Diplôme d’état d’EJE : entrée en vigueur de la réforme

A la fin du mois d’août, les décrets et arrêtés relatifs à la réingénierie des formations des 5 diplômes d'État du travail social, dont celui d’éducateur de jeunes enfants ont été publiés au Journal Officiel.1 La réforme entre en application dès cette rentrée 2018. On fait le point avec Véronique Jacquet, co-présidente de la FNEJE.
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Educatrice de jeunes enfants avec petite fille
Une mise en œuvre dans la précipitation
Les services déconcentrés2 concernés par la mise en œuvre de ce nouveau diplôme ont reçu une instruction ministérielle relative aux nouveaux textes réglementaires. Rappelons que ce sont eux les interlocuteurs des établissements de formation pour toutes les questions relatives à l'application de ces textes réglementaires. Il était temps… Et la FNEJE, comme d’autres, regrette cette publication tardive à la veille; pour ainsi dire, de la rentrée des étudiants dans les centres de formation. Bien sûr des textes non définitifs avaient été transmis aux centres de formation dès le printemps dernier afin qu’ils puissent préparer leur conventionnement avec l’université de leur choix et préparer les changements pédagogiques.
Néanmoins cette publication tardive n’a laissé aucune place à la concertation ni à un véritable consensus autour des points de la réforme qui méritaient encore réflexion et précisions. Et soulèvent d’ores et déjà interrogations et inquiétude. Pour exemple, l’obligation d’au moins une à deux visites de stages au cours des trois années de formation, ne figure plus dans les textes. Les ajustements nécessaires se feront donc au fur et à mesure.

Ce qui reste inchangé par rapport au précédent diplôme : les temps de formation
La volumétrie globale du parcours de formation demeure inchangée : trois ans de formation en alternance répartis en 1500 heures (cours théoriques, ateliers ou travaux dirigés etc.)  Et 2100 heures de formation pratique (60 semaines de stage). Le découpage en quatre ou cinq stages demeure également.
Les différences de volumétrie et d’organismes de tutelle entre les cinq diplômes perdurent.
Le diplôme comprend toujours quatre domaines de compétences dont deux transférables entre les cinq diplômes (DC3 et DC4).

Les nouveautés : les liens avec l’université et la certification
• Un conventionnement obligatoire avec une université pour l’agrément des centres de formation. Et leur commission pédagogique sera présidée par un universitaire. Par ailleurs les jurys d’examen pour l’obtention du diplôme final doivent comporter un formateur ou un universitaire et un professionnel confirmé du secteur.
L’accès à la formation se fera désormais par Parcours Sup pour les lycéens et les étudiants dès la rentrée 2019. Avec le maintien d’une voie sur concours pour les non-étudiants.
Cette double entrée en formation, sur concours ou sur dossier selon le profil des candidats, va nécessiter une grande vigilance et exiger de repenser les conditions de sélection des candidats, ainsi que le calendrier d’admission en formation. En effet, les réponses de Parcours Sup n’interviennent que tardivement par rapport aux traditionnelles épreuves de concours.

Harmonisation des termes et du vocabulaire employés pour les référentiels des 5 diplômes.
Le socle commun aux 5 métiers est renforcé. Désormais certaines compétences et connaissances des DC1 et DC2 (qui touchent au cœur des métiers) seront partagées.
• De nouveaux apprentissages en lien avec le numérique et une langue étrangère.
La certification : une seule épreuve en certification externe par la DRJSCS3 : Le mémoire et sa soutenance. Les autres épreuves de certification sont internes au centre de formation. Les quatre domaines de compétences sont validés par des épreuves écrites et orales, la note de synthèse disparaît.
D’ores et déjà, les centres de formation songent à des organisations d’épreuves communes afin de conserver le principe d’objectivité et d’égalité du diplôme d’état.
• Les stages dénommés périodes de formation en milieu professionnel ne sont plus rattachés à un domaine de compétence spécifique (DC1, DC2 etc.).
• Une cinquième fonction apparaît : contribution à la compréhension et à l’évolution du domaine éducatif et social de la petite enfance

