Les politiques Petite Enfance

Laurence Rossignol, Ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des Femmes : « Je souhaite valoriser les métiers de la petite enfance »

La Ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes évoque pour Les Pros de la Petite Enfance ce qu’elle attend du rapport de Sylviane Giampino, la nécessité de donner « une identité professionnelle commune » à tous les métiers de la petite enfance et réaffirme sa volonté d’œuvrer pour une plus grande mixité dans cette filière. Laurence Rossignol insiste aussi sur le rôle des élus locaux dans les solutions d’accueil du jeune enfant.
Laurence-Rossignol
Les Pros de la Petite Enfance : Sylviane Giampino doit vous remettre son rapport sur le « Développement du jeune enfant, modes d’accueil et formations des professionnels » à la fin du mois. Qu’en attendez-vous exactement ?
Laurence Rossignol : Les travaux conduits par Sylviane Giampino ont le grand mérite de partir d’une question essentielle : comment favoriser au mieux le développement du jeune enfant ? En mettant en lumière les avancées des connaissances en la matière, avancées substantielles et très rapides au cours des dernières années, ce rapport devrait proposer des leviers pour que les jeunes enfants en profitent davantage. Pour cela, il faut que les professionnels eux-mêmes en soient informés et que cela se traduise dans leurs pratiques quotidiennes. Il y a donc là un réel enjeu pour l’ensemble des professionnels de la petite enfance. J’attends donc de ce rapport qu’il ouvre des pistes de réflexion et d’action dans ce sens et dans lesquelles les acteurs se reconnaissent.

Dans le cadre de la mission Giampino, lors du débat scientifique et public du 15 janvier dernier, la formation des professionnels est apparue centrale. Une grande diversité de métiers actuellement cloisonnés, peu de passerelles entre eux …Où en est-on du plan pour les métiers de la petite enfance ?
Je souhaite valoriser les métiers de la petite enfance en créant des passerelles entre les diplômes et les métiers et en favorisant l’émergence d’une identité professionnelle commune. J’attends les conclusions de Sylviane Giampino qui me remettra prochainement son rapport pour décider de la meilleure façon d’atteindre ces objectifs.

Comment allez-vous articuler les recommandations du rapport avec tous les travaux menés actuellement avec les professionnels sur les référentiels métiers, ou les refontes de certains diplômes comme le CAP Petite Enfance par exemple ?
Les travaux conduits par Sylviane Giampino ont précisément vocation à présenter des réflexions de fond pouvant nourrir les travaux sur la formation des professionnels de la petite enfance. Ceux-ci ont d’ailleurs contribué à ces travaux. Les services du ministère en ont été le support, tout comme ils le sont pour les travaux en cours sur les métiers et diplômes de la petite enfance. Ces réflexions ont donc vocation à être cohérentes et à se renforcer mutuellement.

A l’époque vous l’aviez présenté comme la première pierre au plan pour les métiers de la petite enfance. Avez-vous un premier bilan de l’EDEC Petite Enfance que vous avez signé il y a maintenant un an ?
L’engagement de développement de l’emploi et des compétences (EDEC) petite enfance a été signé le 16 février 2015 pour la période 2015-2017. Cet accord signé avec l’ensemble des partenaires sociaux concerne le secteur privé de la petite enfance (crèches associatives, particuliers employeurs d’assistants maternels ou de gardes à domicile, entreprises de crèches). Il pourra mobiliser jusqu’à 5M€, dont 1,5M€ de l’Etat et 3,5M€ des organismes paritaires finançant la formation professionnelle des salariés, pour financer des actions de soutien aux salariés (professionnalisation, développement des compétences, prévention des risques professionnels) et des actions de soutien aux employeurs (gestion des ressources humaines, recrutement). Cet accord vise à anticiper et accompagner l’évolution des emplois et des qualifications de la petite enfance pour répondre à des besoins croissants. Après la signature de l’accord national, les partenaires sociaux et les services de l’Etat ont affiné les actions, conclu des conventions financières et installé un comité de pilotage. J’en attends un premier bilan avant l’été.

