EJE libéral, un métier novateur mais compliqué à exercer

Si les EJE exercent principalement dans les lieux d’accueil du jeune enfant, certains choisissent d’être auto-entrepreneur. En cabinet et/ou à domicile, ils accompagnent les parents et les enfants ou même dispensent des formations à l’attention des professionnels de la petite enfance dans les EAJE. S’ils sont de plus en plus nombreux, à l’heure actuelle aucune règle n’encadre ce métier. Une problématique pour nombre d’entre eux…
Une nouvelle façon d’exercer le métier d’EJE
Parce qu’ils ont envie d’une plus grande liberté, qu’ils ne souhaitent plus exercer en structure, qu’ils veulent accompagner les enfants et les parents à leur façon, des éducateurs de jeunes enfants s’installent en libéral. « Un métier nouveau, innovant, explique Nilda Santos, coprésidente de la FNEJE, et également EJE libérale, dont on entend parler depuis trois ans maintenant et qui s’est notamment bien développé lors du premier confinement. » Si cette profession attire un nombre croissant d’EJE, pour le moment elle n’est pas reconnue en tant que telle. Aussi trois EJE libérales tirent la sonnette d’alarme car elles connaissent nombre de difficultés.

Le statut d’auto entrepreneur et le code APE
Le premier obstacle commence dès la création du statut d’auto entrepreneur. Un code APE (Activité Principale Exercée) est nécessaire, c’est un numéro qui désigne le métier exercé. Or pour les EJE en libéral, il n’existe pas. Ils sont donc obligés de se greffer sur d’autres codes. « J’ai dû mettre deux heures avant de trouver un code », indique Alexia Tsadiroglu, EJE libérale, qui a finalement opté pour : « Autre accueil ou accompagnement sans hébergement d'enfants et d'adolescents. » De son côté, Nilda Santos, qui propose aussi de la formation auprès des professionnels de la petite enfance, s’est rabattue sur le code formation. « Du coup, nous ne pouvons pas avoir de cadre d’intervention. Et puis, nous n’avons pas de charte déontologique et d’éthique donc chacun établit ses règles et ce n’est clair pour personne », souligne-t-elle. 

Des professionnels légitimes pour le soutien à la parentalité
Le second obstacle concerne l’émergence de coach en tout genre.  « Je n’ai rien contre, mais les experts de la petite enfance, ce sont les EJE ! », clame Nilda Santos. « Et en même temps, il y a de la demande, puisque ces personnes arrivent à travailler. Il faut que l’on prenne notre place car si nous ne la prenons pas, d’autres la prendront et ce ne seront pas forcément les personnes les plus formées pour ça », note-elle. Et souligne aussi : « Les infirmières puéricultrices libérales faut aussi entendre leur voix, c’est tant mieux, par contre, certaines font de l’accompagnement à la parentalité dans l’éducatif… Tout cela manque de cadre par les pouvoirs publics ». Les EJE libérales attendent donc beaucoup de leur part. D’autant plus que l’accent est mis par le gouvernement sur le soutien à la parentalité, avec entre autres la création de groupes de paroles entre parents. Qui les animera ? Qui les accompagnera ? Les EJE libérales estiment qu’elles peuvent avoir un rôle à jouer. « S’il y a un bien diplôme en formation initiale qui correspond au soutien à la parentalité, c’est sans conteste celui d’EJE, puisqu’il est axé sur les enfants de 0 à 7 ans », fait remarquer Julie Marty-Pichon, coprésidente de la FNEJE.

Des EJE libérales en quête de reconnaissance
Avec pour objectif la reconnaissance par les pouvoirs publics de leur métier, Nilda Santos, Alexia Tsadiroglu et Marie Bouisset diffusent un recensement national pour connaître notamment le nombre d’EJE en libéral sur le territoire, leur activité principale, le code APE sous lequel ils ou elles sont enregistré(e)s auprès de l’URSSAF et quels peuvent être leurs besoins dans leur exercice au quotidien. « Nous voulons créer un réseau pour être écoutées et reconnues », précise Alexia Tsadiroglu. Motivées et investies, les trois auteures du recensement lanceront début juillet un cabinet pédagogique virtuel, qui regroupera plusieurs EJE libérales. Le but : accompagner des parents mais aussi former des professionnels de la petite enfance (analyses de pratique notamment) en visio sur tout le territoire. Et, dans le cadre de la création de ce cabinet, elles vont établir une charte éthique, qu’elles aimeraient voir devenir nationale.



 
Article rédigé par : Caroline Feufeu
Publié le 25 juin 2021
Mis à jour le 28 juin 2021