Rueil-Malmaison : Imitation et neurones miroirs, l’expérience de l’Orange Bleue

Depuis quelques années maintenant, l’équipe de l’Orange Bleue à Rueil Malmaison a été sensibilisée aux nouveaux apports des neurosciences pour appréhender différemment leur rapport à l’enfant et son accompagnement au quotidien. Et notamment au rôle des neurones miroirs dans le processus d’imitation. Une journée pédagogique entière a été dédiée à « l’imitation chez le jeune enfant de la théorie à la pratique ». Explications et récit de la directrice adjointe de la structure, Emilie Ait Ider.
Lors de journées pédagogiques et de réunions, l’équipe de l’Orange Bleue, crèche municipale d’une centaine de berceaux, a bénéficié d’apports détaillés (articles, partage de visioconférence…), suivis de temps d’échanges permettant une meilleure compréhension des neurosciences dans le but d’améliorer la prise en charge globale de l’enfant, la compréhension de ses capacités et de son potentiel. Après cette phase de découverte et d’appropriation du nouveau concept, l’équipe a souhaité approfondir certaines notions dans une recherche continue d’amélioration de ses pratiques professionnelles.

Les liens entre neurones miroirs et imitation
C’est ainsi que dans le cadre d’une journée pédagogique, la psychologue Karine Tilly et Emilie Ait Ider, adjointe de direction, ont souhaité poursuivre cette réflexion et aborder le thème des neurones miroirs.
L’observation de la représentation des neurones miroirs au travers de l’imitation est très présente dans le travail quotidien en crèche. Quand on sait que « c’est l’imitation qui organise la biologie du être-ensemble, la colle affective qui nous permet de subir la pression des autres, qui tutorise nos développements », nous ne pouvons que nous demander comment cela fonctionne et comment pouvoir utiliser ces incroyables neurones miroirs dans l’accompagnement des enfants.  
Une journée pédagogique est un moment propice à la réflexion sur les  pratiques, pour prendre le temps, d’échanger, de débattre.  Il a donc été proposé aux professionnelles de leur faire vivre un moment de bien-être pendant lequel elles pourront ressentir différentes émotions en lien avec les neurones miroirs et l’imitation. L’objectif global de cette journée était posé : « l’imitation chez le jeune enfant de la théorie à la pratique ».

Une musicienne pour « accorder » l’équipe
A l’Orange Bleue, il a toujours été très important de ressentir à travers notre corps les émotions suscitées par un contexte particulier. Cela permet de mieux comprendre ce que les enfants pourront ressentir à leur tour dans un contexte similaire et ainsi avoir un accompagnement au plus près de leurs émotions. Nous avons alors imaginé faire appel à Nathalie Bras, intervenante musique du conservatoire de Rueil Malmaison. En effet, les neurones miroirs sont très actifs à l’écoute de musiques, dans l’imitation et l’accordage. Car comme l’explique Karine Tilly, « la musique et la danse comme série de mouvements réciproques, coordonnés, de rapprochements et d’éloignements plus au moins harmonieux, reflètent bien l’image de la dynamique interactive mère-bébé ».
La collaboration avec Nathalie prenait alors tout son sens lorsque finalement, tel un chef d’orchestre, elle nous proposait des gestes, des rythmes, que nous reproduisions, nous nous ajustions et finalement nous nous accordions. Le lien avec notre quotidien était limpide.

Les pros des chefs d’orchestre de leur groupe

Les professionnelles telles des chefs d’orchestres peuvent selon leur état émotionnel du moment, ressentir l’énergie du groupe d’enfants et, grâce aux neurones miroirs et donc à l’imitation, capter, accrocher leur attention et ainsi modifier l’énergie, l’état émotionnel du groupe ou d’un enfant en particulier. L’imitation est en effet l’une des façons de rentrer en relation avec l’adulte et de partager le même état émotionnel.
Prenons un exemple : une professionnelle accompagnée d’un groupe d’enfants de 2-3 ans ressentait dans la pièce une ambiance « électrique », des enfants criaient, d’autres étaient agités. Alors qu’avant elle aurait demandé aux enfants de se calmer avant de faire une proposition, elle s’est installée agenouillée au bord d’un tapis avec une baguette de bois et a commencé à taper de manière régulière ni trop fort, ni trop faible. Les enfants intrigués se sont finalement retrouvés autour d’elle, certains l’ont imitée d’autres juste observée mais l’harmonie du groupe était retrouvée. Elle a ensuite pu leur proposer de faire autre chose.

Une journée pédagogique qui a permis de repenser les pratiques professionnelles
La journée pédagogique a été pensée de telle manière que chaque groupe de professionnelles ait un temps pour vivre la proposition de Nathalie Bras puis un temps d’analyse afin de pouvoir faire les liens entre ce qu’elles venaient de vivre et ce qu’elles vivent dans leur quotidien. Une fois ces liens établis et compris, elles ont pu imaginer à la lumière des neurones miroirs comment elles pourraient aborder et accompagner les enfants autrement. Nathalie Bras explique : « L’intérêt dans cette nouvelle approche pour moi était de faire vivre et ressentir aux pros des émotions par des moments vocaux et corporels leur permettant de nourrir leurs réflexions sur leurs pratiques. Elles ont pu ainsi créer des outils afin de réinvestir ce vécu au quotidien auprès des enfants. »
Cette journée pédagogique est la première étape d’un travail avec Karine Tilly sur l’année. Les premières expérimentations vont être échangées sur des temps avec la psychologue. En apportant de nouveaux éléments au fur et à mesure des rencontres, de nouvelles lectures, les observations vont pouvoir s’affiner. Depuis cette journée pédagogique et le début du travail avec Karine Tilly, les professionnelles repensent sans cesse leur approche du groupe d’enfants. En effet, au moment du repas, si un enfant tape avec sa cuillère sur la table, la professionnelle va faire comme lui. Elle capte alors son attention et ensuite peut lui montrer autre chose et un jeu d’imitation réciproque se met en place dans lequel chacun peut montrer son chemin.


 

Les pros de l’Orange Bleue témoignent

 « J’ai pris beaucoup de plaisir avec Nathalie et cela a renforcé notre cohésion d’équipe » Julie Briand (AP)
« J’ai bien aimé car c’était un moment animé et joyeux, cela change du quotidien » Anne-Marie Laventure(Cuisinière)
« Cela nous permet d’observer les enfants sous un autre angle et d’utiliser cette nouvelle approche pour mieux répondre aux besoins du groupe ou à un enfant en particulier » et « Le fait d’avoir ressenti les choses avec Nathalie me permet de mieux comprendre le ressenti des enfants et donc de pouvoir répondre à leurs émotions plus sereinement » Florence Mathieu (psychomotricienne)


 

Article rédigé par : Emilie Ait Ider
Publié le 21 juillet 2021
Mis à jour le 22 juillet 2021