Formation des auxiliaires de puériculture : plus de concours d’entrée dès 2020

Au point mort durant un an, les travaux autour de la réingénierie du diplôme d’auxiliaire de puériculture, un diplôme-clef dans les lieux d’accueil du jeune enfant notamment, ont enfin repris en mai dernier.  Et les décrets l’organisant sont attendus en décembre du moins celui précisant les nouvelles conditions de sélection pour l’entrée en formation. Car beaucoup doutent que les référentiels de formation et de compétences soient réellement prêts, la dernière réunion de travail étant programmé pour le 9 décembre !
La réingénierie du diplôme d’auxiliaire de puériculture (AP), c’est un peu l’arlésienne. Un temps au point mort, les travaux ont enfin repris au printemps dernier. Peu de choses précises ont filtré, néanmoins une certitude il n’y aura plus de concours d’entrée pour sélectionner les élèves à l’entrée des instituts de formation.

Une sélection sur dossier
C’est le système Parcoursup qui va s’imposer. Désormais plus de concours d’entrée mais une sélection sur dossier. C’est acté. Fini donc les épreuves écrites (culture générale dont près de 90% des candidats étaient dispensés puisqu’ils étaient titulaires d’un baccalauréat ou d’un diplôme de niveau V, plus de tests psychotechniques) mais surtout plus d’entretien oral.
Que devra comporter le dossier des candidats ? C’est ce que le décret devra préciser pour que les écoles sachent sur quels mêmes critères elles devront les sélectionner puisque le diplôme d’AP est un diplôme d’État.
Mais on peut penser que le dossier devra comporter des éléments sur le parcours du candidat, sa situation et ses motivations.
Pourquoi, outre l’idée d’un modèle Parcoursup pour tous, avoir décidé ce nouveau mode de sélection ? Officiellement, l’idée est de simplifier l’accès à la formation, de la rendre plus attractive, bref d’une certaine façon de lutter contre la crise de recrutement du secteur.

La fin du concours : une mauvaise nouvelle pour les centres de formation
Est-ce une bonne chose ? Les responsables de centres de formation en doutent. Car pour eux plus que les épreuves écrites, l’épreuve orale de l’actuel concours est essentielle. « C’est un entretien de 15-20 minutes avec un jury composé d’un formateur et d'un processionnel de terrain. L’entretien au départ doit porter sur des questions d'ordre sanitaire et sociale mais ce n’est pas une évaluation des connaissances, il s'agit d'évaluer les capacités d’expression et  surtout les motivations des candidats. Cela constitue un premier contact important pour un métier qui fait appel aux relations humaines » note Sylvie Abruzzese, directrice de l’école parisienne Paul Strauss.
Françoise Favel, directrice du CERPE est catégorique : « Nous ne sommes pas favorable à cette réforme de la sélection. Qu’il n’y ait plus d’entretien, plus de rencontre avec les candidats est une aberration pour ce type de métier fait de relations. Un recrutement sur dossier a par ailleurs un côté très scolaire peu adapté. Et puis qui dit que le dossier a été réalisé par le candidat lui-même ? Par ailleurs qui dit mode de sélection inadapté à la formation et au métier, dit aussi risque d’abandon en cours de route.» Et dans ce cas personne n’est gagnant  : ni l’école qui n'aura finalement pas fait le plein, ni l’élève qui s'est fourvoyé, ni le secteur en pénurie de pros formés.

Selon la présidente de l’Association Nationale des Auxiliaires de Puériculture (ANAP,) Françoise Canguilhem, ce changement de sélection n’est pas un problème et d’ailleurs remarque- t-elle, avec un brin d’ironie « les inscriptions au concours étant payantes, c’est surtout un manque à gagner pour les écoles … » et un système à la Parcoursup n’est pas vraiment choquant.

Allongement de la formation et diplôme de niveau IV
Deux autres points importants de la réingénierie devraient être confirmés même si pour l’heure ils ne sont encore présentés comme des hypothèses de travail. D’une part l’allongement de la formation qui passerait de 10 mois à 12 mois.  Ce qui correspond à deux modules supplémentaires. L’un portera sur la protection de l’enfance l’autre probablement constituera un renforcement pédagogique à moins qu’il ne s’agisse tout simplement du rallongement de la formation pratique.
Enfin comme annoncé lors des premiers groupes de travail autour de cette réingénierie, le diplôme actuellement de niveau V (comme le CAP- AEPE) devrait passer en niveau IV.  Ce serait « quasi certain mais pas encore officiellement décidé » Quand cette hypothèse avait été lancée c’était dans l’idée de créer une vraie filière petite enfance avec des diplômes de différents niveaux et des possibles progressions de carrière. Rappelons que le Diplôme d’état d’EJE est passé lors de la refonte de du diplôme l’an dernier de niveau III à niveau II.

Pas de filière spécifique pour les AP travaillant en crèche
En revanche, il est clair que ce que certains gestionnaires de crèches souhaitaient pour endiguer la crise de recrutement   des AP, ne sera pas repris par la réforme : Il n’y aura pas une filière AP en maternité et une filière AP en crèche différenciée par le choix de certains modules en cours de formation. Et partant le stage en maternité sera bien obligatoire pour toutes les futures AP. Or, on sait que le frein à la formation de plus d'auxilaires de puéricultrure est souvent lié au manque de places de stages en hôpital.

De nouveaux actes pour les auxilaires de puériculture :  le plus important pour l’ANAP
Pour l’ANAP « ce qui est important c’est le maintien de la spécificité de la filière » souligne sa présidente. Nous n’en sommes encore qu’aux documents de travail, mais cela va dans le bon sens. Et de reprendre les points qui lui semble essentiel : « l’évolution et l’approfondissement du rôle de l’Auxiliaire de puériculture. Le métier d’AP a été déprécié au fil des années et des réformes des diplômes avec un abaissement du niveau de la formation et une réduction de son champ d’activité.» En clair pour l’ANAP ce qui est primordial c’est que l’auxiliaire de puériculture dans son quotidien puisse réaliser de nouveaux actes bien spécifiques ou retrouver la pratique d’actes qui lui avaient été retirés.
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Publié le 26 novembre 2019
Mis à jour le 28 novembre 2019