Quel (premier) bilan tirer des crèches AVIP ?

La CNAF a publié courant septembre les résultats d'une enquête d'évaluation des crèches à vocation d'insertion professionnelle (dites Avip) conduite entre 2020 et 2021. Ses conclusions : si les crèches AVIP ont été déclinées sur le territoire de manière hétérogène, leurs effets restent néanmoins encourageants pour les publics cibles. Quelques éléments d'explication.
Les premières crèches Avip ont-elles porté leurs fruits ? Une enquête d'évaluation menée par la CNAF dont les résultats ont été publiés fin septembre dans l'e-ssentiel n°212, semble indiquer que oui, ou du moins que ces crèches à vocation d'insertion professionnelle ont des effets encourageants sur les publics en bénéficiant, même si elles ne sont pas une panacée en matière de retour à l'emploi !

Des premiers objectifs (presque) atteints
L'enquête commence par un état des lieux bien nécessaire. Depuis la création du label en 2016, et l'assouplissement de ses conditions d'obtention en 2018, les crèches Avip s'inscrivent dans un double objectif. Le premier, « l'adaptation de l'offre d'accueil aux familles les plus précaires », a été fixé dans le cadre de la Convention d'objectifs et de gestion (Cog) 2018-2022 de la Cnaf. C'est un objectif générique : il n'est donc pas chiffré. Le second, « faciliter l'accès aux modes d'accueil pour tous les enfants », fait quant à lui partie intégrante de la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté. La stratégie nationale, pour sa part, prévoyait un objectif chiffré, à savoir 300 structures labellisées AVIP (ou 1300 places) en 2021. En juin 2021, on dénombrait finalement 262 crèches Avip dans 33 départements. Des résultats encourageants donc, d'autant plus que de nombreux projets de structures sont actuellement dans les tuyaux des CAF !

Des déclinaisons territoriales sur-mesure
Comment les crèches Avip se sont-elles déployées, a fortiori pendant cette phase émergente ? Selon les auteurs de l'enquête, « des arbitrages institutionnels ont été réalisés pour adapter le dispositif aux enjeux locaux », lit-on dans l'article de l'essentiel. En d'autres mots, les parties prenantes (Caf, Pôle Emploi, Conseils départementaux et parfois les villes ou les EPCI) ont su profiter de la flexibilité du dispositif pour l'adapter à leurs besoins. Un exemple de l'adaptation locale du dispositif mise en avant dans l'enquête : le « ciblage », souvent plus large, des populations pouvant obtenir un berceau dans ces structures. Ainsi, au-delà des parents bénéficiant de l'accompagnement global, certaines crèches ont priorisé, « sous le jeu de négociations entre acteurs » l'accueil de bénéficiaires du RSA ou de jeunes suivis par les missions locales.

Qui sont les crèches Avip ?
Selon l'enquête de la Cnaf, « la labellisation Avip a dans un premier temps largement reposé sur les candidatures spontanées des crèches ». Pas étonnant dans ce contexte que l'essentiel des crèches ayant obtenu le fameux label soient... des crèches à vocation sociale et plus particulièrement des crèches associatives accompagnant déjà des familles correspondant peu ou proue aux publics visés par le label.
Deux autres profils de structures sont identifiés par les auteurs de l'enquête : les « crèches avec mixité sociale » accueillant des familles en situation d'insertion et, de manière plus marginale « les crèches sans mixité sociale préexistante ».

Des effets variés de la labellisation sur les structures concernées
Découlent de la labellisation, plusieurs effets. Le premier a de quoi laisser chacun (un peu) sur sa faim : «  il n'y a pas eu à ce stade un fort développement quantitatif de l'accueil » des publics concernés... justement parce qu'ils étaient déjà accueillis, dans l'échantillon observé par la Cnaf, dans lesdites structures avant l'obtention du label. Faut-il y voir un succès en demi-teinte ? Non, car l'objectif d'un label n'est pas de gonfler les chiffres, mais d'inspirer les pratiques d'accueil !

Et cette stratégie semble commencer à porter ses fruits, comme le démontre le deuxième effet de la labellisation. Certes, il est difficile de dire, pour l'heure, combien de structures ont réellement été inspirées par les pratiques de leurs pairs, mais le label a permis, du côté des crèches associatives du moins, « une reconnaissance de leurs missions, de leurs pratiques et a favorisé une mise en relation avec les agences Pôle emploi, » rappellent les auteurs de l'enquête.

Quant aux crèches avec mixité sociale, « la labellisation entraîne une évolution des modalités d'accueil de ces parents : proposition d'amplitude d'accueil plus longue et régulière, conditionnement explicite de l'attribution de la place à une recherche d'emploi,etc. » lit-on dans l'Essentiel. Enfin, les crèches sans mixité préalable ont naturellement dû faire un effort plus conséquent d'adaptation avec des pratiques professionnelles et des besoins en formation nouveaux pour répondre aux besoins de ces familles vulnérables.

