Livres jeunesse sur l’école : cherchez l’ATSEM

L’acronyme d’ATSEM, utilisé pour désigner les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles, n’est pas connu de tous les parents. Toutefois, dès la rentrée en petite section, tous identifient le personnel (à plus de 99% féminin), dont ils connaissent vite le prénom, qui aide l’enseignant dans la classe et est aux petits soins pour leur enfant. Demandons-nous si les albums pour les tout-petits tiennent suffisamment compte de cette évolution.
Au fil des années, ce métier a beaucoup gagné en lisibilité. Mais qu’en est-il du côté de la littérature enfantine ? L’ATSEM est-elle montrée aux côtés de l’enseignant dans les albums ? Son rôle auprès des enfants tout au long d’une journée d’école est-il expliqué ?

Des albums pour anticiper la première journée d’école
À l’approche de la rentrée, sur les rayons des librairies jeunesse, les albums consacrés à l’école maternelle ne manquent pas. Quand ils veulent évoquer la première journée à l’école en lecture individuelle ou en groupe, le professionnel de crèche, l’assistante maternelle, l’auxiliaire parentale ou le parent lui-même ont donc l’embarras du choix. On retrouve les principaux héros des tout-petits au moment de leurs débuts à l’école : Caillou, Juliette, P’tit Loup, Crocolou et les autres. On trouve aussi des imagiers sur le thème de la maternelle, avec la salle de classe, le matériel pédagogique, les jouets, les activités et bien sûr les adultes que l’enfant rencontrera quotidiennement. Selon les albums, c’est le cadre institutionnel qui l’emporte (description de la classe, temps forts de la journée, règles de vie) ou au contraire la gamme des sentiments éprouvés par les enfants (joie, peur, refus, ...).
Certains auteurs privilégient la narration d’évènements ordinaires et sans surprises, alors que d’autres optent pour le rêve et la fantaisie. On peut attendre de la part de ceux qui choisissent le réalisme de se documenter et d’inclure la place des ATSEM dans l’accueil des tout-petits en maternelle !  

Quand l’ATSEM est absente de l’histoire    
Parmi plus de vingt albums consultés, une bonne moitié ignore cette professionnelle, tant pour les illustrations que dans le texte. Plusieurs albums dont le héros est un animal, par exemple Tchoupi, Petit Renard, Petit Ours Brun, mentionnent uniquement la maîtresse. Dommage que l’ATSEM ne soit pas visible non plus dans un bel imagier photo qui privilégie un point de vue réaliste, comme « Ma journée à l’école maternelle ». De même, dans « Les grands jours d’Appoline. La rentrée à l’école maternelle. », on découvre la journée de Stéphane, son maître, qui s’occupe des doudous, surveille la sieste et même accompagne les enfants aux toilettes tout seul. Même absence du personnel de la mairie dans le classique « Mes premières découvertes » sur « L’école maternelle » et dans « Mon cherche et trouve sonore de l’école maternelle », « Sami et Julie à l’école maternelle » et « L’école maternelle. Mes ptits docs animés ». Parfois, on aperçoit la « dame de cantine », le « chauffeur de bus » et même « l’agent de circulation », mais pas d’ATSEM.

Quand tout est permis parce que l’imaginaire domine
À la différence d’albums dont le parti pris est descriptif, d’autres ne montrent pas l’ATSEM, non pas par oubli, mais parce que ce n’est pas leur sujet. C’est le cas de « Max et lapin. L’école ? Ah non merci ! » dont le thème est ce que peut ressentir un enfant d’à peine 3 ans, en pleine période d’affirmation du moi et nécessairement d’opposition. Page après page, une maman annonce à Max tous les moments sympathiques de l’école et les commente avec un peu d’ironie. Pour le faire réagir, elle lui dit à chaque bon moment évoqué « L’école, c’est terrible. » ou « Tu vas détester. »
Dans des albums qui privilégient la dimension imaginaire, il est moins étonnant et surtout moins gênant de ne pas trouver d’ATSEM. « Calinours va à l’école » raconte l’histoire d’un ourson qui gambade en pleine forêt, rencontre des amis, cueille des fleurs et s’amuse tellement en chemin que lorsqu’il arrive à « l’école des buissonades » avec un bouquet pour la maîtresse, la classe est finie. Cet album très poétique comme tous les Calinours, plutôt que faire les louanges ou les critiques de l’école, est uniquement une invitation à la rêverie et à entrer dans la tête des enfants imaginatifs. De même, « La rentrée de Pimpin » aborde la dimension affective de l’enfant avec beaucoup de finesse : le point de vue choisi est d’évoquer les émotions de l’enfant et non pas l’environnement matériel et humain de l’école.

