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BambinO, un opéra sur mesure pour les tout-petits

La Ville de Paris propose aux enfants de ses crèches municipales une expérience inédite : assister à un opéra ! Venu de Grande-Bretagne, le spectacle « BambinO » se déplace ainsi pendant deux semaines dans plusieurs salles de la capitale pour offrir aux petits une immersion dans le monde lyrique. Un opéra conçu spécialement pour eux, où ils sont à la fois spectateurs et figurants. On vous raconte.
De la Grande-Bretagne aux crèches parisiennes
Qui a dit que l’Opéra n’était réservé qu’aux adultes ? En tout cas, pas l’anglais Phelim McDermott, membre fondateur et co-directeur artistique de la compagnie Improbable qui a déjà mis en scène plusieurs opéras, ni l’écossais Liam Paterson, compositeur pour le Scottish Opera. En 2016 ils montent ensemble un atelier où ils réfléchissent à la magie de l’opéra et la manière d’apporter cette expérience aux bébés et à leurs parents. En même temps qu’ils imaginent l’histoire, ils lisent des études universitaires sur le développement des jeunes enfants. Rejoints par des musiciens, des chanteurs et des décorateurs, la troupe se forme et l’opéra BambinO sort de l’œuf en juillet 2017, co-produit par le Scottish Opera, Manchester International Festival et Improbable. D'une durée de 40 minutes, il est à destination des enfants de 6 à 18 mois.
En avril 2018, BambinO débarque en France, présenté par le Théâtre du Châtelet en partenariat avec le Centquatre-Paris, les crèches de la Ville de Paris, le conservatoire Mozart, la bibliothèque Jacqueline de Romilly et le British Council. Pendant deux semaines, les artistes viennent se produire dans plusieurs salles parisiennes, devant les enfants de plusieurs crèches municipales accompagnés de leurs parents et de professionnels.

Une histoire qui donne des ailes
Avant que le spectacle ne débute, le présentateur précise bien que les enfants ont le droit de faire du bruit et de se déplacer à leur guise pendant la représentation. Le ton est donné. La musique commence et une douce voie aigue se fait entendre : c’est celle d’Uccellina, un oiseau femelle aux vives couleurs vertes et noires. Elle découvre et recueille un œuf qui grandit jusqu’à atteindre une taille immense. Quand il éclot, il donne naissance à un oisillon qui prend Uccellina pour maman, comblée de joie d’abord, puis légèrement agacé par l’hyperactivité de Pulcino. Mais les deux oiseaux se réconcilient rapidement.
Dans un deuxième temps Uccellina parle à Pulcino du ciel et de ses merveilles, et lui explique qu’il devra un jour quitter le nid. D’abord tristes à l’idée de se séparer, ils sont ensuite excités par la perspective du premier vol de l’oisillon. Sur le point de partir, les deux oiseaux entament un ultime duo d’adieu. Pulcino prend enfin son envol à travers les nuages.

Un vrai opéra à hauteur d’enfants
Le spectacle a tout d’un petit opéra, tant sur les voix des comédiens que dans la mise en scène. Il comporte une ouverture, deux courts actes et une fin. Mais l’histoire reste simple et le cadre n’intègre que des éléments connus des enfants : le ciel, les oiseaux, la relation adulte-bébé. Installés au plus près des artistes, les enfants font partie intégrante du spectacle. Si certains s’en détournent pour jouer autour de la salle, la majorité d’entre eux sont littéralement captivés par la musique et les personnages hauts en couleurs qui racontent à leur manière l’histoire. On la comprend d’ailleurs moins par les paroles (qui ne sont pas en français) que par l’intonation, l’expression du visage et la gestuelle des chanteurs. Parfois surpris, parfois gais, parfois tapant des mains, les petits découvrent tout un univers. Certains téméraires en profitent même pour s’éloigner de leurs parents et s’installer près des artistes. Les artistes eux aussi passent entre les rangées, s’accroupissent près des enfants, leur font passer des éléments de décor entre les mains. A la fin, les applaudissements sont nourris et les artistes restent volontiers faire des photos avec les enfants.

Plaisir partagé
Pour Nicole Sarre, EJE à la crèche Auguste Cain venue, l’opéra est bien pensé. « Les artistes vont à la rencontre des enfants, ils occupent tout l’espace, ils emploient le langage non-verbal… On voit qu’il y a une vraie réflexion dans la création du spectacle. » « Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, explique la maman d’Anis, un petit de la crèche. J’ai trouvé ça très original et très sympa pour les enfants. » La maman de Gabriella est ravie elle aussi. « On est complètement dedans. Ma fille était captivée, d’ailleurs les enfants sont restés très attentifs pour leur âge. Les visuels, les mimiques… c’était magnifique ! Et ça donne aux enfants une autre idée de la musique. »
Des spectateurs conquis … des artistes aussi ! Charlotte Hoather, l'interprète d'Uccellina avoue faire un métier très agréable, d’autant plus quand elle joue devant de très jeunes enfants. « Un public de bébés c’est vraiment spécial. Contrairement aux adultes qu’il faut persuader d’apprécier le spectacle, les petits reçoivent très facilement. Mais il faut garder sans cesse leur attention car si on la perd, c’est difficile de la retrouve ! »* Pour Timothy Connor, son partenaire qui joue le rôle de Pulcino, chaque représentation est unique. « C’est incroyable ! Les bébés sont tellement différents entre eux et réagissent de manière différente chaque jour selon leurs intentions, leurs déplacements, ils sont imprévisibles. Ils participent ainsi à créer le spectacle. »*

Une fois sa tournée française terminée, BambinO s’envolera pour New York.


*Traduit de l'anglais
Article rédigé par : Armelle Bérard Bergery
Publié le 13 avril 2018
Mis à jour le 21 avril 2018

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