Handicap

Enfants porteurs de handicap : une plateforme pour favoriser leur accueil en crèche

C’est son bébé. Son projet. Celui dont elle rêve depuis si longtemps. Depuis qu’elle accompagne les petits enfants porteurs de handicap et leurs parents. Forte de son expérience à la crèche Charivari (Cescendo) qu’elle a créée et dirigée pendant 10 ans, Sandrine Delpeut l’a imaginée, portée et la voici : la plateforme d’accompagnement et de soutien petite enfance et handicap existe. Prête à fonctionner.

 
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Sandrine Delpeut a de l’ambition pour cette toute nouvelle plateforme d’accompagnement et de soutien petite enfance et handicap, un projet trois fois primés pour son innovation.  Son objectif : aider les structures d’accueil à la prise en charge globale de l’enfant porteur de handicap et de sa famille au sens large (parents, fratrie etc.). Son principe : un trio de professionnels aguerris qui suivra une quinzaine de crèches pour les soutenir dans l’accueil mixte qu’elles proposent.

Un intérêt constant pour le handicap
Flash-back pour bien comprendre ce qui se joue avec cette plateforme qui va regrouper, outre Sandrine sa directrice coordinatrice, une psychologue et une psychomotricienne. Deux pros, qu’elle vient de recruter pour leurs compétences et leur expérience autour du handicap. Sandrine Delpeut est éducatrice de jeunes enfants. Dès le début de sa carrière, elle travaille dans des associations où l’accueil d’enfants porteurs de handicaps est au cœur de l’activité. Pudeur oblige, rien ne filtre mais on sent qu’elle a puisé dans son histoire personnelle cet intérêt viscéral pour la différence et l’accompagnement de ceux qui y sont confrontés. Qu’elle sait au plus profond d’elle-même de quoi elle parle.
Il y a 10 ans, on lui propose de rejoindre le réseau Crescendo (groupe SOS) et de créer la crèche Charivari. Elle accepte mais insiste : ce multi-accueil de 33 berceaux du 9ème arrondissement de Paris accueillera des enfants porteurs de handicap. Le combat de sa vie qu’elle n’est pas prête à abandonner au grés d’un changement de poste. L’affaire est entendue et Charivari qu’elle a dirigée jusqu’à la semaine dernière accueille actuellement environ une dizaine d’enfants en difficultés : trisomie 21, polyhandicaps, troubles autistiques ou neuro-génétiques.

Fondée sur son expérience de l’inclusion collective
Son expérience de directrice lui enseigne deux choses. Les parents ont besoin d’aide. Ils sont démunis souvent, désemparés toujours et sous pression souvent. Il y a d’abord l’attente du diagnostic. Où l’on sent que quelque chose ne va pas, mais où l’on ne veut pas voir, où l’on ne sait pas encore officiellement, donc où l’ on ne peut pas l’intégrer. Une période de latence où souvent c’est à la directrice qu’ils viennent parler. Un contact qui commence sur un point anecdotique et qui débouche sur une longue conversation. « Ils me parlent à moi de leurs difficultés, du désordre que tout cela crée dans la famille, des tensions dans leur couple . Aux équipes ils parlent de l’enfant. Il parle peu du diagnostic aux équipes, c’est le quotidien qui domine. Avec moi c’est différent » analyse Sandrine. Comment fait-elle pour recevoir tant de confidences et d’angoisses ? « J’ai un excellent thérapeute qui m’aide à prendre du recul » confie-t-elle dans un large sourire.
 Deuxième enseignement tiré de cette expérience : les professionnels aussi ont besoin d’être épaulés et formés. D'ailleurs Sandrine, elle-même, au fil de ses 20 ans de pratique professionnelle, s’est formée en psychologie et sur le handicap. La bonne volonté ou le bon sens ne suffisent pas. Sandrine s’est forgée une conviction : dans la petite enfance, seule une inclusion collective a du sens. « Un seul petit enfant porteur de handicap accueilli dans une structure c’est compliqué, il porte le fantasme de la différence à lui seul et devient lui-même sa propre pathologie. En revanche une structure qui n’accueillerait que des tout-petits porteurs de handicaps cela n’a pas de sens. On ne peut parquer des enfants d’un an, les condamner tous à leur pathologie ! La mixité par l’inclusion collective a est bénéfique à tous les enfants et à leurs familles. C’est l’apprentissage de la différence, des parcours singuliers , mais aussi la découverte qu’il n’ y a pas un chemin mais plusieurs chemins, un possible mais des possibles »