Quand la représentation de l’ATSEM est réductrice
Le passage aux toilettes, le temps du repas et l’habillage après la sieste sont les moments les plus représentés avec l’ATSEM, le rangement des doudous aussi, ce qui se comprend, mais ce n’est pas une raison pour oublier les temps d’ateliers. Parfois, c’est le vocabulaire qui interpelle. Dans « Eliott rentre à l’école », la nécessité d’être propre pour rentrer à l’école est rappelée lorsqu’ « Angèle emmène Eliott aux toilettes parce qu’il a eu un petit accident. » Dans « la maternelle » de la collection « Mine de rien » dirigée par Catherine Dolto et conçue pour instaurer un dialogue avec l’enfant, l’ATSEM est juste « une dame qui est là pour nous aider à aller aux cabinets, à nous nettoyer, à manger, à nous moucher et même pour nous consoler quand on a un petit chagrin ». Il suffit de tourner la page pour lire « Quand on entre en classe, on dit bonjour à la maîtresse et aux autres enfants. » Et à l’ATSEM, rien ? N’est-ce pas maladroit ?

Certes, dans certains albums, l’ATSEM est un peu présente dans la classe car, comme il est dit dans « L’école maternelle (mes premiers docs) », « l’ATSEM aide la maîtresse et les enfants tout au long de la journée ». « Bienvenue en maternelle » est un autre album très documenté sur la journée à l’école mais il faut attendre la conclusion avec le plan de la classe pour voir « la maîtresse et la dame qui l’aide en classe, l’ATSEM ». Dans « L’école de Léon », livre de trente huit pages très présent en vitrine des librairies, c’est à la vingt-et-unième qu’enfin, parmi une galerie de portraits des adultes, apparaissent « Sylvie, qui aide les maîtresses », en même temps que « Rachida, la dame de la cantine » et « Nathalie, qui aide Rachida ». Une manière discrète de présenter les agents territoriaux, mais qui n’aide pas forcément à parler à un tout-petit des adultes qui seront ses référents affectifs tout au long de la journée !
« Boris. Tous à l’école ! » est un petit album sympathique dans lequel l’humour domine. Le seul adulte dans la classe est la maîtresse, présentée comme « une sorte de maman. Avec elle, on joue à apprendre et on apprend à jouer. Mais elle répète souvent la même chose. » Outre que cette phrase laisse pensif, elle attribue à l’enseignant un rôle maternant dont l’ATSEM est d’habitude plus investi(e), de par sa mission (et sa formation) centrée sur les besoins physiologiques et psychologiques des jeunes enfants.

Quand le duo enseignant/ATSEM est mis en scène
Le livre auquel j’attribuerais le prix du binôme enseignant/ATSEM est « Une journée à la maternelle ». Le jour J de la rentrée, « Olivier, son maitre et Sonia, l’ATSEM » sont l’un à côté de l’autre, à l’entrée de la classe, pour souhaiter la bienvenue. « Dans la salle de motricité, Sonia et Philippe ont installé un parcours ». Sur les autres pages, Philippe et Sonia sont décrits chacun dans leur fonction. Pendant que Philippe présente les activités aux enfants, Sonia rassure l’un d’eux qui n’a pas eu de place à l’atelier peinture : « Demain ce sera ton tour ». Après le repas, Sonia accompagne les enfants au dortoir. Elle range aussi les jouets et fait participer les enfants. L’album finit avec, sur la photo de classe, le duo de choc ! Un autre album dans lequel l’ATSEM est cité plusieurs fois est « Vive l’école (Kididoc) ». Dès les premières pages, on apprend que « la maîtresse et son assistante ont préparé plein d’activités amusantes. » et que « l’ATSEM aide la maîtresse et les enfants tout au long de la journée. » En cherchant bien, il est donc possible de trouver des livres dans lequel l’ATSEM est un des adultes référents cités ou dessinés, comme c’est le cas dans plusieurs pages d’un livret « Mes docs à colorier ».

