Un inventaire des jouets, pour quoi faire ?

L’approche de Noël est une période propice pour s’intéresser de près aux jouets. À l’échelle d’un mode d’accueil individuel ou collectif, connaît-on bien la quantité de jeux et jouets, ceux qui sont en permanence à disposition des enfants ainsi que ceux qui constituent une réserve ? Difficile de donner une réponse sans passer par le stade de l’inventaire. Selon quels critères ? Dans quel but ? Explications et conseils de la psychopédagogue Fabienne Agnès Levine.
Des objets qui se comptent par dizaines, par centaines
Quand on pousse la porte d’un mode d’accueil, la présence de jeux et de jouets saute aux yeux. Ils sont dans des bacs, sur des étagères à portée de mains des enfants, dans des placards aux portes coulissantes ou jonchant le sol. De quoi faire un inventaire détaillé. Il existe des logiciels spécifiques pour la gestion des jeux et jouets mais ils sont destinés, à juste titre, aux ludothécaires. Les professionnels de la petite enfance doivent inventer leurs propres grilles pour répertorier l’ensemble du matériel de jeu et le répartir en groupes distincts. Dans une grande crèche, la centaine est vite dépassée. Ramené au quota par enfant, le résultat est moins impressionnant : 240 jouets dans une crèche dont la capacité d’accueil est de soixante, ça ne fait que quatre jouets par enfant. Reste à vérifier combien de jouets sont sortis en même temps et lesquels restent au fond des placards ou dans une petite salle de rangement ? Parmi ceux mis à disposition, lesquels sont plébiscités par les enfants ? Combien d’exemplaires identiques prévoir ? Le fait de lister les jouets est l’occasion de se poser de s’interroger sur leur usage : À quel âge est destiné ce jouet ? Pourquoi le garage est-il rangé sur une étagère en hauteur ? Sans oublier l’incontournable questionnement autour du trop ou pas assez de jouets. 

Conseil : Avant d’annoncer à un gestionnaire d’établissement que les enfants jouent très bien sans jouet ou presque, tourner sept fois sa langue dans sa bouche car ce message, du fait qu’il induit baisse de budget pour ce poste, est plus vite entendu que l’affirmation contraire.

Des jouets complets, en bon état et utilisés
Un inventaire est l’occasion de vérifier l’état des jouets au moment d’ajouter leur nom à la liste. Sont-ils en bon état ? Sont-ils complets ? Sont-ils aux normes de sécurité ? Un élément qui manque dans une série de gobelets gigognes et le jouet perd tout son sens. On peut décider de le garder pour le bac à transvasements mais pas comme jouet d’assemblage par ordre décroissant. Un puzzle, un encastrement ou un loto des animaux abîmé ou incomplet n’a pas sa place dans un cadre professionnel. Par ailleurs, à quoi bon garder les jouets qui ne sont jamais proposés aux enfants et non adaptés à leur âge ? En effet, les jouets mis à disposition sont en partie le reflet du projet pédagogique. Il serait par exemple étonnant de voir un jouet à piles qui bouge sans rapports de cause à effet déclenchés par l’action de l’enfant dans un établissement où les concepts d’activité autonome et de motricité libre sont au cœur des pratiques.  

Conseil : Accepter les dons de jouets par les familles avec beaucoup de prudence et savoir refuser ceux qui ne correspondent pas à ses valeurs éducatives.

Des jouets à l’unité ou par lots
Faire un inventaire, c’est remplir un tableau manuel ou excel avec des titres et des colonnes. Certains jouets se présentent en un seul élément (bouliers à vagues, toupies, poupées, camions, ballons …) mais ce ne sont pas les plus nombreux. Un grand nombre est composé de plusieurs éléments : ce qu’on appelle « dînette » est un ensemble de récipients et d’ustensiles, les petites voitures vont par groupe, les figurines également. La mallette du docteur et la boîte de bricolage sont composées de plusieurs pièces indissociables, les puzzles et les jeux de société encore plus. D’autres font nécessairement partie d’un lot mais peuvent en être dissociés : les cubes, les perles, d’autres pièces de petit format. Pour les jeux de motricité fine, le moment de l’inventaire est donc aussi celui du tri et de l’étiquetage en vue d’une bonne organisation.

Conseil : Pour chaque jeu de construction, prévoir un contenant rempli d’une ou deux dizaines d’éléments et ranger le reste du lot, sans hésiter à compléter quand le groupe de joueurs s’agrandit. 

Une liste raisonnée des jouets : un acte pédagogique
L’inventaire sous forme de longue liste de tous les jouets présents dans une salle de vie ou dans un établissement est un point de départ mais ne suffit pas. En effet, gérer un stock de jouets est un geste professionnel, au même titre qu’organiser le protocole d’hygiène pour leur entretien ou aménager les espaces de jeu avec soin. Pour que la démarche soit pertinente, il faut non seulement répertorier tous les jouets mais aussi regrouper ceux qui vont ensemble de manière à établir des catégories et des sous-catégories. L’inventaire prend plus de sens lorsqu’il associe les caractéristiques matérielles des objets à des aspects du développement psychomoteur et psychoaffectif de l’enfant. Les ludothécaires disposent d’une classification internationale des jouets appelée « système ESAR » élaborée à partir des descripteurs psychopédagogiques de Denise Garon. Dans les modes d’accueil individuel ou collectif, la version simplifiée d’Odile Perino est plus facile à utiliser : le Classement des Objets Ludiques.  Les deux typologies de jouets citées ont fait leurs preuves mais ça n’empêche pas d’inventer ses propres grilles de classement ou d’ajouter des critère pertinents (jouets écologiques ? jouets encombrants ? etc.).

« Fermé pour cause d’inventaire » 
Ce motif, réaliste pour un commerce ou pour une ludothèque, ne se voit jamais dans le cas d’une crèche. Toutefois, rien n’empêche de mettre l’inventaire des jouets à l’ordre du jour d’une journée pédagogique dont le thème est autour du jeu. L’intérêt d’un inventaire de jouets n’est pas uniquement de pointer ce qui est à renouveler, comme dans le cas de gestion ordinaire d’un stock. Inventorier, c’est prendre le temps d’étudier chaque jouet, de s’interroger sur son usage prévu et celui qu’en font la plupart des enfants. En découlent des questions d’ordre pédagogique : Quelle finalité éducative ? Quel accès aux jouets ? Dans quels espaces de jeu ? Pour quelles interactions entre enfants ?
 
Article rédigé par : Fabienne Agnès Levine
Publié le 05 décembre 2022
Mis à jour le 30 décembre 2022