« Les Alchimistes » transforme les couches jetables en compost

Depuis 4 ans, "Les Alchimistes" travaille sur un projet bien particulier : le compostage de couches jetables. En partenariat avec des fabricants de couches et des établissements d’accueil du jeune enfant, cette entreprise solidaire d’utilité sociale, installée en région parisienne, souhaite donner une nouvelle fin de vie à ce produit dont l’impact environnemental est notable. Un sacré challenge quand on sait que 3,5 milliards de couches sont jetées chaque année en France et qu’elles sont soit incinérées soit enfouies. Zoom sur cette expérimentation, première étape de la création d’une filière globale de compostage de couches.   
De la couche classique au prototype de couche compostable
« Cela fait 4 ans que nous existons. Nous avons commencé avec le projet des couches mais comme nous nous sommes vite aperçus que cela allait prendre du temps, nous avons développé le compostage des déchets alimentaires en ville avec des sites un peu partout. En parallèle, nous avons continué de travailler sur la couche », explique Maïwenn Mollet, directrice du programme Les couches fertiles chez les Alchimistes. En 2019, l’expérimentation débute avec des couches jetables classiques puisqu’il n’y avait pas encore sur le marché de couches compostables. « On a testé une machine qui extrayait le plastique, mais c’était complexe et, au final, il restait des fragments plastiques. Or, si l’on veut un bon compost, il faut se débarrasser des matières plastiques », précise Maïwenn Mollet. Puis, des prototypes de couches compostables ont fait leur apparition. « Nous travaillons maintenant avec les industriels qui se lancent dans la conception de couches compostables dans la mesure où ils ont besoin de tests en conditions réelles. A cet effet, nous avons créé en fin d’année dernière Le Couches Fertiles Lab implanté à Pantin où nous compostons les couches usagées », précise Maïwenn Mollet. Pour l’heure, même si d’autres industriels devraient bientôt rallier l’expérimentation, les prototypes de couches compostables proviennent de Celluloses de Brocéliande, une entreprise du groupe Les Mousquetaires (Intermarché), qui produit également les couches jetables Pommette. 

5 crèches investies dans l’expérimentation
Pour mener à bien ce projet, et parce qu’il nécessite des couches usagées, des crèches ont été sollicitées. « Nous avons mis en place un partenariat avec cinq crèches (associative, privée…), deux à Paris et trois à Pantin, dans un rayon de 2 km du Couches Fertiles Lab, auprès desquelles nous collectons les couches », souligne Maïwenn Mollet. La crèche P’tit d’Homme (Association Crescendo), située dans le 18e arrondissement de Paris, et dont Laurence Villiers est la directrice, a accepté de rejoindre l’aventure. « Les sacs poubelles en crèches sont remplis à 80 % par des couches. Nous avons donc trouvé intéressant de participer à cette expérimentation », explique Laurence Villiers. Mais avant de commencer, les professionnels des crèches ont été formés, le projet leur a été expliqué. « Il y avait une grande envie du côté des équipes de se lancer dans ces tests innovants. Nous avons échangé ensemble quant à l’organisation à mettre en place, où stocker les couches qui allaient partir au compostage… », détaille Laurence Villiers. En pratique, dans les zones de change, un bac supplémentaire a fait son apparition pour accueillir les couches sales du matin en provenance des parents afin qu’elles ne soient pas mélangées aux prototypes compostables, qui eux sont jetés dans une poubelle dédiée (sauf les attaches non compostables), récupérée ensuite par Les Alchimistes. Pour professionnels, pas de grands changements, si ce n’est toutefois s’adapter aux prototypes qui, même s’ils s’améliorent, pêchent encore un peu sur le plan de l’absorption. « Nous faisons un retour bi mensuel aux Alchimistes sur le nombre de couches utilisées par jour et sur les éventuelles fuites ou autres », détaille la directrice de la crèche P’tit d’Homme. Des informations également intéressantes pour le fabricant de couches qui peut ainsi revoir ses prototypes. Et les familles, dans tout ça ? « Nous avons donné un document aux parents leur expliquant l’expérimentation. Ils ont été réceptifs et contents de ce projet. Nous leur avons juste spécifié que le change était plus fréquent et que le soir en rentrant à la maison, il ne fallait pas trop attendre pour mettre une nouvelle couche », précise Laurence Villiers.

Le compostage des couches en pratique
Les couches usagées sont collectées auprès des crèches trois fois par semaine. Puis direction Pantin, où Les Alchimistes dispose de containers et de composteurs électro-mécaniques permettant de tester le compostage de 3 couches différentes. « Nous commençons par refaire un tri pour nous assurer qu’il n’y a rien d’autre que les couches-prototypes. Ces dernières sont ensuite broyées. Puis nous utilisons les composteurs électro-mécaniques, de grosses cuves où les couches broyées sont mélangées avec du broyat de bois et des déchets verts, pendant une quinzaine de jours. A l’issue du brassage, on a un compost qui est encore très actif donc l’étape finale c’est la maturation de la matière. Le compost récolté est ensuite étudié pour vérifier la compostabilité de ces nouvelles couches », développe Maïwenn Mollet. 

La création d’une filière globale de compostage de couches
Soutenus financièrement par des fabricants de couches, le département de Seine-Saint-Denis, la communauté de communes Est-Ensemble, mais aussi grâce à des subventions à l’innovation, des prix (lauréat des Trophées de l’Economie Sociale et Solidaire 2020 de la Ville de Paris), Les Alchimistes ne comptent pas s’arrêter là. Leur objectif : un passage à l’échelle commerciale et industrielle, et la création d’une filière de collecte et de compostage de couches en 2022. Si les crèches seront les premières à être concernées, Maïwenn Mollet espère que les industriels mettront rapidement sur le marché grand public des couches compostables pour en faire profiter les familles. Quant à la collecte, elle imagine déjà des bornes, dans l’esprit des bornes textiles, notamment installées en ville, à différents endroits, sur le trajet de la crèche par exemple, pour que ce soit plus facile pour les familles. Mais d’autres modalités pourraient être envisagées : « Aux Etats-Unis et en Australie, il existe un système de livraison de couches neuves à domicile et de récupération de couches sales », note Maïwenn Mollet. Et d’ajouter : « le nerf de la guerre sera celui de la qualité du tri et pour cela il faudra créer des repères visuels pour les consommateurs. » Quant au compost obtenu, le but à terme est de le revendre à des professionnels ou à des particuliers.
Article rédigé par : Caroline Feufeu
Publié le 16 février 2021
Mis à jour le 16 juin 2021