Comment parler de la première rentrée scolaire aux tout-petits ?
Il suffit de feuilleter des livres illustrés d’il y a seulement quelques années pour s’apercevoir que la littérature enfantine a fait des progrès et prend enfin en compte la réalité de ce partenariat entre personnel de mairie et professeurs des écoles. Si dans les faits, l’ATSEM participe à tous les moments de la journée, y compris pour encadrer (à la demande de l’enseignant et selon ses indications) certaines activités d’apprentissage, il est normal de lui attribuer une place dans les albums qui racontent la petite section de maternelle. Dans l’objectif de familiariser l’enfant à l’école avec un livre, mieux vaut donc vérifier si l’ATSEM y est représentée, au moins une fois.

Toutefois, dans la vie comme dans les albums, pas d’hypocrisie. Dites bien aux enfants que dans la classe, c’est le maître ou la maîtresse qui fait l’emploi du temps, qui propose du « travail » et des jeux. Bref, trouvez les bons mots pour dire que c’est lui ou elle qui décide ! Ce, d’autant plus que tous les cas de figures existent : classe sans ATSEM, une seule pour plusieurs classes, roulement des ATSEM par période scolaire, etc.
Et faisons le souhait que dans les prochaines éditions de livres sur l’école maternelle, figurent les autres interlocuteurs d’une longue journée d’enfant, du départ de chez lui jusqu’au retour de ses parents ! Certes, les agents de restauration et les conducteurs de bus apparaissent déjà dans certains albums. Mais les animateurs et animatrices de garderies pré et post scolaires, où sont-ils donc ?

Les albums sont cités dans l’article dans cet ordre

1.    Caillou va à l’école, Chouette éditions
2.    Juliette à la maternelle, Lito
3.    P’tit Loup rentre à l’école, Auzou
4.    Tchoupi rentre à l’école, Nathan
5.    Petit Renard va à l’école, Sophie Ledesma, La Martinière
6.    Petit Ours Brun rentre à l’école, Bayard Jeunesse
7.    Crocolou rentre à l’école, Actes Sud Junior
8.    Bienvenue en maternelle, Fleurus
9.    L’école de Léon, Serge Bloch, Albin Michel
10.    Boris. Tous à l’école !, Mathis, Thierry Magnier
11.    La maternelle, Catherine Dolto, Gallimard, Mine de rien
12.    Eliott rentre à l’école, Juliette Boulard, Gallimard
13.    L’école maternelle, mes premiers docs, Gründ
14.    Vive l’école ! Nathan Kididoc
15.    Une journée à la maternelle Camille Giordani-Caffet et Aki, De La Martinière
16.    Ma journée à l’école maternelle (imagier photo), Nathan
17.    Les grands jours d’Appoline. La rentrée à l’école maternelle, Mango Jeunesse
18.    L’école maternelle, Gallimard, mes premières découvertes
19.    Mon cherche et trouve sonore de l’école maternelle, Tourbillon
20.    Sami et Julie à l’école maternelle, Hachette éducation
21.    L’école maternelle, Milan, Mes ptits docs animés
22.    Calinours va à l’école, Alain Broutin, Frédéric Stehr, L’école des loisirs
23.    La rentrée de Pimpin, Zhihong He, Seuil Jeunesse
24.    Max et lapin. L’école ? Ah non merci !, Nathan

Article rédigé par : Fabienne Agnès Levine
Publié le 26 août 2019
Mis à jour le 09 décembre 2019