Seine-Maritime : une violoniste pro dans les crèches Liberty

L’éveil culturel et artistique fait partie de l’ADN des crèches associatives Liberty dont la première a ouvert ses portes il y a 45 ans à Rouen. Dans ce cadre, depuis quelques mois maintenant, plusieurs structures accueillent chaque semaine la violoniste allemande Laura Sophie von der Goltz. Des interventions de qualité appréciées aussi bien des tout-petits que des professionnels de la petite enfance. 
L’art sous toutes ses formes
Deux mamans et amies sont à l’origine des crèches Liberty : la Française Françoise Bourdon et la Britannique Jane Fitte. La première a fait des études de sociologie et est férue d’art, la seconde, libraire, est une passionnée de livres et de mots. Tout naturellement, lorsqu’elles créent les crèches Liberty, elles décident de mettre l’éveil culturel et artistique au premier plan. « Elles ont souhaité ouvrir directement leurs structures sur l’art en proposant des rencontres avec des artistes ou encore en invitant en résidence un sculpteur qui installait son atelier pendant plusieurs jours. L’idée n’était pas de faire une pédagogie. Elles considéraient que l’art faisait partie de la vie et qu’il devait logiquement entrer dans les lieux d’accueil de la petite enfance », explique Véronique His, chorégraphe de métier, formatrice pour l’association Enfance et Musique et coordinatrice éveil et culturel chez Liberty. Et poursuit : « Quelque part, c’était un peu pionnier par rapport à tout ce qui se passe aujourd’hui. » Les professionnels exerçant dans ces crèches sont aussi particulièrement impliqués puisque des formations sur l’éveil culturel et artistique leur sont dispensées afin de les sensibiliser et pour qu’ils aient de vraies pratiques artistiques. Et parfois de véritables vocations naissent. « Suite à ces formations, trois professionnelles de la petite enfance ont connu une évolution dans leur poste de travail : une est maintenant conteuse, une autre musicienne intervenante avec l’idée de faire comme des petites résidences de quelques semaines dans chaque crèche et une troisième est détachée pour faire des interventions d’arts plastiques », indique Véronique His.

Un bain de musique avec la violoniste Laura Sophie von der Goltz
A propos des interventions de Laura Sophie von der Goltz, Véronique His précise tout de suite : « Le but n’est pas d’apprendre la musique aux enfants, l’idée c’est qu’ils soient baignés dans un bain musical de qualité. D’ailleurs, les enfants eux-mêmes reconnaissent la qualité. » Et continue : « Laura est une très bonne violoniste. Quand elle joue du violon, tout le monde est sous le charme. Elle est très inventive, elle joue de plusieurs instruments comme le Yukulélé et chante aussi en plein de langues différentes. Pendant ses interventions, elle prend le temps d’écouter les échos que sa musique a sur les enfants. Elle crée des dialogues sonores musicaux avec les enfants. » 

Une approche différente en fonction de l’âge des enfants et de leur « humeur »
En pratique, la violoniste consacre deux journées et demi aux enfants des crèches Liberty et intervient dans 8 structures. Elle débute toujours par faire un petit tour de l’établissement, pour sentir l’atmosphère et ensuite, toujours accompagnée de plusieurs professionnelles, elle s’installe pour offrir un moment musical aux enfants, groupe par groupe. Elle s’adapte à l’âge de son public mais aussi à son « énergie ».  « Avec les bébés, je commence par un accueil musical. Je joue du violon, cela peut être du Bach ou de la musique baroque. Je chante aussi des chansons afro-brésiliennes. L’idée est de donner une atmosphère calme, apaisante », explique Laura Sophie von der Goltz. Elle vient aussi vers les bébés et leur propose des maracas, pour qu’ils l’accompagnent pendant qu’elle joue du violon. Elle précise : « ce sont de vrais petits concerts. Le plus important c’est d’avoir une qualité artistique ». Le sensoriel étant très important chez les bébés, Laura Sophie leur fait ainsi sentir les vibrations des instruments notamment. A noter que dans une des crèches, elle intervient lors du déjeuner. « C’est un moment de transition, souligne-t-elle, où certains enfants sont en train de manger et d’autres attendent leur tour. Nous sommes tous dans la même pièce et la musique permet d’apaiser, d’apporter une ambiance différente. » Chez les moyens, l’approche de la violoniste est un peu différente : « Les moyens marchent mais n’ont pas toujours la parole. Ils ont besoin de s’exprimer et d’une attention personnelle donc je fais beaucoup de choses qu’ils peuvent eux-mêmes faire. Nous dansons également un peu. Mais chaque séance est différente, je sens comment est l’énergie du groupe, s’ils ont besoin de calme ou de mouvement. » Avec les plus grands, l’imagination et la fantaisie sont de mise. « Je leur raconte une histoire. Par exemple, je leur dis que nous allons à la mer, que nous allons faire un voyage fantastique. Et dans ce cadre, je leur propose des chansons, des musiques en rapport avec le thème comme « La Mer » de Debussy. C’est un concert finalement avec une mise en scène. Ils aiment beaucoup », s’enthousiasme la violoniste.

