Validation des Acquis de l'Expérience (VAE)

Priscilla, bientôt EJE : « la VAE c’est un travail personnel énorme »

Auxiliaire de puériculture puis assistante maternelle, Priscilla Konrady a eu la chance dans son parcours professionnel de pouvoir travailler avec des équipes qui l’ont entourée, formée et dans le même temps responsabilisée. Des expériences heureuses. D’où son envie et sa décision de briguer un diplôme d’EJE via la VAE. Un projet où elle met toute son énergie et sa détermination.
Priscilla Konrady
Les Pros de la Petite Enfance : Vous êtes auxiliaire de puériculture de formation. Où et combien de temps avez-vous exercé ?
Priscilla Konrady : J’ai commencé en 1999, au lendemain même de l’obtention de mon diplôme, dans une polyclinique de Montbéliard. Je travaillais de nuit en salle d’accouchement auprès d’une sage-femme. Ensuite j’ai déménagé en Moselle et j’ai assuré des remplacements dans trois haltes d’enfants de trois villes différentes. Puis j’ai été engagée à temps plein et j’ai continué d’intervenir au sein de chaque structure pendant une dizaine d’années.

Qu’avez-vous retenu de ces années de travail en structures d’accueil collectif ?
Pour moi ça a été un peu particulier. J’ai été désignée agent de liaison entre les établissements. C’était un poste très riche où j’ai eu plein de possibilités. Je transmettais des informations, j’assurais la communication entre les établissements. J’ai participé à la création d’une nouvelle halte d’enfants avec une EJE et j’ai même pu diriger un centre d’accueil pour les enfants de 3 à 5 ans. Ces missions m’ont permis de voir plein de choses différentes. On m’a laissé de la place, on m’a laissé faire. Je sais que c’est une chance que toutes les auxiliaires de puériculture n’ont pas. Et les EJE avec qui je travaillais étaient super, à l’écoute, dans l’explication, dans la bienveillance…

Vous avez aussi été assistante maternelle. Pourquoi ? Et qu’aimez-vous dans ce métier ?
Ma vie personnelle a pris un autre tournant et je suis retournée dans le Doubs, avec mon fils et ma fille. Je n’ai pas réussi à retrouver un poste, du coup j’ai voulu devenir assistante maternelle. C’est allé plutôt vite. En tant qu’auxiliaire de puériculture, j’étais dispensée de la formation. J’ai obtenu mon agrément pour 4 enfants dans l’année. Le métier d’assistante maternelle a deux grands intérêts : je peux m’occuper des enfants selon mes propres valeurs, et n’accueillir qu’un petit nombre d’enfants permet de conserver cette individualité pour chacun qu’on perd un peu dans les grandes structures. Et quand on est assistante maternelle, on a une multitude de formations à notre portée ! Personnellement, il n’y a pas une année où je n’en suis pas. J’ai fait le handicap, l’éveil de l’enfant, une convention sur la parentalité et j’en ai déjà deux de prévues l’an prochain. Je suis en contact avec un centre de formation génial à Besançon.

En quoi ces deux expériences professionnelles différentes vous ont donné envie de vous lancer dans une VAE pour devenir EJE ?
J’avais déjà envisagé de passer une VAE pour obtenir le diplôme d’EJE quand j’étais auxiliaire de puériculture. Maintenant j’ai aussi plusieurs années d’assistante maternelle derrière moi. C’est toute cette expérience qui m’a conduite vers ce projet. Je souhaite mettre en avant les connaissances et les bases déjà que j’ai déjà - même s’il m’en reste beaucoup à acquérir – et aussi ma compréhension du métier d’EJE. Mais sans jamais dénigrer toutes celles qui sont passées par trois ans d’études pour le devenir. Pour moi il est clair qu’auxiliaires de puériculture et EJE ne font pas le même travail. L’EJE observe, elle analyse. C’est un savoir-être et un savoir-faire que l’on n’a pas. Je vois ça d’ailleurs un peu comme une fonction invisible, qui est pourtant indispensable pour mener une équipe et donner de l’entrain : la clé qui fait que tout fonctionne. On marche sur des œufs quand on prétend à un diplôme d’EJE en passant par la VAE, il faut prouver qu’on en a effectivement les capacités. C’est sûr, je ne me serais pas lancée dans cette démarche si je n’avais pas connu cette expérience d’auxiliaire de puériculture où j’ai eu la chance d’exercer toutes ces responsabilités. Ce genre de vécu est essentiel... Parce qu’on peut travailler 20 ans sans jamais avoir les moyens de réussir cette VAE EJE. C’est déjà rare de l’avoir du premier coup. En moyenne, les candidats mettent entre 3 et 5 ans pour l’obtenir.

Comment vous êtes-vous organisée pour pouvoir mener à bien ce projet ?
J’ai recontacté mon centre de formation à Besançon et on a organisé une réunion avec cinq autres assistantes maternelles qui avaient aussi un projet de VAE (j’étais la seule à préparer celle d’EJE). Depuis on effectue nos formations et notre accompagnement ensemble. C’est un système d’entraide, on partage beaucoup de choses. Notre accompagnement est très conséquent par rapport aux 24 heures officielles. Tout ce suivi est une chance car j’ai constaté que de nombreuses candidates à la VAE sont seules… J’ai donc entamé ma démarche de VAE en septembre 2016 : j’ai envoyé mon livret 1 en octobre et reçu ma recevabilité deux mois après. A partir de ce moment-là, j’ai vécu VAE, mangé VAE, dormi VAE. J’ai adopté un rythme de croisière costaud. Je me levais plus tôt, je continuais de travailler après avoir couché les enfants. J’ai beaucoup étudié, posé des questions, assisté à des conférences, consulté des forums sur Internet… J’étais à fond, déterminée. Parfois je me réveillais en pleine nuit pour écrire des idées qui m’étaient venues. Je me suis laissée emporter et mon plan commençait à se faire tout seul dans ma tête. C’est un investissement et un travail personnel énorme. Mais c’est très enrichissant parce qu’on prend beaucoup de recul sur sa pratique professionnelle et on cherche à compléter ce qui nous manque. On veut comprendre et en savoir toujours plus.

Où en êtes-vous aujourd’hui ?
J’ai envoyé mon livret 2 en mai dernier et je passe mon oral devant le jury fin novembre à Dijon. Mon accompagnatrice va m’aider à le préparer. L’oral est une étape décisive, c’est là que tout se décide. C’est là qu’on peut défendre son livret, qu’on peut donner des précisions s’il y a des zones d’ombre dans son parcours, qu’on peut échanger avec le jury… Il faut prouver qu’on n’est pas là par hasard !

Quand vous serez EJE, où et comment souhaitez-vous exercer ?
Si j’obtiens le diplôme, j’essaierai peut-être de créer une sorte de maison d’assistantes maternelles, mais qu’avec des EJE. Donc avec mon statut d’assistante maternelle et mon diplôme d’EJE. Et plus tard pourquoi pas une micro crèche qui accueillerait des enfants en situation de handicap.
Article rédigé par : Armelle Bérard Bergery
Modifié le 04 août 2017