Prestation de service Unique : le mode de financement des EAJE en question

Psu : pourquoi les professionnels de terrain la vivent mal

Hélène Van Compernol, est psychologue du travail et enseignante à l’université catholique de Lille. Cela fait 2 ans qu’elle travaille sur la Psu, dans le cadre de sa thèse sur les métiers du « care ». Comment ces métiers sont -ils passés de l’humain à  des prescriptions gestionnaires se demande t-elle en prenant pour exemple la tarification à l’acte dans les hôpitaux (T2A) et le taux de facturation horaire dans les crèches.
professionnelle petite enfance
Pour Hélène Van Compernol, la Psu crée du malaise chez les professionnels de la petite enfance parce qu'insidieusement, elle a changé le sens  même de leur travail. Ils ont choisi un métier éminemment humain, tourné vers les familles et l’enfant, et se retrouvent coincés dans des logiques de rentabilité et de gestion. Ce qui provoque incompréhension et mal-être chez eux. Voire conduire au burn out. Avec ce sentiment « de qualité empêchée » c’est à dire  de ne pas pouvoir bien faire leur travail. (voir à ce sujet notre enquête : crèches 2016 : état  des lieux et états d’âme )

EJE : la vision de leur métier et de la Psu
« J’ai d’abord mené des recherches exploratoires qui sont en cours de publication* explique le chercheur, et sur lesquelles j’ai communiqué lors du congrès international  de psychologie du travail de juillet 2016 à Bruxelles. J’ai travaillé à partir de questionnaires sur la représentation sociale du métier d’éducateur de jeunes enfants (EJE) et sur celle de la Psu. ». En 2015, elle aboutit alors à ce qu’on appelle deux « champs représentationnels en tensions ». Quand les EJE évoquent leur métier, ils parlent de «care», bienveillance, relation à l’autre, accueil, accompagnement, empathie. Quand il s’agit de la Psu, les mots qui leur viennent sont : remplissage, tarification, subvention, mais aussi, surbooking, casse- tête, conflits, horreur… « Un véritable champ lexical reflet des contraintes et difficultés qu’induisent la mise en application de la Psu » remarque Hélène Van Compernol.  Des caractérisations opposées, quasi incompatibles. Des professionnels comme tiraillés entre deux logiques.

Psu : deux discours opposés
Ce premier travail exploratoire réalisé, les chercheurs **ont fait une étude de textes en analysant le discours lié à la Psu proposé par la Cnaf  et  celui adopté par la presse pour relayer les informations la concernant et enfin les termes employés par les EJE pour  l’évoquer sur les forums de discussion ou les blogs.. Il apparaît clairement que la Cnaf se centre principalement sur des aspects techniques et gestionnaires pour évoquer la PSU. En revanche quand elle met en avant l’adaptation aux besoins des familles, cela trouve un écho dans le discours des EJE. Néanmoins le divorce entre les deux discours est patent.

Vers une transformation des métiers de la petite enfance ?
En conclusion de cette étude, Hélène Van Compernol  note : « pierre angulaire du travail du « care », le principe du souci des autres se traduit et se matérialise professionnellement chez les EJE par l’accompagnement des jeunes enfants  (…). Pourtant l’introduction de la Psu au sein des EAJE vient habiller cette posture de « care » de déterminants gestionnaires, comme pour chiffrer l’efficacité et la rentabilité des activités relationnelles jusqu’alors perçues  comme improductives puisqu’elles échappent, par nature, à toute mesure quantitative. Ainsi (…) cette recherche  établit l’existence d’une distance entre le discours financier porté par la Caf et celui des EJE au sujet de la Psu.  En outre, les contenus discursifs de la Caf centrés sur l’adaptation aux besoins des familles transparaissent dans les discours des EJE, témoignage, chez ces professionnels , d’une focalisation sur les dimensions pratiques et sociales de cette réforme permettant simultanément la rationalisation des aspects contraires à l’éthique de « care ». »
Et le chercheur de s’interroger : « A terme, le développement et la permanence d’incohérences avec les pratiques et l’éthique des professionnels de la petite enfance ne risquent-ils de conduire à une transformation du sens même des métiers du care ? »




*Van Compernol, H. (A paraître). Une mise en tension du « care » : études des représentations sociales du « métier d’éducateur de jeunes enfants » et de la « prestation de service unique ».
    
**Les discours de la prestation de service unique : entre logique du care et logique gestionnaire. Par Hélène Van Compernol, Anthony Piermattéo, Michel Sylin et CatherineDemarey. A paraître







 
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Modifié le 07 novembre 2016