Gribouilli : des auxiliaires parentales engagées

« Gribouilli » est une association à but non-lucratif fondée en mai 2017 par Aminata, auxiliaire parentale. Sa volonté était de créer une association qui permettrait de connecter les près de 50 000 auxiliaires parentales, qu’on appelle aussi gardes d’enfants à domicile, d’Île de France et de les soutenir dans l’exercice de leur métier ou leur recherche d’emploi. Aidée dans ce vaste projet par sa fille Maïmonatou, ingénieure chimiste et docteure spécialisée dans la recherche et l’accompagnement d’entreprises sociales, l’association d’Aminata a déjà de belles actions à son actif.
 
Rendre visible des travailleuses invisibles
Dès le départ, l’idée d’Aminata était claire : elle ne voulait pas d’un syndicat ou d’une agence mais d’une structure sociale pour avoir le maximum d’impact et toucher ces « personnes invisibles » comme le dit sa fille Maïmonatou : « On rend visible des travailleuses invisibles et on apporte une expertise du terrain inédite ». Grâce aux nombreuses adhérentes de l’association, Gribouilli recueille leurs savoirs acquis le long de leur carrière d’auxiliaires parentales et leur permet d’échanger. Pour cela, Aminata et sa fille font grandir la communauté en l’interconnectant. Elles ont créé un « vivier de travailleuses qui veulent du temps plein et non du temps partiel » explique Maïmonatou. Pour se faire, elles font le lien avec des parents qui ont besoin d’une auxiliaire parentale. Et les demandes sont conséquentes, de plus en plus de parents travaillent loin de leur domicile et veulent l’aide d’une professionnelle.

L’association Gribouilli entend pour cela décloisonner les rapports entre les parents et les auxiliaires parentales : « si on se met à la place du parent, qu’on le comprend et que la réciproque est là tout ira pour le mieux » explique Maïmonatou.
Car les auxiliaires parentales sont en première ligne face au stress des parents, et elles veulent les aider du mieux qu’elles le peuvent. Maïmonatou nous raconte que « les auxiliaires parentales sont très empathiques et s’inquiètent beaucoup pour certains parents employeurs qui en abusent parfois, même sans s’en rendre compte ». Pour l’association, l’idée est d’apprendre aux parents et à l’auxiliaire parentale à trouver à leurs places pour éviter un glissement de postures. Et par cet apprentissage, les auxiliaires parentales prennent leur envol !

Identifier les freins à leur employabilité
Pour regrouper au départ les auxiliaires parentales, mère et fille ont pris des listings en ligne de profils. Elles tenaient à rester autour de la garde d’enfants spécifiquement. Elles ont trouvé des femmes sur la plateforme « le bon coin » qui leur disaient être assistantes maternelles mais n’avaient ni agrément ni formation et accueillaient des enfants dans leurs maisons sans aucun contrôle.
Elles ont par la suite constaté qu’un des problèmes majeurs des auxiliaires parentales était la fracture digitale. La plupart des auxiliaires parentales qu’elles rencontraient avaient beaucoup de mal avec internet ce qui n’était pas pratique pour entretenir le lien et les informer régulièrement des nouveautés de l’association. Pour pérenniser les ateliers en tenant compte des difficultés que certaines peuvent rencontrer avec internet, l’association compte mettre en place des outils digitaux accessibles par sms car le « drive » par exemple n’est pas compris de toutes. « L’accessibilité est nécessaire, on doit innover pour aider et évoluer au mieux » explique Maïmonatou.

L’autre problème auquel elles sont toujours confrontées est celui de la barrière de la langue. Maïmonatou précise que leur association est en contact avec beaucoup d’auxiliaires parentales africaines, colombiennes ou philippines qui ne maîtrisent pas toujours bien le français. Aminata, Maïmonatou et leurs ambassadrices essayent pour communiquer d’utiliser l’anglais afin d’inclure les nouvelles arrivantes. Elles constatent d’ailleurs que la non-maîtrise du français peut faire de ces « nounous » des « esclaves modernes » car les patrons les sollicitent tout le temps. Elles sont malheureusement souvent sans papiers et donc plus facilement exploitables. Comme elles sont isolées, ces auxiliaires ne peuvent pas découvrir des cadres de lois et manquent d’accès à leurs droits, elles sont dépendantes financièrement de leurs employeurs. Grâce aux ateliers, elles apprennent alors qu’elles ne sont pas corvéables à merci et apprennent à poser des limites avec les parents employeurs.

