Plan contre la pauvreté : rencontre territoriale sur la réussite éducative

Le 23 février s’est tenue à Amiens la septième des dix rencontres territoriales de concertation sur la stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes autour de la petite enfance lancée le 4 décembre dernier. Menée par Olivier Noblecourt, délégué interministériel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes, elle avait pour thème « La réussite éducative ». Le point sur les enjeux fondamentaux qui ont été soulevés en ce qui concerne la petite enfance.
rencontre Amiens
En ouverture de la rencontre, Olivier Noblecourt a rappelé dans quelle dynamique s’inscrivait le Plan de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes. La décision du gouvernement actuel d’axer son action envers ces publics n’a pas pour but de résumer ni de restreindre le champ des politiques publiques. « Mais c’est en s’attaquant à cette réalité qu’on pourra rompre le cercle du déterminisme social et rendre la confiance à nos concitoyens ». La réussite éducative est pour lui le cœur absolu de lutte contre la pauvreté.

Le rôle des crèches et de l’école dans la réduction des inégalités
Le délégué interministériel a rappelé qu’un grand nombre d’inégalités se structurent dès la petite enfance : à l’âge de 3 ans, des différences de compétences langagières sont très marquées chez les enfants en fonction de leurs origines sociales. Réduire ces inégalités dès le plus jeune âge aura « un bénéfice considérable pour des enfants qui ne rentreront pas dans leur vie d’enfant avec un écart déjà très important. » En effet l’illettrisme est la plus grande source de pauvreté chez un jeune a rappelé Béatrice Cormier, fraîchement nommée rectrice d’Amiens, elle lui fait vivre un handicap majeur qui rend plus difficile son insertion. Et comme l’a souligné son directeur de cabinet, « les inégalités sociales ne doivent pas se reproduire en inégalités scolaires, l’école a ce rôle de briser les assignations sociales. » La scolarisation précoce représente donc un enjeu fort. Elle passe notamment par les structures passerelles dont plusieurs intervenants ont approuvé les bénéfices pour les enfants comme les parents. Des dispositifs qu’Olivier Noblecourt trouve également intéressants, mais il rappelle qu’en principe ce ne sont pas des classes : les enfants doivent y passer seulement quelques mois avant d’intégrer l’école maternelle.

La nécessité d'un continuum éducatif
Le délégué interministériel se dit en faveur d'un continuum éducatif au sein de l'école (qui ne se traduise pas par des systèmes intégrés). Il a d'ailleurs rappelé que le Président Emmanuel Macron a confié au neuropsychiatre Boris Cyrulnik la préparation des Assises de la Maternelle qui auront pour objectif de repenser l'école maternelle. Pour le président de l’association « Atout Lire », il faut certes y travailler mais également développer un continuum éducatif entre l’école et le hors école. En soulignant qu’ « il est très complexe en milieu rural de donner une cohérence aux politiques éducatives pour mettre en place une équité à toutes les familles ». Il constate qu’il y a parfois une incompréhension des parents sur ce que l’école demande aux enfants : un malentendu qui crée du malaise et du mal-être. Il y a donc nécessité de reconstruire une confiance dans l’école chez les parents pour donner confiance et envie d’apprendre aux enfants et ainsi qu’ils puissent rentrer sereinement dans les apprentissages. L’association a récemment mis en place un contrat local d’accompagnement à la scolarité qu’elle souhaiterait voir se développer partout. L'accent a également été mis sur l'importance de proposer à tous les enfants des activités culturelles qui contribuent à leur épanouissement : éveil musical, éveil artistique...

