Des jouets récupérés en crèche et reconditionnés à la prison de Bois d’Arcy

Yoti est une jeune pousse, située à Houilles, dans les Yvelines, qui collecte des jouets, les reconditionne et les commercialise. Si les fondateurs Jacques Grimont et Vincent Corrèges souhaitent associer tous les publics à leur démarche et donc les particuliers, ils ont à cœur de toucher les professionnels de la petite enfance, qui sont nombreux à être sensibles à l’écologie et à l’économie circulaire. Zoom sur une initiative d’autant plus remarquable que, outre l’aspect écologique, elle favorise la réinsertion professionnelle de personnes détenues à la maison d’arrêt de Bois d’Arcy où un atelier de reconditionnement a été installé en 2021. 
Trop de jeux et jouets jetés chaque année
« Nous sommes partis d’un constat, explique Jacques Grimont, avocat en droit de l’environnement et cofondateur de Yoti, 100 000 tonnes de jeux et jouets sont jetées chaque année en France. Et sur ces 100 000 tonnes, il y en a 50 000, selon l’ADEME, pour lesquelles on pourrait trouver un débouché, c’est-à-dire soit les réutiliser soit les recycler.  Avec Vincent, nous nous sommes dits qu’il fallait faire quelque chose. » D’autant plus que sur le secteur du reconditionnement des jouets, les objectifs de l’ADEME sont loin d’être atteints. « La plus grosse association qui est Rejoué collecte 70 tonnes par an. 70 tonnes sur 50 000 tonnes, on a pensé que l’on pouvait apporter notre part en industrialisant une partie du reconditionnement des jouets, en créant des processus qui garantissent à la fois la parfaite complétude, propreté et sécurité du jeu et du jouet, et aussi en trouvant des leviers pour être capable de traiter un flux assez important, que ce soit de la collecte, en passant par le conditionnement, jusqu’à la commercialisation », précise Jacques Grimont. 

Environnement et réinsertion professionnelle
Au cœur du projet de Vincent Corrèges et Jacques Grimont, l’écologie bien entendu mais pas seulement. Cela va beaucoup plus loin. Car le développement durable ne se résume pas qu’à des questions environnementales, il y a également un pilier social. Et les deux fondateurs s’en sont pleinement saisis. « Le premier pilier, c’est en effet l’écologie. Et le second pilier, c’est favoriser la réinsertion professionnelle de personnes détenues, ici à la maison d’arrêt de Bois d’Arcy, en les accompagnant dans un parcours de réinsertion professionnelle, qui va d’un bilan de compétences quand ils commencent à travailler avec nous, jusqu’à leur faire acquérir des compétences, les faire certifier et puis les aider à décrocher un travail dès la sortie de la détention. Notre objectif, c’est qu’ils trouvent un travail. Pourquoi ? Car quand vous sortez de détention et que vous avez déjà un travail, une grande partie du chemin est faite et peu de risques de récidiver », indique Jacques Grimont. 

En mai 2021, c’est la naissance de Yoti et en octobre de la même année, l’atelier de reconditionnement de jouets ouvre ses portes à la maison d’arrêt de Bois d’Arcy avec 3 personnes détenues. Depuis, l’atelier s’est agrandi, passant de 400 m² à 700 m², et accueillera ce mois-ci 28 personnes détenues, 4 encadrants techniques et conseils d’insertion socio-professionnelle et quelques bénévoles. A noter que les détenus, conformément à la loi, sont rémunérés. Si la plupart perçoivent 45% du SMIC (plus les cotisations sociales), certains, dont l’engagement est plus important, sont davantage payés.

