Plan de formation des 600 000 professionnels de la petite enfance : où en est-on ?

Les circonstances n’ont pas été favorables pour Marine Jeantet, la déléguée interministérielle à la prévention et à la lutte contre la pauvreté en charge de mettre en œuvre le plan de formation pour les professionnels de la petite enfance annoncé par Emmanuel Macron en septembre 2018 lors de la présentation de la Stratégie nationale pour prévenir et lutter contre la pauvreté.  Nommée en mars 2020 juste avant le premier confinement, elle a dû composer avec la crise sanitaire, ses aléas et contraintes pour in extremis utiliser ses crédits 2020 et donner le top départ du plan. Et ce sera pour janvier 2021. Si les débuts sont chaotiques, la volonté d’atteindre les objectifs fixés est bien là.
Un calendrier perturbé par la pandémie mais un objectif maintenu
Pragmatisme, souplesse et adaptabilité. C’est ce triptyque qui préside aux décisions et choix de Marine Jeantet, la déléguée interministérielle à la prévention et à la lutte contre la pauvreté. Nommée en pleine crise sanitaire, quelques jours avant le premier confinement, elle a dû s’adapter à des circonstances peu favorables et imaginer des scénarios alternatifs à ceux prévus initialement. Mais explique-t-elle « notre objectif est bien de tout boucler avant la fin de l’année pour que tout soit opérationnel début 2021 ». Il faut dire que les objectifs sont ambitieux ; former 600 000 professionnels en trois ans ! 2020,2021, 2022. Aucune formation liée au plan en 2020, il va falloir mettre les bouchées doubles. Néanmoins tous les crédits alloués seront utilisés et même si les formations déborderont sûrement sur 2023. « Et, précise Marine Jeantet, on espère vraiment que tous les professionnels pourront se former sur l’ensemble des thématiques retenues pour le plan ».

Un plan en accord avec le référentiel qualité du HCFEA
Le plan affiche 7 priorités de formation (langage, arts et culture, alimentation et relation avec la nature, accueil occasionnel, prévention des stéréotypes, accueil des parents, numérique. « L’ensemble de ces thématiques constitue un parcours national de formation Enfance - Egalite qui a été présenté au HCFEA et s’appuie sur un socle de références : le cadre national pour l’accueil du jeune enfant et le référentiel de qualité du HCFEA » précise Marine Jeantet.
Comment seront choisies les formations ? Et recevront-elles un label « Enfance-Egalite ». « Un peu tôt pour le dire, selon la déléguée interministérielle. « Mais ce qui est certain souligne-t-elle c’est qu’il faut que les formations conformes au parcours national Enfance -Egalite soient bien identifiées.  Et d’ailleurs, les organismes de formation ont déjà des formations qui rentrent dans ce parcours ».

Un plan avec des offres locales et des offres nationales
La réalisation du plan s’appuie sur deux volets. L’un au niveau national, l’autre au niveau local. Sur un budget total de 48 millions d’euros sur 3 ans, 8 millions sont des crédits 2020 : 3,3 sont destinés à ce qui sera mis en œuvre au niveau local et 5,3 millions d’euros seront consacrés aux formations d’organismes nationaux.
Au niveau national, « il s’agit pour nous explique Marine Jeantet de signer des conventions avec les OPCO et le CFNTP. L’État leur donnera de l’argent pour qu’ils puissent proposer des formations accessibles financièrement ».
Le deuxième volet concerne les territoires et se construit avec les commissaires régionaux à la prévention et à la lutte contre la pauvreté. A eux de faire en sorte que les professionnels puissent partir en formation en signant notamment des conventions avec des organismes qui proposent des offres locales mais aussi « les caf et les RAM qui pourraient par exemple prendre en charge des frais de transport ou en rémunérant un temps de remplacement pour les pros partis en formation ».   Ces journées de formation devaient être communes aux pros de crèche et aux assistantes maternelles mais il semble que cela ne sera pas le cas du moins pour les mois à venir. « Il faut être pragmatique martèle Marine Jeantet, dans le contexte actuel tout est plus difficile et il faut imaginer des solutions alternatives. ».

Une organisation souple
Pragmatisme et souplesse…Et la déléguée interministérielle note : « On peut par exemple, étant donné la situation, imaginer des formations en e-learning. Par ailleurs nous allons d’abord nous concentrer sur les professionnels d’EAJE car les départs en formations sont plus faciles à mettre en oeuvre. Pour les assistantes maternelles et les parent- employeurs c’est beaucoup plus compliqué. Nous solliciterons l’aide des RAM. Je ne renonce à rien ; je garde les objectifs, mais pragmatique je sais que c’est plus facile de mobiliser les EAJE ».
 Et de conclure : « Il y a l’idéal et ce qu’il est possible de faire, mais il faut être inventif, il y a des solutions ».

Incitations mais ni sanctions, ni contrôles
Pas question d’être coercitif pour la mise en œuvre de ce plan. Convaincre et faciliter plutôt. Il y a donc les incitations financières (les OPCO aidés proposeront des formations à faible coût), les incitations organisationnelles (des formations courtes sur une journée ou deux avec des aides au remplacement) et une grande campagne de communication est prévue en début d’année 2021 pour présenter les formations et encourager les employeurs à inscrire leurs professionnels à rejoindre le parcours « Enfance- Egalite ». Mais ni sanctions, ni contrôles.
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Publié le 17 novembre 2020
Mis à jour le 19 novembre 2020