Mieux sensibiliser les parents à la préscolarisation
Accompagner les familles demande d’abord d'identifier celles qui ont le plus de besoins. La Caisse d’Allocations Familiales(CAF) disposant de données très denses avec les Schémas Départementaux des Services aux Familles, elle est un maillon important dans la lutte contre les inégalités. « Une famille sur deux est couverte par la CAF dans le département, a expliqué le nouveau directeur de la CAF Somme Charles Daune. Ce sont sans doute celles qui ont le plus de besoins par rapport à l’enjeu de la préscolarisation. » Et de préciser que l’implication des parents dans le suivi de la scolarité des enfants primordiale. Le directeur de cabinet du rectorat a précisé les deux types d’organisation de la préscolarisation : soit un accueil des enfants au sein d’un dispositif spécifique, soit un accueil plus individuel de l’enfant au sein de classes comprenant des enfants plus âgés. « Pour nous, l’enjeu est d’adapter l’accueil au cas par cas, selon la situation des familles et celle des enfants. » Il a cependant été noté que le ciblage des familles avait atteint un certain pallier en 2016 et était en légère baisse depuis. Les différents acteurs doivent donc travailler en partenariat pour trouver de nouveaux moyens pour repérer et aller à la rencontre des familles défavorisées.

Former davantage les professionnels
L’une des leviers pour améliorer l’accompagnement des enfants comme des familles est bien sûr l’augmentation des effectifs. « Nous sommes convaincus que la prévention commence très tôt et nous voudrions intervenir très en amont, a expliqué une assistante scolaire. Mais il faut en avoir les moyens avec des créations de postes ! Et ainsi pouvoir assurer une présence importante pour les enfants en difficulté et faire un travail quotidien avec les professionnels sociaux. » Et les personnels recrutés doivent être mieux formés, comme l’a souligné un autre intervenant qui regrette que les établissements aient de plus en plus recours à des personnes en service civique au lieu de professionnels formés sur le long terme. « Avec l’évolution des rythmes scolaires, il faut accompagner les intervenants sur l’évolution de leurs missions. » D’autre part la secrétaire générale de l’Association de Valloires Picardie a tiré la sonnette d’alarme sur l’inadéquation des contrats des professionnels d’association avec les contraintes de leur métier : les personnels de Maison d’enfants à caractère social travaillent sur la base des 35 heures alors que ces établissements sont ouverts 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. « En permanence gênés par des problèmes administratifs et le cadre budgétaire, ils s’éloignent de leur cœur de mission », a-t-elle déploré.

Travailler dans une vraie logique de partenariat
Pour parvenir à travailler efficacement sur ces problématiques, tous les intervenants ont rappelé cet enjeu fondamental : activer un partenariat à toutes les échelles du territoire. Selon Olivier Noblecourt, « tous ces enjeux ne sont pas des réalités sur lesquelles l’Education Nationale peut agir seule, elle dépend aussi des acteurs de terrain. » Indiquant que les pouvoirs politiques étaient passés d’une logique de plan - qui définit des actions à mener - à une logique de stratégie - définir des objectifs qui doivent être portés par les tous les acteurs (sociaux, professionnels, politiques…). Sur ce point Slimane Bouraya, président du CRAJEP Picardie (Comité Régional des Associations de Jeunesse et d’Education Populaire) a rappelé qu’il ne fallait pas se tromper d’échelle ni de la taille des enjeux, que tout n’est pas une question d’argent mais aussi d’évolution en termes de partenariat. « Il faut arrêter de passer en revue tout ce qu’on fait et passer à l’acte - même à l’échelle de la rue (…). Que chacun sorte de son espace de travail et de sa culture professionnelle : tant que l’on aura pas fait ça, on n’y arrivera pas. » Un message bien entendu par le délégué interministériel qui a assuré que cette logique était déjà à l’œuvre dans les travaux du gouvernement. L’accent a par ailleurs été mis sur le changement de système qu’il fallait adopter concernant la réussite éducative de l’enfant : ne plus mettre l’école au centre avec les acteurs autour, mais bien l’enfant au centre avec tous les acteurs - dont l’école - qui permettent sa réussite éducative autour.

En conclusion de cette matinée d’échanges, Olivier Noblecourt a précisé que derrière la stratégie qui serait adoptée, l’Etat a « une exigence de s’engager et d’avancer » et que celui-ci se mettrait au service des acteurs des territoires.
Article rédigé par : Armelle Bérard Bergery
Publié le 05 mars 2018
Mis à jour le 05 mars 2018