Martine Jardinié, maître de conférences : « Les MAM, un mode d’accueil hybride à préserver »

Maître de conférences en psychologie à l’université de Bordeaux, Martine Jardinié vient de publier « Les Maisons d’assistantes maternelles, des lieux uniques à identités multiples ». Elle y ausculte avec précision et honnêteté ce mode d’accueil innovant, hybride et souple. Rencontre avec cette spécialiste de la petite enfance qui défend les MAM avec conviction tout en pointant leurs difficultés et faiblesses. Ses maîtres-mots pour y remédier : formation et accompagnement.
Les Pros de la Petite Enfance : Pourquoi cet intérêt pour les Maisons d’Assistants Maternels (MAM) ?
Martine Jardinié : Les MAM sont, ou en tout cas ont été, beaucoup attaquées. Et j’ai eu envie de comprendre pourquoi. Dans le cadre de mes activités professionnelles, j’ai rencontré beaucoup d’assistantes maternelles, j’ai participé au suivi et à l’accompagnement de nombreux services petite enfance. J’ai fait le tour de l’ensemble des départements français pour rencontrer tous ceux qui ont en charge l’agrément des MAM et des assistantes maternelles. J’ai recueilli toutes sortes d’informations qui m’ont aidée à me forger une opinion. Les MAM sont un mode d’accueil à préserver. Et à améliorer.

Pourquoi les MAM sont « un mode d’accueil qui dérange » ?
Tout passage à un mode d’accueil innovant dérange. J’ai connu ce style de réticences quand les crèches parentales sont nées, par exemple. Pour les MAM, nombre de critiques viennent de professionnels de la petite enfance eux-mêmes. Ils évoquent l’insuffisance de la formation des assistantes maternelles en général et de celles exerçant travaillant en MAM en particulier ; ils pointent des normes trop légères pour les locaux, le nombre d’enfants accueillis, l’encadrement, etc. Il me semble que c’est en train d’évoluer. Mais je suis d’accord sur l’une de ces critiques :  la formation est un sujet, c’est vrai qu’elle est insuffisante.

Néanmoins les MAM connaissent un réel succès, tant près des parents que des professionnels et des collectivités-gestionnaires. Comment l’expliquez-vous ?
Du côté des collectivités locales, c’est simple : ce mode d’accueil n’est pas cher, est léger et ne vient pas abonder la ligne fonctionnement de leur budget. Elles ne portent pas ces structures et en même temps, elles constituent un plus pour leurs communes. En effet, les les parents se retrouvent assez bien dans cet accueil : c’est comme une petite crèche…  Avec une assistante maternelle pour 4 enfants… Donc la référence est en place. Et en général, on y propose beaucoup d’activités aux enfants. Par ailleurs côté personnel, il y a moins de turn over dans les MAM que dans les crèches. En fait c’est un mode d’accueil adapté et adaptable aux besoins des parents et des enfants, à leurs rythmes de vie.
Enfin pour les professionnelles, travailler avec des collègues et ailleurs qu’à leur domicile, constitue un bon moyen de rompre leur isolement, parfois même d’échapper chômage. Bref, cela leur apporte aussi une certaine reconnaissance professionnelle et favorise leur professionnalisation.  

Les MAM, une formule hybride… Alors est-ce un mode d’accueil individuel ou un mode d’accueil collectif ?
Spontanément je dirais que c’est un mode d’accueil collectif puisqu’il réunit en un même lieu plusieurs enfants et plusieurs professionnelles. On pourrait les rapprocher des micro-crèches, même si elles sont différentes.
Cela dit, je pense que ce serait une erreur de catégoriser les MAM. On doit leur laisser leur autonomie et préserver leur souplesse de fonctionnement et d’organisation. Évidemment, il faut mettre des garde-fous à cette souplesse pour éviter dérives et dysfonctionnements (qui ne sont pas si nombreux !).
Si on les assimile aux structures collectives, elles risquent d’y perdent leur âme. Je fais encore le rapprochement avec les crèches parentales. A un moment, on a même voulu supprimer la prise en compte des parents dans l’accueil ! Or cela en constituait l’un des principes de base.
Toute normalisation, rigidification me fait peur. Pour les modes d’accueil on ne devrait pas figer les choses. Pourquoi ne pas accepter et valoriser cet accueil hybride ?
Je pense qu’on doit en revanche homogénéiser tout ce qui concerne la qualité d’accueil.

Parlons justement de la qualité de l’accueil. Les normes ne sont-elles pas là pour la garantir ?
Des normes ne garantissent pas la qualité de l’accueil. Bien-sûr, il y a des normes importantes, d’autres beaucoup moins. Par exemple, les normes environnementales sont importantes. Mais des normes excessives ne garantissent pas la qualité de l’accueil. C’est le projet d’accueil qui joue ce rôle.

Selon vous, les MAM sont un bon mode d’accueil ?
Oui je crois que c’est un mode d’accueil intéressant. Notamment dans les zones rurales et les quartiers. Ce sont des petites structures de proximité qui correspondent bien aux besoins des jeunes enfants, des parents. Et elles apportent beaucoup aux professionnelles. J’ai envie de défendre ce mode d’accueil sans masquer ce qui ne va pas ou ce qui doit (pourrait) être amélioré.

Qu’est-ce qui devrait être amélioré ?
Les MAM sont selon mois des structures qui posent les bons problèmes : la formation et le suivi / accompagnement. Elles n’y apportent pas forcément des solutions d’ailleurs. Je pense qu’il faut mettre en place un meilleur accompagnement des assistantes maternelles au moment de la création de la MAM et un accompagnement, avec un interlocuteur dédié, tout au long de l’activité de la MAM. Mais ce suivi ne doit pas être seulement technique. Par exemple il faudrait mettre en place une aide à la conception du projet d’accueil partagé, une formation sur le travail en équipe, etc.
Les CAF, les PMI, voire même les RAM, ont un rôle à jouer. Or on le sait, les assistantes maternelles travaillant en MAM fréquentent moins les RAM. Elles en éprouvent moins le besoin puisqu’elles se sentent moins isolées. Et quand elles viennent, certains animateurs préfèrent qu’elles ne viennent pas ensemble !
Il faut réfléchir au meilleur accompagnement. Il y a quelque chose à inventer.

Est-ce que le guide ministériel publié en 2016 a joué un rôle ? A permis de déboquer certains verrous ?
Quand j’ai commencé mon tour de France des départements, pour voir selon quelles modalités ils donnaient l’agrément aux assistantes maternelles et aux MAM, le guide venait de sortir. J’ai été étonnée que la publication de ce guide n’ait pas modifié certaines pratiques. Par exemple il n’est pas venu à bout, (du moins à cette époque) des grosses résistances à la délégation d’accueil. Et comme les départements (et les PMI) sont dans ce domaine relativement autonomes… De ce que j’ai pu voir, le référentiel d’agrément est appliqué en revanche les modalités de suivi dépendent vraiment des structurations des différentes PMI.
Article rédigé par : Propos recueillis par Catherine Lelièvre
Publié le 22 novembre 2018
Mis à jour le 13 août 2019