Les politiques Petite Enfance

Injonctions paradoxales. Tribune libre de Sandra Onyszko (Ufnafaam)

A l’heure où le nombre d’assistants maternels ne cesse de chuter, certaines orientations du Haut Conseil à la Famille à l’enfance et à l’âge (HCFEA) (1) interroge l’ufnafaam. Deux objectifs doivent être travaillés pour construire un plan de relance : renforcer d’une part l’attractivité de ce mode d’accueil individuel vis-à-vis des familles et d’autre part l’attractivité de la profession pour que les assistants maternels puissent y rester et que d’autres désirent y entrer.
A la lecture des grandes orientations du pré-rapport du HCFEA, on constate que certaines propositions sont intéressantes mais que d’autres peuvent aller contre ces objectifs. Leur principal défaut étant qu’en proposant un renforcement de l’encadrement des assistants maternels sans vraiment répondre à leur besoin d’accompagnement, on leur envoie de mauvais signaux. Qui peuvent être sources de découragement et d’agacement voire engendrer des désaffections pour la profession.
IStock
assistante maternelle et enfant
Côté familles : le manque d’attractivité du recours à un mode d’accueil individuel
Lorsqu’on travaille sur le manque d’attractivité du recours à un assistant maternel par les familles deux freins sont identifiés par bon nombre de rapports :
- Le reste à charge des familles qui est plus important qu’en structure collective.
- La mauvaise perception de cette profession pour des familles.

Les points positifs. Sur le premier point, des améliorations vont sûrement être apportées (néanmoins, il faut encore qu’elles soient validées par le gouvernement) En effet le HCFEA va dans le sens de nos demandes régulières sur la nécessité de réévaluer l’aide du CMG Paje. Les circulaires des années 2016 et 2017 concernant le financement des familles ayant recours aux structures d’accueil collectif ont encore creusé les différences et beaucoup de familles orientent leur choix en fonction du coût de l’accueil. Maintenant attendons de savoir s’il sera procédé à une augmentation du CMG Paje ou à des changements plus profonds. Certains souhaiteraient transformer le CMG Paje en PSU. Cette seconde option doit amener à bien réfléchir aux éventuelles conséquences (par exemple la PSU est sous la compétence directe des CAF) qui pourraient fragiliser tout le système. Malgré tout, cette différence de financement entre les modes d’accueils a été reconnue et c’est tant mieux.

Ce qui manque. Sur le deuxième point -la mauvaise image dont souffre la profession - le HCFEA ne propose pas vraiment de solution. Il y a souvent un déficit de communication autour de notre profession. Certains assistants maternels peuvent ne pas être d’accord toutefois rappelons que les parents qu’ils rencontrent ont déjà franchi le pas et fait le choix de l’accueil individuel.  Les différents rapports s’intéressent plutôt aux familles qui ne souhaitent pas rencontrer un assistant maternel car ils ne désirent pas lui confier leur enfant. D’ailleurs tous les chiffres le confirment : la majorité des familles indiquent qu’ils préfèrent la crèche. Pourquoi ? Nous pensons - et beaucoup d’assistants maternels sont d’accord avec nous sur ce point - que les familles ont besoin de comprendre ce que peut apporter un accueil individuel à leur enfant. Il est donc nécessaire de travailler sur une meilleure communication quand on parle de cet accueil. Faire savoir qu’un assistant maternel a une formation et un agrément peut rassurer mais ne permet pas toujours de séduire les familles. Dommage que les orientations du HCFEA n’aient pas proposer des pistes sur cet enjeu, pourtant indispensable. On aurait pu imaginer une grande campagne de communication, à travers les témoignages de familles satisfaites ou montrant une journée d’accueil, afin tordre le cou aux idées reçues sur ce type d’accueil et inciter les parents à faire confiance à ses professionnels.

