Les assistantes maternelles face à la calomnie

Témoignage : Assistante maternelle, j'ai été victime d'une dénonciation calomnieuse

Mère de 4 enfants, Valérie (*) s'épanouit dans son rôle d'assistante maternelle pendant des années. Jusqu'à ce lundi de mars 2015 où sa vie professionnelle et familiale bascule suite à une dénonciation calomnieuse. Elle revient aujourd'hui sur sa longue descente aux enfers.
assistante maternelle
« Mon métier a toujours été ma passion. Je pensais que pour rien au monde je n'en changerais. »  Pourtant, après près d'un an et demi de batailles juridiques, d'interrogatoires et de tourmentes familiales, Valérie s'interroge sur son avenir professionnel. L'origine de son malheur : le père de l'un des enfants qu'elle accueille accuse le fils aîné de Valérie d'avoir violé sa fille. Valérie accuse le coup : « Je n'ai jamais douté de l'intégrité de mon fils. Mais je me suis posée beaucoup de questions. Comment peut-on porter des telles accusations ? Heureusement, la mère de l'enfant avait une entière confiance en moi et m'a inlassablement soutenue face à son conjoint dont elle était en instance de séparation ».

Des preuves qui n'innocentent pas !
Après le choc, retour à la réalité : la machine judiciaire se met en branle. Valérie accompagne d'abord son fils à la gendarmerie. Elle est interrogée, son fils également. L'enquête prend une bonne tournure : « J'avais rassemblé assez de preuves pour démontrer que mon fils n'était pas présent à la maison au moment supposé des faits, je gardais précieusement les emplois du temps et les plannings, j'envoyais des photos aux parents : tout cela a joué en ma faveur. » Les enquêteurs mettent d'ailleurs le père face à ses contradictions, le soupçonnant d'avoir eu recours à la calomnie pour obtenir la garde de ses enfants. L'affaire est rapidement classée. Valérie devrait être soulagée. Pourtant, rien n'y fait : « mon fils était mis hors de cause, mais il avait besoin d'entendre qu'il était innocent ». C'est surtout pour lui que Valérie porte plainte au pénal. Mais là encore, pas de réparations : le Procureur de la République classe l'affaire sans suite. « C'est normal que l'on permette aux parents de porter plainte en cas de doute. Mais en octroyant ce droit, la Justice rend aussi la reconnaissance de la diffamation ou de la calomnie plus difficile. Mon fils avait juste besoin qu'on dise officiellement qu'il n'avait rien fait et qu'il était lui aussi victime. Cela n'a jamais été le cas.... ».

Dénonciation calomnieuse et dépression
En parallèle, Valérie prévient, de sa propre initiative, la PMI. Principe de précaution oblige, son agrément est suspendu et elle perd ses contrats après un licenciement pour faute grave. Elle est ensuite interrogée par la puéricultrice et la psychologue de la PMI, répète ce qu'elle a déjà confié aux gendarmes... Là encore, elle est rapidement mise hors de cause et récupère son agrément sans avoir à passer devant la CCPD. Mais pour cette passionnée de la petite enfance, le mal est fait : « j'étais agréée pour 4 enfants, mais suite à cette affaire, je n'ai pas accueilli de nouveaux petits. Je n'étais plus disponible dans ma tête ». Valérie craque. Son médecin considère que le « choc émotionnel » dont elle a été victime pendant cette affaire est un accident du travail.

Quand la calomnie ruine
Un drame psychologique certes, mais également matériel pour toute la famille. D'un salaire confortable, Valérie passe à quelques centaines d'euros par mois. Cette situation particulièrement précaire est aggravée par le fait que l'assistante maternelle doit avancer ses frais d'avocat et est en litige avec la Sécurité Sociale pour la reconnaissance de son accident. Valérie en vient à vendre ses meubles pour permettre à ses enfants de continuer leurs activités et payer l'internat de son fils, suite à sa déscolarisation. « Ils avaient déjà trop souffert de la situation, je ne pouvais pas les priver de leurs seuls exutoires. Je comprends que la sécurité de l'enfant passe avant tout, mais il devrait exister des garde-fous permettant aux assistantes maternelles de subvenir aux besoins de leur famille dans ce type de situation. Nous n'avons simplement pas droit à la présomption d'innocence ».

Après la dénonciation, l'abandon
Si l'affaire est classée, Valérie n'est toujours pas remise. Ses proches souffrent encore, elle continue à multiplier les interrogatoires auprès des compagnies d'assurances et de la Sécurité Sociale, devant encore et toujours se justifier, prouver son innocence... Mais surtout, Valérie n'arrive pas à se défaire d'un grand sentiment d'abandon : « j'exerçais mon activité dans une toute petite commune. Aujourd'hui, ma réputation est entachée par l'affaire au point où les autres assistantes maternelles n'osent plus me côtoyer. J'ai perdu confiance en les autres, en les parents. La PMI ne m'a absolument pas soutenue : on ne m'a pas aidé à trouver de nouvelles familles quand j'ai retrouvé mon agrément, on ne m'a pas proposé de mi-temps thérapeutique, on m'a même conseillé de changer de métier. Aujourd'hui, je me sens de plus en plus isolée, professionnellement et personnellement.»

(*) Le prénom a été modifié pour préserver l'anonymat du témoin
Article rédigé par : Eléonore Schreibman
Modifié le 18 juillet 2017