Les points de vigilance et de réserve de la FNEJE
Dans la mise en place de cette réforme, la FNEJE sera attentive à différents points, notamment :
• Le socle commun ne doit pas être le prétexte à une proportion inconsidérée de cours en amphithéâtre.
• Les visites de stages (formation en milieu professionnel) et les référents du diplôme concerné doivent continuer à rester obligatoires dans une proportion suffisante pour assurer la qualité de la formation.
• Une trop grande modularisation du diplôme sur des longues durées ou en complément d’une VAE ramenée à seulement 1 an d’expérience de terrain depuis la réforme de la formation professionnelle (loi El Komri) peuvent grandement nuire à la cohérence du parcours et la consistance du diplôme
• Au vu de la publication tardive des textes, la mise en place de la réforme a été annoncée comme expérientielle. Elle devrait donc permettre aux étudiants et centres de formation, de faire remonter aux organismes de tutelle concernés ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas notamment en ce qui concerne la certification désormais à la charge des centres de formation. Il serait dommage que cela empiète sur temps consacré à la formation et nuise donc à sa qualité.
• Enfin, il serait souhaitable que des passerelles soient mises en place, en concertation avec les organisations professionnelles, pour les anciens diplômés.




1.Publication des 2 décrets et 6 arrêtés relatifs à la réingénierie des formations des 5 diplômes d'Etat (ASS, EJE, ES, ETS, CESF) au Journal Officiel n°0193 du 23 août 2018.
2. Les services déconcentrés chargés de la cohésion sociale (Directions régionales (et départementale) de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS) et les Directions départementales de la cohésion sociale, ou de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCS/DDCSPP) ​ ainsi que les rectorats ont été destinataires d'une instruction ministérielle relative à l'application de ces textes réglementaires. 
3. Direction régionale de la jeunesse et des sports et de la cohésion sociale.

Dans le détail de la réforme

Fonctions
On passe de 4 à 5 fonctions
Les fonctions 1 et 2 ne se répartissent plus par public mais par posture professionnelle

Domaines de compétences
DC1 :
Accueil et accompagnement du jeune enfant (libellé inchangé) se découpe en trois registres de compétences :
-    Accueil et accompagnement centré sur le jeune enfant
-    Accueil et accompagnement de la famille
-    Organisation des espaces d’accueil
DC2 :
Action éducative en direction du jeune enfant
Met l’accent sur l’implication de l’EJE dans le projet éducatif et social
DC3 :
Travail en équipe pluri professionnelle et communication professionnelle (Auparavant Communication professionnelle)
DC4 :
Dynamiques interinstitutionnelles, partenariats et réseaux (Auparavant Dynamiques institutionnelles, interinstitutionnelles et partenariales)

Certification
Toutes les épreuves écrites et orales sont en coefficient 1
Tous les DC comportent des épreuves écrites et orales
DC1 :
DRJSCS :
Le mémoire se dénomme désormais mémoire de pratique professionnelle. Il comprend une dimension d’initiation à la recherche. Il est la seule épreuve externe au centre de formation.
En centre de formation :
Analyse de situation d’accueil et d’accompagnement individuelle ou collective : dossier écrit et soutenance orale
Moyenne des 4 notes
DC2 :
En centre de formation :
Dossier d’actions éducatives : écrit et oral
Démarche de santé et de prévention : oral
Moyenne des 3 notes
DC3 :
En centre de formation :
Elaboration d’une communication professionnelle : oral
Dossier sur le travail d’équipe et les dynamiques institutionnelles : écrit et oral
Moyenne des 3 notes
DC4 :
En centre de formation :
Dossier à partir d’une problématique territoriale ou partenariale : écrit et oral
Contrôle de connaissances : écrit
Moyenne des 3 notes
Le livret de formation est revisité

Domaine de formation
Prend en compte le socle commun et les enseignements universitaires

Article rédigé par : Catherine Lelièvre avec Véronique Jacquet
Publié le 14 septembre 2018
Mis à jour le 14 septembre 2018