Diplôme d’auxiliaire de puériculture : la réingénierie au point mort

Les réingénieries de diplômes sont rarement simples. Il y a des frictions, et des tensions, des coups d’arrêt des reprises, parfois des consensus, le plus souvent des compromis. Mais s’il y a une profession qui connaît une réingénierie particulièrement compliquée, c’est bien celle d’Auxiliaire de puériculture (AP).
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Auxiliaire de puériculture donne le biberon
Au même titre que les autres diplômes dits de la petite enfance et présentés comme tels en janvier 2017 lors de la journée des professionnels de la petite enfance, la nouvelle formation d’AP était prévue pour la rentrée 2018. Comme pour celle d’infirmière puéricultrice, ce ne sera pas le cas. Mais l’ampleur du retard pris rend même l’horizon 2019 difficile à atteindre.

Tout est en stand-by depuis mai 2017
« Rien n’est acté, rien n’est prévu, on e sait rien, on ne nous dit rien » regrette Françoise Camguilhem, présidente de l’Association Nationale des Auxiliaires de Puériculture (ANAP). A tel point qu’en janvier lors de son dernier conseil d'administration l’association, pourtant patiente, a décidé d’écrire à la Direction Générale de l'Offre de Soins (DGOS) pour demander quand les travaux reprendront puis qu’aucune date n’a été fixée pour une prochaine réunion du groupe de travail. Mais on sent poindre le découragement devant tant d’obstacles, tant d’immobilisme administratif et de méconnaissance des réalités du métier.

Une réingénierie liée à celle des Infirmières-puéricultrices
La réingénierie du diplôme d’auxiliaire de puériculture est plus complexe qu’il n’y parait. Elle est menée de front avec celle des aides-soignants (AS) mais doit tenir compte de celle menée pour les infirmières-puéricultrices (IP). Pour Françoise Camguihlem, d’une certaine façon il est logique que les réingénieries des AP et IP soient liées. « Nous travaillons la plupart du temps en binômes. Dés lors je pense qu’il faut attendre que les travaux concernant les infirmières-puéricultrices soient terminés ». Du coup il y a un effet domino, puisque l’on sait désormais que le référentiel de formation des IP est en attente « d’arbitrages interministériels » et que la nouvelle formation ne pourra pas être effective avant 2019.

Aucun référentiel n’est finalisé
Aucun des deux premiers référentiels (d'activités et compétences) sur lesquels le groupe de travail s'est déjà penché, n’est finalisé. « Et tant que les points d’achoppement du référentiel d’activitésn’ont pas été réglés, impossible de débuter le référentiel de formations » remarque Anne Dannemuller, présidente du comité d'entente des écoles préparant aux métiers de l’enfance (Ceepame) qui confirme n’avoir aucune date fixée de réunion fixée pour débuter les discussions autour de la formation. Il n’y a pas par exemple encore de consensus sur certains actes spécifiques : l’administration des médicaments, ou des actes comme la glycémie (qui touchent à l’effraction de la peau) et nécessitent une prescription. Du coup, c’est en pause. Personne ne tranche. Tout changement de ce type entrainerait d’ailleurs de nécessaires  adaptations de la réglementation car il toucherait au code de santé publique. Ce qui n'est pas simple et ouvrirait un vaste chantier.
Enfin aucune certitude sur le passage en niveau 4 un diplôme d’AP qui demeure pour le moment de niveau 5 comme le CAP accompagnant petite enfance .
Pour l’heure la DGOS s’en tient toujours à la même réponse laconique : « la poursuite de ce chantier est toujours d’actualité. Cependant, les arbitrages interministériels doivent encore être rendus pour qu’il puisse aller à son terme. » Et l'ANAP qui prend son mal en patience n'a qu'une seule crainte : que tout ce qui a déjà été fait soit oublié et que les travaux reprennent à zéro.

Une spécificité petite enfance à préserver

La réingénierie du diplôme d’auxiliaire de puériculture est commune à celui d'aide-soignante. Ce qui est inquiète les AP qui veulent garder leur spécifiés petite enfance. Elles se sentent peu de points communs avec les aides-soignantes à part l’aspect sanitaire de leur métier. Elles sont donc, via leur association, vigilantes afin que lors de leur formation les modules communs ne l’emportent pas ceux liés à leur spécialisation. Et ne voudraient pas notamment que les seconds arrivent tard dans leurs cursus. C’est d’autant plus important que suite au rapport Giampino, le plan d’action pour la petite enfance adopté fin 2016 prévoyait de renforcer les aspects développement de l’enfant , éveil, etc.

Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Publié le 08 février 2018
Mis à jour le 12 février 2018
Il est aussi nécessaire de réformer la formation elle même et supprimer ces principes de MSP (mise en situation professionnelle) qui mettent de nombreux étudiants en difficulté pour rien alors qu'ils ont le niveau pour exercer.