A destination des parents et des pros
Voilà comment à force de rencontres, de constats, d’histoires vécues, est né le concept de la plateforme petite enfance et handicap. L’idée : reproduire à plus grande échelle ce qui a été construit avec succès à Charivari. La plateforme s’articule donc autour de deux axes. D’une part l’accompagnement et le soutien à la famille « dans un maillage adapté et singulier » souligne sa directrice-fondatrice. A savoir un suivi individuel et de couple sans limite de temps. Sans limite de temps voici l’un des points forts du dispositif. « Actuellement explique Sandrine, ce qui est terrible ce sont les ruptures dans les parcours ? Jusqu'aux six ans de l’enfant, on va au CAMPS, après ce sont les SESSAD etc. Et à chaque fois il faut reprendre l’histoire raconter et re -raconter : le diagnostic, le prise en charge, les progrès, les échecs. Pénible pour les parents, et perte de temps pour les suivis et prises en charge. Avec la plateforme il y a aura du lien et du liant entre les différents spécialistes, la crèche et les parents qui  pourront avoir recours à ses « services » aussi longtemps qu’ils le veulent et qu’ils le jugent utile.» Sandrine sourit : « J’ai des contacts encore avec des familles, dont les enfants ont aujourd’hui 15 ans ».
Deuxième axe de la plateforme : le travail avec les équipes. Notamment sur les formations spécifiques dont elles peuvent avoir besoin. Mais aussi sur le matériel adéquat (quand c’est nécessaire). Mais d’une façon générale, et c’est un des piliers de l’inclusion collective, toute une sensibilisation à mener autour du temps d’accueil d’un enfant en situation de handicap qui ne doit pas être différent de celui d’un enfant dit « valide ».  Et Sandrine d’expliquer : « même des enfants dits valides, on ne les accueille pas tous de la même façon selon par exemple qu’ils sont des ainés dans la fratrie ou des petits derniers. Pour un petit porteur de handicap c’est la même chose sauf que la subjectivité va se poser sur la pathologie ou le trouble. Dans un projet d’inclusion collective, les professionnels apprennent à s’adapter à une vraie singularité ».

Des moyens d’intervention variés
Pour l’heure la plateforme a vocation à intervenir dans une quinzaine de crèches volontaires et en demande de Crescendo/ groupe SOS. Des structures choisies parce qu’elles accueillent des enfants handicapés ou qu’elles sont susceptibles de le faire. « Concrètement explique Sandrine Delpeut, il y aura une première visite de la plateforme dans l’établissement pour identifier les besoins et les demandes. » Une prise de contact en quelque sorte qui débouchera sur une proposition d’intervention qui sera assurée par un binôme, soit deux membres du trio composé avec Sandrine. « Les interventions seront de divers ordres , soit pratico-pratiques  comme l’aide à la mise en place d’un PAI par exemple , soit le suivi d’une famille pour un accompagnent à la parentalité septique , soit la mise en place de groupes de paroles pour plusieurs parents soit encore l’aide à la mise en place d’un partenariat » précise encore la toute nouvelle directrice-coordinatrice. Rien n’est figé, tout est possible et à construire. C’est cette souplesse de la plateforme qui en fait aussi toute sa force et tout son intérêt. L’idée étant avant tout de répondre aux besoins exprimés ou constatés.

Une évaluation sérieuse avant tout développement
Sandrine Delpeut est très heureuse et très fière du lancement de la  plateforme Petite enfance et handicap. Un projet qui a pu se concrétiser grâce au soutien sans failles de Céline Legrain, la directrice générale de Crescendo. Et grâce aussi à l'appui  et aux conseils avisés de Guy Sebbah le directeur général du secteur solidarité du groupe SOS. Sûre de l'utilité du dispositif,  Sandrine Delpeut et les deux autres professionnelles qui la rejoignent sur ce projet, a un an pour en démontrer l'efficacité. Le temps de prouver que ce projet pilote peut devenir un outil d’envergure. Le projet va faire l'objet d’un suivi et d’une évaluation par l’Université de Toulouse-Jaurés . Si le bilan est positif et qu’un financement*plus large faisant appel aux fonds publics est trouvé,  l’expérimentation sera élargie. La plateforme pourra intervenir au niveau national et auprès des écoles de formation. A ce moment-là Sandrine Delpeut aura gagné son pari. Celui de faire avancer les choses. Et que dans l’esprit de la loi de 2005 de plus en plus d’enfants porteurs de handicap soient accueillis dans des structures d’accueil collectif.

*Actuellement la plateforme est financée par Crescendo/groupe SOS avec l'aide de la Caf et du CCAH (Comité National de Coordination de l'Action en faveur des personnes Handicapées).

 
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Modifié le 13 novembre 2017