Pensez-vous qu’il soit nécessaire de revoir l’équilibre entre modes d’accueil collectif et modes d’accueil individuel ?
Ce qui est nécessaire, c’est de répondre au mieux aux attentes des familles avec des modes d’accueil de qualité pour leurs jeunes enfants. Pour cela, il faut continuer à soutenir une diversité de modes d’accueil, tant individuels que collectifs. Les familles marquent une préférence pour les modes d’accueils collectifs et c’est là que l’on observe le décalage le plus important entre l’offre et la demande. Mais on sait également que lorsqu’une famille a fait appel à un assistant maternel pour son premier enfant, elle poursuit sans hésiter cet accueil pour ses enfants suivants. En outre, la situation est très variable d’un territoire à l’autre. Il y a des territoires où on manque d’assistants maternels et d’autres où on manque d’accueil collectif.
C’est pourquoi les efforts du Gouvernement portent les deux types de modes d’accueil :
-    l’accueil individuel afin de valoriser sa professionnalisation, d’attirer de nouveaux professionnels et de favoriser leurs conditions d’exercice, grâce notamment à des aides des Caisses d’allocations familiales et à des travaux concertés avec l’ensemble des partenaires, dont les PMI. Je pense notamment au guide ministériel sur les maisons d’assistants maternels qui va très prochainement être diffusé.
-    l’accueil collectif afin de le développer et de décloisonner les métiers. Des financements importants sont alloués aux CAF dans le cadre de la convention d’objectifs et de gestion signée entre l’Etat et la CNAF. Encore faut-il que leurs partenaires locaux s’en saisissent car, vous le savez, ni les CAF, ni l’Etat ne peuvent obliger les collectivités locales qui ne le souhaitent pas à créer des établissements d’accueil pour les jeunes enfants.

Quel rôle pourraient jouer les schémas départementaux des services aux familles, actuellement en cours de généralisation, dans ce rééquilibrage ?
Les schémas départementaux des services aux familles doivent permettre un développement des services, dont les modes d’accueil des jeunes enfants, à partir d’une analyse précise et partagée de l’offre et des besoins. Ils constituent aussi des points de rencontres et d’échanges entre partenaires locaux. Tout ceci est de nature à permettre la meilleure réponse possible aux besoins d’accueil des jeunes enfants. Depuis la circulaire généralisant les schémas des services aux familles à l’ensemble du territoire, 61 nouveaux départements se sont engagés dans cette démarche en 2015. Je m’en réjouis.

Les assistantes maternelles souffrent de la complexité des démarches pour créer une Mam par exemple, et regrettent les disparités existant entre les différents départements. Il semble que chaque PMI fasse « sa » loi… Le guide ministériel en préparation pourra-t-il vraiment régler ces questions ?
Le guide ministériel sur les MAM sera bientôt diffusé. Il constituera un cadre commun auquel pourront se référer à la fois les assistants maternels et les services de protection maternelle et infantile. Je suis persuadée qu’il constituera une base de référence utile aux différents professionnels et contribuera à harmoniser les pratiques. C’est un outil qui a été travaillé de façon approfondie avec des acteurs de terrain, des services de PMI, des représentants des assistants maternels, des associations d’élus. Je pense que c’est la bonne méthode pour que chacun, ensuite, se l’approprie.

D’une façon générale, comment expliquer ces différences d’un département à l’autre pour tout ce qui concerne l’accueil du jeune enfant. N’est-ce pas déstabilisant pour les professionnels ?
Les différences entre les départements sont inhérentes à la décentralisation. Elles ne sont pas spécifiques à ce secteur et sont généralement le fruit d’une longue histoire. Il y a effectivement de très fortes disparités avec par exemple un nombre de places d’accueil qui varie entre 9 et 86 pour 100 enfants de moins de trois ans. Les schémas départementaux de services aux familles ont pour fonction de mettre en lumière ces écarts pour les réduire. C’est aussi pour cela qu’a été créé un fonds de rééquilibrage territorial géré par les CAF afin de soutenir tout particulièrement le développement de l’offre sur les territoires prioritaires.

Ce site s’adresse à l’ensemble des professionnels de la petite enfance, qu’avez-vous envie de leur dire ?
Je souhaite leur dire qu’ils exercent un très beau métier. Des avancées sont nécessaires sur un certain nombre d’aspects : la formation initiale mais aussi continue, la mixité qui fait encore bien défaut, …Nous nous y employons à la hauteur de nos possibilités mais tout ne relève pas du Gouvernement. Je souhaite continuer à travailler de façon constructive avec les professionnels eux-mêmes, naturellement, et les associations d’élus. C’est ensemble que nous pourrons donner encore davantage de sens à la politique d’accueil du jeune enfant.

 
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Modifié le 25 avril 2016