S’appuyer sur un réseau d’ambassadrices investies
Aujourd’hui c’est la communauté qui s’autogère. L’association comporte 700 auxiliaires sur leur réseau, 150 adhérentes et 35 ambassadrices qui montent en confiance et en compétences pour aller sur des activités comme l’animation d’ateliers, la gestion de la communauté, la représentation. Aminata a alors réfléchi avec ses ambassadrices à comment mettre en place des activités qui leur profiteraient : trouver les écarts entre les compétences qu’elles ont et ce qui leur manquent. Bien sûr, la question primordiale est celle du temps, car les membres de l’association travaillent 50H semaine, c’est donc difficile de les solliciter les week-ends par exemple. Elles choisissent donc d’intervenir comme dans une entreprise libérée et font ensuite remonter leurs attentes, elles créent des pôles d’activités selon ce qui les intéresse.

Animer des ateliers vivants et concrets
L’association est structurée en 5 domaines où peuvent intervenir les ambassadrices. Elles ont eu l’idée d’un format atelier qui permet d’échanger entre pairs sur des bonnes pratiques, des contenus.
Aminata et Maïmonatou se sont inspirées d’un exemple qui leur a sauté aux yeux : celui d’un parc où l’on voit des regroupements d’assistantes maternelles ou parentales qui échangent. Le principe est de conserver cet échange spontané mais d’éviter les intox qui peuvent circuler et vérifier chaque information dispensée lors de ces échanges. « On voulait des informations dispensées de façon informelles mais justes qui correspondent aux recommandations en vigueur » affirme Maïmonatou. Et c’est finalement devenu un aspect innovant qui s’entretient tout seul.
L’un des ateliers se consacre aux questions sociales : comment orienter au mieux les auxiliaires parentales face aux problématiques de violence ou de danger ? Comment les droits et les devoirs peuvent-ils s’aligner autour de la loi ? Au début de l’association, Aminata et Maïmonatou étaient beaucoup dans le social, elles répondaient à n’importe quelle heure et étaient constamment en alerte sur les situations personnelles des auxiliaires parentales. « On a réalisé que ce n’était pas notre rôle » reconnaît Maïmonatou « Nous ne devions pas être un aspect juridique car il y a déjà des syndicats pour ça, nous pouvions par contre les orienter ».

Un autre pôle est dédié au développement de l’enfant. Les intervenantes proposent des activités ludiques mais aussi une sensibilisation contre les violences subies par les enfants « On essaye de faire prendre conscience aux auxiliaires parentales des aspects de violences qui sont répandus selon les milieux sociaux » explique Maïmonatou. Car il est difficile de savoir comment se comporter quand on devient auxiliaire parentale. Maïmonatou est lucide : « Elles arrivent dans le domicile des gens où rien n’est standardisé, il faudrait qu’elles aient le recul pour ajuster et comprendre le contexte familial. On essaye de leur donner des clés de compréhensions pour faire évoluer leurs pratiques. Chez Griboulli, on veut libérer la parole et prendre du recul, échanger sur les sujets comme « comment porter l’enfant ». Donner des meilleures grilles de lecture »
L’association se soucie également de l’avenir de leurs adhérentes dans un autre atelier où elles peuvent recevoir une présentation des diplômes petite enfance ainsi qu’un accompagnement à la VAE. C’est un projet important car il peut bénéficier à toutes, même les plus âgées qui n’arrivent plus à s’occuper d’enfants peuvent former à leur tour. « Notre rêve serait que des structures les recrutent un jour » espère Maïmonatou.

Si vous souhaitez aider l'association, rejoignez la campagne Ulule.
 

Les points forts de l’organisation

  • L’association et ses savoirs sont gratuits sur une cotisation : 10 euros d’adhésions et 10euros de frais. Pour Aminata, c’est un principe de base auquel elle ne voulait pas déroger car, à ses yeux, les savoirs doivent être accessibles au maximum.
  • Griboulli organise régulièrement des permanences en mairie et en entreprises, mais également des jobs dating et des ateliers pour les parents.
  • Les adhérentes peuvent découvrir les 5 ateliers où interviennent les Ambassadrices : les ateliers solidarités, le pôle pédagogie, le pôle formation, le pôle communauté et le pôle laboratoire

Publié le 12 décembre 2019
Mis à jour le 12 décembre 2019