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Strasbourg : mise en place d’une démarche qualité - confiance assistantes maternelles

En 2016, la ville de Strasbourg s’est lancée dans une démarche qualité pour les assistantes maternelles. A l’origine de ce projet, deux constats : les parents sont encore méfiants à l’égard de ce mode d’accueil individuel, d’autre part ces professionnelles veulent être mieux accompagnées. Les pistes d’action dégagées devraient se préciser en 2018. Zoom sur cette initiative qui s’inscrit précisément dans les enjeux actuels de la professionnalisation des assistantes maternelles.
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assistante maternelle et bébé
L’appréhension des parents comme point de départ
« Nous sommes partis du constat que la majorité des parents plébiscitaient d’abord la crèche comme mode de garde pour leurs enfants, raconte Nathalie Keltz, coordinatrice petite enfance à la ville de Strasbourg et coordinatrice des Relais d’Assistants Maternels (RAM). L’accueil chez les assistantes maternelles restait souvent le mode d’accueil par défaut. » Deuxième constat : les assistantes maternelles ont de plus en plus de mal à trouver des enfants à accueillir, alors même que certains parents n’obtiennent pas de place en collectivité. En cause, une appréhension et un manque de confiance des parents envers l’accueil individuel. La ville de Strasbourg en partenariat avec la Caisse d’allocations familiales (Caf) et le Conseil Départemental a alors mis en place une démarche associant les parents, les assistantes maternelles et les autres professionnels de terrain dans une réflexion commune. Elle a pour objectif de proposer des axes de travail afin de soutenir la qualité d’accueil des assistantes maternelles et renforcer la confiance des parents. Une mission particulièrement soutenue par l’adjointe au maire Nicole Dreyer.

Une experte petite enfance pour accompagner la mission
Pour accompagner son projet, la ville a fait appel à Laurence Rameau - auteure, puéricultrice formatrice, ancienne directrice de crèche, co-fondatrice de l’Institut Petite Enfance Boris Cyrunlik et créatrice du concept pédagogique de l’Itinérance Ludique. Le concours d’une spécialiste petite enfance extérieure à la ville de Strasbourg avait pour objectif de porter un regard juste et partial sur la démarche. « Nous nous sommes intéressés à la représentation parentale des assistantes maternelles, qui reste négative, basée sur l’idée qu’elles peuvent potentiellement être maltraitantes et qu’elles n’ont pas tout ce qu’il faut pour offrir un accueil de qualité aux enfants, explique Laurence Rameau. Les parents qui apprécient leur assistante maternelle pensent souvent qu’ils ont trouvé la perle rare. Pourtant non, elles sont la plupart du temps tout à fait qualifiées. »

Impliquer les différents acteurs de terrain
Dans un premier temps, la mission a consisté à repérer et analyser les attentes qui n’étaient pas remplies de chaque côté : les motifs de réticence des parents à l’égard des assistantes maternelles et les souhaits de ces dernières en termes de soutien. Des soirées-débats et des journées de rencontre ont donc été organisées au sein des RAM à partir du mois de mai (2016), au cours desquelles les parents et les assistantes maternelles ont été invités à s’exprimer sur différentes questions.
Puis les animatrices de RAM se sont réunies en groupes de travail avec des puéricultrices de centres de Protection Maternelle et Infantile (PMI) afin d’évoquer leur expérience de terrain, les difficultés qu’elles entrevoyaient, et partager sur le retour des premières réunions parents-assistantes maternelles. Le travail de Laurence Rameau a été de croiser toutes ces données avec son « bagage de sociologue », de les restituer et de proposer une méthodologie. Ce travail a permis de décliner l’analyse en objectifs et propositions et la synthèse du projet a été présenté au groupe de pilotage qui doit ensuite en évaluer la pertinence et la faisabilité. « La synthèse faite par Laurence est notre document de travail et une source d’inspiration. Maintenant certaines propositions vont demander une mise en œuvre plus longue que d’autres », précise Nathalie Keltz.

Les grandes pistes d’action de la démarche
L’ouverture de nouveaux RAM. C’était l’une des premières propositions : la ville de Strasbourg qui comportait cinq RAM en compte déjà un sixième et deux nouveaux verront le jour en 2018. Un nombre plus important de RAM permettra de mieux accompagner les assistantes maternelles, notamment en leur proposant des rendez-vous individuels. « Elles ne savent pas toujours bien présenter la manière dont elles travaillent aux parents, souligne Laurence Rameau. Il peut donc être nécessaire que les RAM les aide à écrire leur propre projet pédagogique et à savoir bien l’exprimer à l’oral. »

Une liste de parents employeurs. Les porteurs du projet ont fait ressortir la difficulté des parents à envisager de devenir employeurs et la peine que les assistantes maternelles avaient à trouver des enfants à accueillir même en étant inscrites sur la liste fournie par le RAM. Ils souhaiteraient donc créer un fichier d’offres d’emploi des parents à destination des assistantes maternelles. Ce qui permettrait à la fois aux premiers de se placer d’emblée comme employeurs et à la fois aux deuxièmes de devenir actrices de leur recherche, comme le précise Nathalie Keltz.

Des extensions ponctuelles d’agrément. Pour faciliter le départ en formation continue des assistantes maternelles sur leur temps de travail, un partenariat va être réalisé avec la PMI. Ainsi quand une professionnelle voudra effectuer une formation, elle en informera les parents ; s’ils sont d’accord, ils pourront se tourner vers le RAM qui cherchera une autre assistante maternelle disponible pour accueillir leurs enfants. Celle-ci bénéficiera alors d’une extension provisoire de son agrément par la PMI.

Une plus grande communication entre parents et assistantes maternelles. La méfiance des parents vient généralement de leur manque de visibilité du travail quotidien des assistantes maternelles. Laurence Rameau note que les parents sont parfois très étonnés d’apprendre tout ce qu’elles font aux RAM par exemple, et qu’ils apprécient ces structures qui mêlent du collectif à l’accueil individuel, tout comme les Maisons d’Assistantes Maternelles (MAM). « On a aussi fait ce constat, fort et étonnant : à l’inverse de ce qu’on peut véhiculer aux professionnelles sur la distance à garder avec les enfants, les parents attendent un investissement affectif des assistantes maternelles. Ils souhaitent aussi qu’elles puissent leur communiquer le plus d’informations possible sur leur enfant. Les RAM peuvent donc inciter les assistantes maternelles à être dans cette perspective. »
Article rédigé par : Armelle Bérard Bergery
Publié le 23 novembre 2017
Mis à jour le 24 novembre 2017

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