La culture dans la relation parent - enfant : les orientations du plan d’action de Sophie Marinopoulos

C’est aujourd’hui, mardi 4 juin, que Sophie Marinopoulos, psychologue psychanalyste spécialiste de l’enfant et de la famille, remet son rapport sur l’éveil artistique et culturel du jeune enfant dans sa relation avec son parent au Ministre de la Culture, Franck Riester. Une mission qui lui avait été confiée en juin 2018 par la ministre alors en poste, Françoise Nyssen. Il s’inscrit dans la lignée du protocole d’accord pour l’éveil artistique et culturel des jeunes enfants signé en 2017 par les ministères de la Culture et de la Famille, de l’Enfance et des Droits des Femmes. Sophie Marinopoulos a évoqué les grands axes de sa mission en mai dernier, lors de la cérémonie des Girafes Awards 2019 organisée par l’association Agir pour la Petite Enfance. Ce qu’il s’en dégage.
Françoise Nyssen avait souhaité mettre en place une stratégie nationale sur la santé culturelle avec la volonté de promouvoir et pérenniser l’éveil artistique et culturel dans la relation parent - enfant, en s’appuyant sur toute une argumentation scientifique. Elle a ainsi donné pour mission à Sophie Marinopoulos de proposer un plan d’action pour que la culture soit au cœur de l’accompagnement du lien parent - enfant, dans un esprit de prévention en lien avec le secteur social, de la santé, de la famille, de l’éducation, et de l’écologie. Comment le petit homme s’émerveille ? Qu’est-ce qu’on lui met à disposition ? Pour Sophie Marinopoulos, c’est toute la question de savoir quelle place nous faisons aux enfants dans nos vies, dans nos villes. « J’en appelle à une politique des « 3A » : attendre l’enfant, accueillir l’enfant, accompagner l’enfant. » En s’ouvrant à cette relation culturelle, donnant des exemples, formant mieux les professionnels…

Reprendre le temps de répondre au besoin de relation de l’enfant
« Ce qui est culturel, c’est la manière dont on vient au monde et dont on rentre en communication avec un autre que soi », explique Sophie Marinopoulos. La psychologue rappelle que l’homme est une « espèce fabulatrice » qui entre dans le monde des mots et a besoin de narrativité, de partager des histoires. Comme le disait Winnicott « un bébé tout seul ça n’existe pas ». Ainsi nous naissons dépendants et pendant cette progression vers l’autonomie nous vivons des relations d’émotions, d’amour… Des états qui habitent notre santé, d’où cette notion de « santé culturelle » : comment prendre soin de la santé de nos liens.

Pour Sophie Marinopoulos, nous devons lutter contre cette tendance de notre société à faire grandir l’enfant dans une « malnutrition culturelle dans le temps nécessaire à construire son humanité ». Les parents, même s’ils sont pressés dans leur quotidien, ne doivent pas perdre la richesse du temps de la relation, car c’est là l’essentiel de ce que l’enfant a besoin, plus que tous les jouets ou autres occupations qu’il peut avoir à disposition. « Ne rendons pas nos enfants misérables dans un pays d’opulence », dit-elle.
Elle évoque notamment la question des écrans, sans remettre en cause leur utilité mais bien leur utilisation pendant le temps de relation avec l’enfant. Les bébés ont aujourd’hui un rapport à l’écran qu’ils ont intériorisé. Quand les parents consultent un écran pendant qu’ils s’occupent de leur enfant, ils sont là physiquement mais absent psychiquement. « Alors les enfants s’effondrent et ne peuvent pas grandir, souligne-t-elle. Ne construisons pas une modernité dépressive ! »

La psychologue met notamment l’accent sur les familles les plus en difficulté dans la relation, concernées par des enfances malmenées, bousculées, bafouées où la capacité interprétative n’a pas pu se construire. « Il y a une approche préventive extrêmement importante que j’aimerais voir se développer pour que parents et enfants soient nourris (d’art et de culture) et lutter contre cette société moderne, exigeante et rapide. »

Mieux accueillir les parents
Dans sa mission, Sophie Marinopoulos encourage ainsi un meilleur accueil et accompagnement des parents. « Il y a énormément à penser culturellement sur l’attente pour accueillir les pères et les mères. » Soulignant que la recherche confirme le mal-être de nombre de jeunes mères, mises à mal dans l’attente de leur enfant - malgré une médecine de pointe. « Ce temps de l’attente est tellement médicalisé qu’on en a oublié qu’il y a une femme derrière. On oublie notre humanité… La médecine ne doit pas nous oublier dans nos besoins relationnels. » La psychologue encourage fortement les préparations à l’accouchement incluant la lecture, la musique : des initiatives qui existent déjà mais de façon ponctuelle et non dans une politique de santé publique. « Il faut réaliser un travail sur les initiatives inspirantes ».

Elle propose également d’introduire un volet sur l’éveil dans le carnet de santé de l’enfant, ainsi que le développement d’une consultation longue spécifique à cette santé culturelle. Pour qu’une fois par an, le médecin aurait le temps d’explorer avec les parents la santé globale de leur enfant : sa capacité à s’émerveiller, son rapport à la nature, son accès aux objets culturels et artistiques… « Tout cela ne fait que s’adapter aux travaux de l’OMS », précise-t-elle.

Laisser à l’enfant la liberté de s’émerveiller et d’explorer
Du côté de l’enfant, il faut aussi lui offrir la possibilité de se mouvoir librement car il a une appétence naturelle à explorer son environnement. « On ne sait pas ce exactement qu’il va en faire, mais il va en faire quelque chose », assure Sophie Marinopoulos. De même, l’enfant a une capacité innée à s’émerveiller et par ce rapport à l’esthétique, au sensible, à être touché à l’intérieur de lui. « C’est ça qui lui donne envie ». Elle salue et encourage ainsi toutes les actions entreprises par les professionnels de la petite enfance pour proposer aux enfants des moments de rencontres avec des artistes. Et tous ces moments de simple contemplation qu’ils leur offrent sur le lieu d’accueil. « Votre rôle est fondamental, vous donnez aux enfants le temps de ne rien faire, regarder, penser, éprouver ce qu’il se passe autour d’eux ». Une condition indispensable pour leur permettre de faire les acquisitions (pendant le temps de l’éveil) sans lesquelles ils ne peuvent pas rentrer dans les apprentissages (pendant le temps de l’éducation).

Favoriser la place de la nature dans le développement de l’enfant
Dans cette exploration de l’environnement, Sophie Marinopoulos insiste d’ailleurs sur l’importance de la nature dans la vie de l’enfant. Une nature dont il est de plus en plus privé. « Nos enfants sont hors sol, ils perdent ce rapport à la nature alors que c’est l’école de la vie, de la liberté ! ». Rappelant que de nombreux articles existent déjà à ce sujet, ainsi que divers travaux scientifiques prouvant des effets bénéfiques sur notre immunologie, nos émotions, nos expériences de vie…
Article rédigé par : Armelle Bérard Bergery
Publié le 03 juin 2019
Mis à jour le 03 juin 2019