Côtés professionnels : le manque d’attractivité du métier d’assistant maternel
En ce qui concerne à présent l’attractivité (ou plutôt le manque d’attractivité) de la profession pour les assistants maternels, les orientations du HCFEA ne vont pas dans le sens d’une réponse vraiment adaptée en proposant toutes sortes d’obligations qui pourraient même aller à l’encontre de ce qui est souhaité.
Car un autre groupe de travail s’organise en parallèle au ministère sur le cadre de la formation obligatoire des assistants maternels qui doit répondre au niveau diplôme du CAP AE. Les propositions de ce groupe vont  dans le sens d’une éventuelle augmentation des heures dans la formation obligatoire. Que de telles obligations viennent améliorer le nombre d’heures de la formation obligatoire reste plutôt une bonne nouvelle.

En revanche, de nouvelles orientations ne doivent pas modifier ce qui se pratique déjà et qui fonctionne au niveau par exemple des échanges  des professionnels dans un RAM.  La formation doit se différencier du temps lié à la professionnalisation. Ainsi souhaiter que les assistants maternels s’affilient obligatoirement (voire fréquentent) un  RAM sous peine de ne plus être agrée, éloignera toute liberté, nourrira une pratique plus qu’une volonté et nuira à la convivialité à l’intérieur du relais. En pratique ceci pourrait donc aller à l’encontre de l’objectif de professionnalisation. Rappelons en effet, que les échanges au sein des relais, entre un animateur de RAM et un assistant maternel sont finalement ce qu’il souhaiterait et qu’il ne peut souvent avoir avec les services de PMI, ces derniers n’ayant plus le temps d’accompagner. La qualité des échanges au sein du RAM dépend donc de la volonté de chaque professionnel car on ne peut professionnaliser sans et contre le gré du professionnel lui-même !
Autre exemple, souhaiter que les relais d’assistants maternels aient plus de liens et travaillent de concert avec les services de PMI pourrait également à terme aboutir à une confusion des missions et fragiliser le lien entre l’assistant maternel et l’animateur de relais.

Dernier exemple qui laisse suggérer une certaine méconnaissance : vouloir que les candidats pour exercer en  maisons d’Assistants Maternels ( MAM) soient sélectionnés en amont par les services de PMI constitue-t-il une solution au développement des MAM ? Certains peuvent penser que cela pourrait aider à leur pérennisation, en ce sens que les personnes choisies seraient mieux préparées. Mais , il reste difficile de prévoir le succès de  telles dispositions alors même que les assistants maternels  sont porteurs de projet et surtout le financent ! Il est tout à fait compréhensible qu’un porteur de projet de MAM désire s’engager avec des personnes qu’il connait voire qui ont aussi amené un financement et ne pas vouloir prendre un risque avec des personnes qu’il ne connait pas du tout. Pour l’accepter, il faudrait donc un porteur de projet qui soit communal et qui prenne ce risque à la place de l’assistant maternel.

En conclusion, nous savons bien que ces orientations servent à nourrir les débats avec et entre les membres du  Haut Conseil donc aussi avec nous qui représentons les assistants maternels, mais alors pourquoi ne pas aller plus loin dans la collaboration, et faire qu’on les réfléchisse ensemble avant leur  présentation ? Ceci dans l’idée d’être constructifs. A l’inverse, les découvrir sans y avoir été associés auparavant, donne plutôt une impression d’en avoir été écartés. La seule mission qui nous incombe reste de devoir pour certaines, les contredire pour en éloigner le danger.
La grande réflexion ici est surtout de savoir si nous avons réellement assez de marge de manœuvre pour proposer des orientations qui fassent  écho aux demandes répétées des assistants maternels car nous n’en sommes plus au développement de l’accueil individuel mais juste tenter pérenniser de l’existant.

1) Orientations présentées lors de la séance plénière du Conseil de la famille et du conseil de l’enfance et de l’adolescence le 20 février dernier. Ces orientations devant être reprises dans le rapport que Haut Conseil remettra à la ministre des solidarités et de la famille, Agnès Buzyn à la fin du mois de mars.
Article rédigé par : Sandra Onyszko
Publié le 28 février 2018
Mis à jour le 28 février 2018

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