Accueils mixtes : rares mais intéressants pour les enfants et les pros

L’UNAF a commandé au sociologue Pierre Moisset une étude sur les accueils mixtes, c’est à dire ceux qui combinent accueil individuel et collectif. Construite autour de 5 initiatives cette étude met en évidence les difficultés rencontrées - défiance entre professionnels de crèche et assistantes maternelles voire jugement et dénigrement- mais aussi les points positifs tant pour les enfants que pour les professionnels qui en font l’expérience. Une étude qui permet d’identifier ce qui participe au succès de ces formes d’accueil innovantes.  
Zoom sur 5 initiatives 
L’étude a porté sur deux démarches municipales, deux démarches associatives et une démarche privée à but lucratif dans des zones rurales ou urbaines.
• La première initiative municipale choisie est à Antibes (Alpes-Maritimes) : des assistantes maternelles volontaires et leurs enfants viennent passer une matinée par semaine dans un des multi accueils de la ville.
• La seconde initiative municipale se trouve à Sèvres (Hauts-de Seine) : ici, les enfants de 3 mois à 18-24 mois sont d’abord accueillis par une assistante maternelle. Ils passent une journée par semaine avec elle en structure collective. Entre 15-18 mois et 4 ans, ils intègrent la structure collective. 
• La troisième initiative a été mise en place par l’association Don Bosco pour l’Hôpital de Brest (Finistère). Via sa structure « En Jeux d’Enfance », elle a crée simultanément une micro-crèche et un Service d’Accueil Individuel (SAI) composé d’assistantes maternelles pour une offre d’accueil en horaires atypiques. 
• La quatrième initiative repose sur un partenariat EAJE-RAM-Centre de loisirs en Basset (Haute-Loire). Il s’agit d’un projet de collaboration, d’animations et de temps de formations communs entre un EAJE et un Relais Assistant Maternel qui a pris différentes formes depuis son lancement il y a une dizaine d’années. 
• La cinquième initiative se situe dans le Morbihan. Tous les mois la Crèche itinérante Tymous (travaillant sur trois communes de la communauté de communes Auray Quiberon Terre Atlantique) organise des rencontres avec les assistants maternels relevant du RAM de la commune d’Erdeven.

Les conditions optimales à réunir
De l’analyse pointue et détaillée de ces initiatives, le sociologue a tiré quelques leçons. Et dégagé quatre grandes tendances pour des conditions optimales à la réussite d’un accueil mixte :

• Il faut d’abord considérer la taille de l’établissement collectif. Les expériences se déroulant avec les petites structures semblent favoriser une meilleure ambiance entre les intervenants. « En micro-crèche, l’équipe n’est pas d’une taille suffisamment importante pour constituer un collectif vu comme protecteur par rapport à l’extérieur, ce qui fait que les professionnels sont -de fait- dans une attitude de plus grande ouverture. » 
Pierre Moisset souligne également la nécessité d’organiser ces rencontres sur un « terrain neutre », afin que personne ne se retrouve en position « d’invité ». Sinon, cela risque de le placer en situation d’infériorité et de l’exposer au jugement de ceux qui travaillent habituellement sur place. Ainsi, il est préférable que les professionnels du collectif et les assistants maternels se retrouvent « à égalité par rapport à l’occupation de l’espace et la responsabilité à l’égard du lieu ».
• Autre point sensible à prendre en compte : la question de la formation des professionnels participant. Certains semblent souffrir d’un complexe de supériorité, posant alors un regard péjoratif sur l’accueil individuel et les assistants maternels. Les EAJE et auxiliaires de puériculture, notamment, semblent se montrer particulièrement fermés aux rencontres avec d’autres professionnels. Cela compromet alors les différentes formes d’accueil mixte. Et les rend même parfois impossible. 
• Le soutien d’un portage politique et institutionnel s’avère indispensable, en particulier pour combattre les effets d’établissement, de formation, de distinction péjorative entre professionnels.

Travailler à une meilleure articulation entre modes d’accueil individuel et collectif
Pierre Moisset voit dans les démarches d’accueil mixte de nombreux bénéfices. Parmi les principaux, celui « de faire émerger, par la rencontre parfois conflictuelle entre professionnels de l’accueil collectif et individuel, une esquisse de ce que pourrait être une professionnalité de l’accueil de la petite enfance ». Se rencontrer, observer la façon de travailler des autres peut se révéler extrêmement enrichissant si aprioris et jugements ne viennent pas s’en mêler. Il apparaît également essentiel de ne pas perdre de vue que les pratiques des uns et des autres ne sont pas forcément « meilleures » ou « moins bien » mais relèvent seulement d’un autre contexte d’accueil. Lorsque les expériences mixtes se déroulent dans un climat pacifié, où chacun est capable de réflexivité, « elles permettent de ramener les professionnels à réfléchir à l’objet de leur action : le bien-être de l’enfant ». C’est en se rapprochant, en décloisonnant les deux filières, en travaillant en bonne intelligence qu’une forme de communauté peut être trouvée. Et permettre de « toucher du doigt ce qui serait des formules d’accueil « idéales » où les limites de chacune des modalités d’accueil serait compensées par l’autre ».
Article rédigé par : Marie-Sophie Bazin
Publié le 12 mars 2020
Mis à jour le 13 mars 2020