Bruno Bonnell : « on va se battre pour les assistantes maternelles »

Bruno Bonnell est l’auteur avec François Ruffin du rapport d’information sur les métiers du lien adopté à l’unanimité, il y a quelques jours par la commission des Affaires Économiques. Un rapport qui propose 43 propositions dont une dizaine concernent directement les assistantes maternelles. Rencontre avec le député de 6éme circonscription du Rhône, bien décidé à ce que leur rapport ne reste pas dans un tiroir. Mais soit suivi d’effets.
Les Pros de la Petite Enfance : Quelle est l’ambition de votre rapport ? Pourquoi avoir choisi ces 4 métiers que vous conjuguez volontairement au féminin : aides à domicile, assistantes maternelles, accompagnantes d’enfants en situation de handicap et animatrices périscolaires ?

Bruno Bonnell : Nous avons voulu montrer qu’il y a une vraie question autour de ces métiers et que cette notion de lien est plus importante et significative que la notion d’usage pour les caractériser. On en a choisi 4 qui vont « du berceau à la tombe ».
Ils ont en commun d’être des métiers issus de l’instinct maternel, de la domesticité. La caractéristique numéro 1 de ces métiers c’est de n’être pas reconnus comme des métiers avec formation et certification. Ils sont sans perspectives de carrière, sans passerelles pour évoluer. Nous avons donc voulu insister sur la professionnalisation de ces métiers. ll faut qu’on les reconnaisse comme de véritables professions. Qu’elles aient un statut, une formation et une carrière.
La structure du rapport fait que puisque nous avons choisi 4 métiers, certaines propositions sont communes à tous les métiers et d’autres spécifiques à certaines professions. Par exemple, nous souhaitons déposer une proposition de loi pour les Aides à vie sociale et les AESH, les deux métiers les plus en dérive côté statut. Pour eux,  elles nous proposons des entreprises de mission. Car on ne peut laisser ces métiers aux entreprisses de marché. Ce n’est évidemment pas le cas pour les assistantes maternelles qui sont et nous les avons entendues, attachées à leur liberté.

Vous avez rencontré nombre d’assistantes maternelles au cours de vos auditions. Qu’est -ce qui vous a le plus frappé ?
Les assistantes maternelles ne sont pas des baby sitter à temps plein. Elles nous ont beaucoup parlé de leur isolement. On aimerait promouvoir le fait qu’elles aient des institutions représentatives.
Par ailleurs, quand on a regardé les prix moyens pratiqués, on s’est rendu compte que pour qu’une assistante maternelle puisse gagner un SMIC mensuel, il lui fallait garder 4 enfants avec des amplitudes horaires allant parfois de 7h à 20H … Et tous les témoignages que nous avons recueillis allaient dans le même sens : 3 enfants c’est gérable dans de bonnes conditions d’accueil, avec 4 enfants c’est beaucoup plus difficile de faire un bon travail d’accueil surtout si les enfants sont âgés de 4 mois à 3 ans !

Vous proposez donc une amélioration de leur rémunération
Oui, nous préconisons donc une revalorisation des rémunérations pour qu’elles puissent atteindre un SMIC en n’accueillant que 3 enfants. Comment ? Pas forcément en augmentant les tarifs pour les parents (c’est-à-dire en augmentant le salaire horaire) mais peut être en intégrant dans le temps de travail les temps de transport, de préparation des repas ou des activités etc. (c’est-à-dire en considérant plus d’heures dans le temps de travail rémunéré).
 
Vous n’avez pas envie que votre rapport dorme au fond d’un tiroir. Quelle suite envisagez-vous vous de lui donner ?
On veut donner un coup de pied dans la fourmilière. C’est une question politique : il faut changer de logique. Se placer dans une logique d’investissement (social) et non dans une logique de coût. On ne peut avec ces métiers rentrer dans une rentabilité pure.
Oui il faut envisager des mesures qui peuvent coûter. Pour les assistantes maternelles, par exemple, il faut des temps collectifs ; elles ont un statut mais sont dans une précarité d’emploi, il faut y remédier ; revoir le système de rémunération  ( ce n’est pas un job de complément !) ; il faut travailler sur l’attractivité de ce métier, le rendre plus sexy ; batailler pour une meilleure formation initiale ( nous sommes favorables à ce qu’elles soient titulaires du CAP-AEPE car leur professionnalisation et revalorisation en dépendent ) et continue ( et là nous sommes opposés au monopole d’Iperia).
On va se battre pour les assistantes maternelles. On souhaiterait que quelques-unes de nos propositions soient intégrées aux futures ordonnances sur les modes d’accueil. Et pour cela on ira voir qui de droit c’est-à-dire le ou la secrétaire d’État en charge de ce dossier

 
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Publié le 09 juillet 2020
Mis à jour le 24 juillet 2020

2 commentaires sur cet article

Je suis assez étonnée de ces données je paye pour mon fils agé de 2 ans 934 euros par mois pour un accueil de 5jours de 10h par jours : 8h30 18h30 repas et frais d'entretien compris donc avec un deuxième enfant le smic est largement dépassé de plus il ne faut pas oublier que les ass mat ne payen pas d'impots, n'ont pas de frais de transport pour aller bosser, certaines choissinent de ne pas traviller le mercredi et les vacances scolaires, trouver une ass mat releve du parcours du combattant pour les familles j'en ai vu plus d'une cinquantaine car elles refusent de travailler trops tpt ou trop tard je suis outrée de ce rapport les frais d'entretien payé chaque jour par enfant couvrent largement leurs depenses en eau , électricité,..4€20 par enfant par jour soit 84€ pour le mien par mois si elle a 3 enfants ça fait 252€ c'est pas mal non? Certes ce n'est pas un boulot facile mais assez de jérémiades, elles n'ont qu'à comparer l'usine ou le supermarché ma nounou est chouette pour mon fils mais cela fait pour moi un gros budget et pas le choix pas de place en creche ...
Bonjour Je suis curieuse de connaître le tarif horaire net de votre assistante maternelle ainsi que ses frais d'entretiens! En tant qu'assistante maternelle certifiée avec des annees d'experiences, je oeux dire à ce jour que c'est un vrai métier non reconnus particulièrement par les parents employeurs! Un emploi précaire certes mais sous payé même si en effet on ne paye pas d'impôts! D'ailleurs même en crèche vu le salaire on n'en paye pas non plus!