Les pros impliqués
Laura Sophie essaie au maximum de faire participer les professionnels de la petite enfance lors de ces moments musicaux. « Les professionnels et moi chantons aussi ensemble. Ce ne sont pas toujours des chansons pour enfants. L’important c’est que les professionnels prennent plaisir à chanter. Si c’est une chanson qu’ils aiment, ils s’engagent plus et cela se voit dans la réaction des enfants », souligne l’artiste. Pour les moments de danse, les pros sont aussi partie prenante. « Les enfants commencent à me connaître maintenant, mais ils n’ont pas le même rapport avec les pros qu’ils voient chaque jour, cela apporte quelque chose en plus, lorsque les pros se joignent à nous », affirme la violoniste. Et pour les impliquer encore plus, le projet de former les pros volontaires au Yukulélé est en cours. Un instrument plus facile à utiliser que la guitare car il ne possède que 4 cordes. « Avec 3-4 accords, on peut déjà accompagner beaucoup de comptines », fait remarquer Laura Sophie. 

Joie et apaisement au rendez-vous
Les retours sur cette initiative sont très positifs. « Cela apporte de la joie, de l’apaisement, de la tranquillité aux enfants et ils rencontrent quelqu’un d’étranger à la crèche qui s’exprime par un autre langage que toutes les professionnelles qui sont avec eux au quotidien, c’est très intéressant », témoigne Véronique His. Et ajoute : « C’est aussi de la fantaisie qui rentre à la crèche et c’est très précieux. Dans une crèche, il y a plein de rythmes, de rituels et tout à coup, une espèce de bouffée d’air pur arrive, une bulle de poésie. » Même ressenti pour les professionnels. C’est un moment joyeux, de partage avec les enfants, qu’elles apprécient beaucoup.
 

Le CD-livre « Chanter en liberty »

« Quand je suis arrivée il y a 4 ans, avec Françoise Bourdon, on s’est dit que c’est important qu’à la crèche cela chante. On a fait un gros travail de formation pour les professionnels. Chaque année au moins deux sessions de formation pour qu’elles puissent chanter en vrai. Au bout de ces deux ans, il y a eu un tel engouement sur la chanson que l’on s’est dit, avec Agnès Chaumié, responsable du projet musical, que ce serait intéressant d’aller plus loin et de constituer un répertoire de chansons chantées à la crèche et de faire un enregistrement pour le donner aux parents et faire le pont entre la crèche et la maison. 15 professionnels ont participé . L’année dernière, nous avons pu faire l’enregistrement à l’école de musique et en juin nous avons distribué le CD-livre Chanter en Liberty, illustré par Marie Kuklova, à toutes les familles », explique Véronique His. Le nouveau projet en cours : Le printemps des poètes, pour lequel 15 professionnels de la petite enfance partent en formation sur la poésie. Des actions sont prévues dans toutes les crèches.
 

Article rédigé par : Caroline Feufeu
Publié le 22 février 2022
Mis à jour le 19 avril 2022