Côté insertion, du mieux !
« Le rapprochement entre acteurs de la petite enfance et de l'insertion est un des effets les plus structurants du dispositif », soulignent également les auteurs de l'enquête. S'il y a ainsi un point positif (supplémentaire) à retenir de la labellisation Avip, c'est qu'elle a favorisé la coopération interprofessionnelle afin de permettre l'insertion professionnelle des familles. Ainsi, sur le terrain, « le déploiement du label a encouragé des équipes de conseillers de Pôle Emploi à davantage inclure la question du mode de garde (…) dans leur accompagnement. Acteurs de la petite enfance et de l'insertion ont par ailleurs appris à mieux intégrer leurs contraintes respectives, » expliquent-ils dans leur article.

Une coopération qui a toutefois ses limites : « Perçu comme un 'micro-dispositif', il (le label Avip, ndlr.) ne permet pas de mettre en place des pratiques plus systématiques d'orientation. En l'état, le dispositif Avip n'est pas en capacité de répondre aux besoins urgents des publics accompagnés qui obtiennent un emploi ou une formation, » avertissent les auteurs de l'enquête. Un point auquel il faudra veiller dans l'évolution du dispositif.

Des parents qui percoivent très positivement les Avip...
Et les parents bénéficiaires dans tout cela ? Quels effets le dispositif a-t-il eu sur leur insertion et quelle perception ont-ils des crèches Avip ? En la matière, il y a ici aussi, du bon et du moins bon !

En l'occurrence, le bon, voire le très positif, se reflète dans la perception du dispositif par les parents. Ils valorisent ainsi la crèche Avip comme un levier vers l'emploi, et sont notamment 47 % à déclarer que l'accompagnement dont ils ont bénéficié a eu un effet très important sur la façon dont il s'y prennent pour chercher un emploi. Dans cette lignée, « le dispositif permet un renforcement du travail autour de leur projet professionnel et un gain de confiance en eux », analysent les auteurs de l'enquête.

Meilleure encore est la perception des bénéfices de la place en crèche pour leur enfant. Ainsi, plus de 70% des répondants à l'enquête par questionnaire estiment les effets du dispositif Avip très importants sur l’éveil et la sociabilité de leur enfant.

...Mais voient peu d'effets au long cours sur l'emploi
Le moins bon ou du moins le plus nuancé, quant à lui, est observable du côté des chiffres de l'accès à l'emploi. Selon l'enquête : 34 % des parents bénéficiaires du dispositif ont trouvé un emploi et 19% suivent une formation. On pourrait donc se féliciter du fait que dans plus de la moitié des familles, une piste d'insertion professionnelle ait été trouvée. Mais malheureusement, ce retour à l'emploi est souvent très précaire comme le souligne l'enquête. Ainsi, les parents « occupent fréquemment des métiers avec des horaires atypiques ou à temps partiel, des conditions de travail difficiles, de faibles niveaux de rémunération et des contrats précaires. » Et de préciser : « Lors de la seconde vague de l'enquête téléphonique, plus de 4 parents sur 10 qui avaient un emploi au moment de la première enquête n'en avaient plus ». Reste qu'il ne s'agit pas là d'une problématique spécifique à l'accueil, mais plutôt d'insertion professionnelle... Une mission pour le réseau Pôle Emploi, donc !

Quel avenir pour les crèches Avip ?
L'enquête d'évaluation ne s'attarde pas vraiment sur la question, mais il y a aujourd'hui peu de doute sur le fait que le dispositif a de beaux jours devant lui, notamment à quelques encablures de la prochaine Cog 2023-2027. Dans ce cadre, le développement des crèches AVIP restera un objectif  d'actualité tant les parties prenantes s'en sont saisies, notamment au cours de deux dernières années. Affaire à suivre très bientôt donc !

Retrouvez l'intégralité de cet article dans la Lettre Hebdo n°62 du 3 octobre 2022

Les conditions d'obtention du Label Avip

L'obtention du label Avip est conditionné par plusieurs critères. Les structures candidates doivent ainsi :

  • réserver au moins 20 % de leurs places aux parents en recherche d'emploi,
  • cibler des familles monoparentales ou résidant en quartiers prioritaires de la politique de la ville,
  • attribuer une place pour une durée d'un an (contrat de 6 mois renouvelable une fois) pendant la recherche d'emploi du parent, pour une durée d'au moins 10 heures par semaine.
Par ailleurs, les parents doivent bénéficier d'un « accompagnement global » et être suivis par un conseiller Pôle Emploi.

Article rédigé par : Véronique Deiller
Publié le 26 octobre 2022
Mis à jour le 01 novembre 2022