car vous allez lui dire que vous êtes content de le voir arriver dans votre univers, vous allez l’accueillir, le solliciter… Vous allez aussi avoir une valeur ajoutée sur le plan cognitif. Vous allez en effet mettre des mots sur ce qu’il fait : « tu le mets dans une grosse boite, une plus petite, c’est lourd, c’est léger… ». Enfin vous allez avoir une valeur ajoutée émotionnelle en venant lui demander s’il est content, pourquoi il est agacé, s’il est fâché… Vous effectuez alors un formidable travail d’accompagnement de l’enfant à différents niveaux.
« L’itinérance ludique est une pédagogie extraordinaire qui permet à la fois aux enfants de se sentir bien et aux professionnels d’avoir envie de venir travailler chaque jour grâce à l’étonnement qu’ils vont vivre au quotidien et à leurs grands rôles d’accompagnants », conclut-elle.

 
Article rédigé par : Laure Marchal
Modifié le 15 décembre 2016
Cette pédagogie me fait énormément penser à la pédagogie interactive, ou encore à des pratiques telles que le décloisonnement, et à mon sens n'apporte de nouveau que des termes sans grand intérêt pour les enfants. Il n'est pas nécessaire de créer sans cesse de nouvelle pédagogie si celle-ci n'apporte aucune nouveauté. Un "atelier" ou un "univers ludique" peuvent très bien avoir le même fonctionnement. Cesser de vouloir innover à tout prix pour nous vendre ensuite des livres censés éclairer notre pratique.