Bientôt une Mam Avip à Vannes ?

On ne voit souvent dans les initiatives de terrain en matière d'accueil du jeune enfant que la partie « immergée » de l'iceberg : les résultats, le quotidien, les projets à venir... Mais ce que l'on soupçonne moins c'est tout le travail en amont que demande le déploiement de ces structures ou de ces dispositifs. Un travail laborieux, long, source de petites frustrations et de grands bonheurs, comme en atteste le projet de future Mam à vocation d'insertion sociale et professionnelle Laouen Mowma, qui ouvrira ses portes à Vannes en 2023.
Il faudra encore quelques mois de patience, mais dès juin 2023, septembre au plus tard, une MAM pas tout à fait comme les autres ouvrira ses portes à Vannes (Morbihan), plus précisément dans le quartier politique de la ville de Kercado, dans l'Ouest de la municipalité. À l'iniative de ce projet, une association. Pas une association dédiée à la petite enfance, comme on aurait pu le croire, mais une association d'insertion par l'activité professionnelle, Vannes Relais.

Pas d'insertion sans accueil
Quel rapport avec une maison d'assistantes maternelles ? Tout part d'un constat simple, fait par Morgane Leroux, directrice deladite association :  « Trop souvent, l'absence d'un mode d'accueil est un frein à l'emploi, notamment chez les plus précaires ou chez les femmes en situation de monoparentalité », explique-t-elle. Ce constat, Morgane Leroux ne le sort pas de son chapeau, évidemment. En 2021, l'association mène une enquête auprès des 140 salariés qu'elle accompagne pour faire un état de lieu de leurs besoins en matière d'accueil. Verdict : 22 salariés ont dû renoncer à accepter une mission de travail et trois personnes ont même dû refuser un CDI, faute d'avoir une place en accueil collectif ou individuel. « Pour nous, ce type de refus est un échec, car ces personnes, qui étaient en voie d'insertion, doivent repartir dans le circuit. Il était essentiel d'agir pour trouver une solution à cette problématique d'accueil,» souligne-t-elle.

Une premier diagnostic territorial
Et en la matière, tout commence par un diagnostic de l'offre locale et par l'évaluation des besoins des familles. Dans la ville de Vannes en général, peu de surprise : « Il y a de moins en moins d'assistantes maternelles et moins de cinq MAM dans toute la municipalité, » etaye Morgane Leroux, tout en rappelant que dans certains cas, les familles doivent attendre entre 18 et 24 mois pour avoir une place... Et de préciser : «  A Vannes, nous sommes dans un bassin d'emploi tertiaire, avec peu de demande d'horaires atypiques. Notre objectif était donc d'ouvrir un accueil individuel en horaires de journée, en complémentarité avec l'offre déjà existante dans le quartier de Kercado. Une halte-garderie proposait déjà un accueil occasionnel. Pour la MAM, nous avons décidé de proposer de l'accueil régulier ».

Des partenaires et des professionnelles
Dès lors le projet de MAM à vocation d'insertion professionnelle (même si la labellisation n'est pas encore d'actualité) prend forme, via des premiers partenariats avec la Ville Vannes et le bailleur social de la municipalité. Un local de 160 m2 est mis à disposition de l'association, les travaux programmés, le matériel nécessaire financé. En parallèle, des premiers contacts sont pris avec la PMI, le RPE, et la CAF, mais aussi avec des réseaux professionnels, des syndicats ou des associations représentatifs du secteur comme l'UFNAFAAM.

Puis, rapidement la constitution de l'équipe de professionnelles a lieu. Une étape évidemment essentielle que Morgane Leroux a voulu très précoce. « Il était essentiel que les assistantes maternelles puissent penser leur propre projet pédagogique, se l'approprier, avoir une réflexion en phase avec leur cœur de métier. Certes, la MAM nait d'un projet d'insertion, mais la qualité de l'accueil reste prioritaire », précise la directrice de l'association en rappelant que « ce ne sera pas la MAM de Vannes Relais, mais celle du quartier ». Quatre assistantes maternelles planchent donc sur le sujet depuis plusieurs mois déjà et le feront encore jusqu'au mois de janvier, date à laquelle il faudra s'occuper des demandes d'agrément. L'objectif : accueillir d'abord 14 enfants, puis idéalement 16 au bout de six mois, en réservant 8 places aux familles en voie d'insertion et 8 places aux familles de 'droit commun'. La mixité sociale est elle aussi une condition sine qua non au projet. En attendant, la MAM a déjà un nom, choisi par les professionnelles : Laouen Mowma, littéralement les Enfants Heureux, le premier terme étant breton, le second maoré, pour refleter la diversité du quartier. La structure est aussi sur le point d'avoir une entité juridique, dont une professionnelle sera présidente. A petits pas, Morgane Leroux et son équipe avancent...

Un projet d'insertion sur-mesure
Et la partie insertion du projet dans tout cela ? Elle est en cours de réflexion, mais à ce stade, il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs, à plusieurs titres. D'abord, il faut continuer à échanger avec les partenaires (la CAF, la PMI, Pôle Emploi) pour mieux cerner les conditions d'attribution du label Avip. Comment sont attribuées ces places ? Quels sont les engagements des parents en matière de retour à l'emploi pendant le temps d'accueil ? Toutes ces questions doivent encore être creusées.

Ensuite, il faut attribuer les places aux familles en veillant à bien s'inscrire dans un projet de territoire. « Il est hors de question de faire de la discrimination à l'accueil en privilégiant les personnes en parcours d'insertion dans l'association. Ces places doivent s'adresser à tous, à commencer par les familles les plus fragilisées, comme les bénéficiaires du RSA, etc. », continue Morgane Leroux. Et c'est des besoins précis de ces familles que découlera le projet d'insertion.
« Pour chaque famille dont les enfants seront accueillis, nous réaliserons un diagnostic socio-professionnel à l'arrivée dans la MAM pour cibler notre accompagnement », prévoit-elle tout en rappelant qu'il ira de paire avec un programme de soutien à la parentalité.

En d'autres mots, encore beaucoup de questions ouvertes, même si à ce stade, une chose est certaine : les familles devront, pour bénéficier d'une place d'accueil à vocation d'insertion professionnelle répondre à des critères précis (être en recherche active d'emploi, en reprise d'activité professionnelle, ou en demande active d'insertion sociale). Elles pourront dès lors bénéficier de tarifs accessibles et l'association garantir un bon niveau de rémunération des professionnelles. Tout est prêt et budgeté afin de faire vivre les pros et le projet. Car comme le rappelle Morgane Leroux : « il est facile de créer une MAM, beaucoup moins de la prérenniser » !

 
Article rédigé par : Véronique Deiller
Publié le 18 novembre 2022
Mis à jour le 23 novembre 2022