Collecter des jouets auprès des crèches, des centres de loisirs…
Si Yoti ne récupère pas que les jouets auprès des crèches, c’est toutefois un axe important de collecte. En pratique, c’est tout simple. Ils fournissent des bacs qui sont installés généralement dans l’entrée des structures. Tous les jouets sont acceptés, qu’ils soient incomplets (même les puzzles !), abîmés ou déchirés. Et Yoti se charge de venir les collecter. Une initiative qui a séduit la crèche associative versaillaise « O comme 3 pommes ». « J’ai rencontré les fondateurs de Yoti au forum des tout-petits organisé par la ville de Versailles en mai dernier et leur projet m’a intéressé », confie Natacha Mounier, la directrice de l’établissement. Et poursuit : « une semaine après, on nous déposait deux bacs ». Et le succès fut vite au rendez-vous puisque, au mois de juillet, par trois fois, ils ont dû venir chercher les jouets, les bacs débordants. Et du côté des parents et des professionnels, l’accueil est très positif. « Les parents sont ravis, ça leur permet de faire du tri, et ils sont sensibles au fait que rien ne soit jeté. Et les professionnels de terrain y sont également très favorables. Dès que nous avons un jouet cassé, nous le plaçons dans le bac au lieu de le mettre à la poubelle », souligne-t-elle encore.
Des conventions commencent même à être signées avec certains villes. C’est le cas avec Montesson (78). « J’ai reçu les fondateurs en tant qu’élue en charge de la petite enfance. Leur démarche m’a vraiment intéressée parce qu’à la mairie de Montesson nous avons une démarche politique très engagée dans le développement durable. Et leur projet va d’un bout à l’autre de la chaîne : la récupération, le reconditionnement et l’insertion sociale », explique Françoise Fabrer. Le maire et les élus étant convaincus par le projet, une convention est en cours de signature. Les 3 crèches de Montesson vont donc être dotées de bacs de collecte. « On s’engage aussi à les faire venir ponctuellement sur des manifestations de la ville, tel que le Forum Famille », ajoute l’élue en charge de la petite enfance. A noter qu’un partenariat verra également peut-être le jour avec les centres de loisirs de la ville. 

La proximité avant tout
« On veut créer les boucles les plus circulaires et les plus locales possibles. Cela ne nous intéresse pas de prendre des jouets à Versailles et de les emmener dans le nord ou dans le sud de la France. L’idée c’est d’avoir un atelier de reconditionnement proche des lieux de collecte. Donc dès qu’il y a un lieu de reconditionnement, c’est bien de convaincre les gens autour que c’est intéressant de déposer leurs jouets », précise Jacques Grimont.

La commercialisation des jeux et jouets reconditionnés 
Une fois que les jeux ont été reconditionnés, nettoyés, ils sont proposés à la vente. Aux particuliers bien sûr, ce sont d’ailleurs eux les principaux acheteurs pour l’heure, mais aussi aux professionnels de la petite enfance. « Cela permet aux structures d’acheter des jouets à moindre prix donc elles peuvent utiliser une partie de leur budget jouets à d’autres choses ou en acquérir plus », indique Jacques Grimont. Et continue « Mais aussi de répondre à l’obligation (ndlr : décret (n°2021-254) relatif à l'économie circulaire) pour les collectivités publiques d'avoir 20% de jeux/jouets issus du réemploi ou de la réutilisation ou intégrant des matières recyclées. » Les jouets peuvent être achetés en ligne sur la plateforme solidaire Label Emmaüs (Yoti verse une commission de 10% du montant HT des ventes à Emmaüs) et sur le site www.yoti-shop.fr ou directement chez Yoti, à Houilles, pour les professionnels de la petite enfance. A noter, qu’ils bénéficient d’un tarif spécial. Françoise Fabrer a d’ailleurs prévu de se rendre à Houilles pour aller découvrir les jouets car tous ne sont pas sur les sites internet. « Il faut voir ce qu’ils ont comme jeux et jouets, mais il y en a sûrement certains qui pourront convenir à nos crèches. Il vaut mieux acheter du reconditionné que du neuf, dans le cadre du développement durable », estime l’élue petite enfance de Montesson. 

Un partenariat qui fait sens
Yoti et HABA se sont retrouvés autour de valeurs communes, la dynamique d’économie circulaire dans le jouet notamment, et ont mis en place un partenariat pour la fin d’année. « A partir de Noël, nous allons mener une action de communication commune à la fois pour faire connaître Yoti et les engagements d’HABA dans l’économie circulaire. Dans le cadre d’une opération promotionnelle, chaque fois qu’HABA vendra deux jeux, il financera le reconditionnement d’un jeu ou d’un jouet », s’enthousiasme Jacques Grimont. Par ailleurs, dans le cadre de ce partenariat, HABA fournit les pièces manquantes de ses jeux et jouets reconditionnés dans l’atelier de la maison d’arrêt de Bois d’Arcy. 
Article rédigé par : Caroline Feufeu
Publié le 04 octobre 2022
Mis à jour le 04 octobre 2022