Une MAM inclusive, pour apprendre à vivre ensemble

Après deux ans d’efforts, la MAM inclusive Au pays des lucioles a ouvert ses portes en février dernier au Havre. Une belle récompense pour ses quatre assistantes maternelles issues du secteur médico-social, convaincues que les plus belles valeurs se transmettent dès la toute petite enfance. 
Depuis le mois de février, une Maison d’Assistantes-Maternelles (MAM) pas comme les autres a ouvert ses portes au Havre. Un joli projet qui a nécessité deux ans de travail en amont pour accueillir aujourd’hui jusqu’à 16 enfants, valides ou porteurs de handicap. Un engagement primordial pour Hélène, Rebecca, Eugénie et Lucille, qui exerçaient toutes les quatre dans le secteur médico-social avant de se consacrer à la petite enfance.

Des assistantes maternelles à double casquette 
Le handicap, c’est un milieu qu’elles connaissent bien, pour y avoir longtemps travaillé : trois d’entre elles étaient aide-médico-psychologique, la quatrième éducatrice spécialisée, avant de se lancer dans ce projet fou de monter ensemble une MAM. « C’est un projet qui me tenait à cœur depuis longtemps, confie Hélène, l'une des co-fondatrices et déjà maman de trois enfants. J’avais envie de travailler avec des tout-petits, de les accueillir dans la continuité des parents, d’accompagner leurs apprentissages, les voir évoluer, grandir… ». Se consacrer à la petite enfance donc mais en gardant cet attachement fort à l’ouverture à la différence, pour intégrer ces enfants à spécificités, leur offrir un accueil de qualité, soutenir les familles et défendre des valeurs qui leurs sont chères : Au pays des lucioles, on prend connaissance et on valide le projet d’établissement, basé sur la tolérance et le vivre ensemble, avant même de venir visiter les locaux ! C’est donc avec une rassurante double casquette, de spécialiste du handicap et d’assistante-maternelle, que ces quatre jeunes femmes font aujourd’hui vivre leur structure. « Notre local ne nous permet pas d’accueillir des enfants souffrant d’un handicap moteur, mais nous accueillons volontiers les enfants atteints de troubles neuro-développementaux, de troubles du spectre autistique, de déficience intellectuelle, de maladies génétiques et autres spécificités » précise Hélène. 

Un long parcours qui porte ses fruits 
Il leur aura fallu deux ans de patience et d’efforts pour arriver à leurs fins : l’écriture du projet puis la recherche d’un local répondant aux contraintes imposées et enfin la formation d’assistante maternelle. A chaque étape, elles ont été accompagnées par une infirmière-puéricultrice du Département, spécialisée dans l’accompagnement des MAM. Une figure rassurante qui a pu valider leur projet, leur local, leur faire passer leurs entretiens individuels… Mais ces deux ans de préparation n’ont pas été vains, ils leur ont permis d’apprendre à mieux se connaître, d’échanger énormément avant de commencer à travailler ensemble. Avec le recul, c’était essentiel ! Si la formation d’assistante maternelle en tant que telle arrive tard dans le processus, chacune avait pris soin de visiter une MAM et de se frotter aux réalités du métier avant d’amorcer ce changement de vie. 

Un engagement financier non négligeable 
La question financière est toujours délicate lorsqu’on évoque des projets de MAM. « C’est compliqué et très mal fichu, regrette Hélène. On est obligées d’avoir des loyers à vide, le temps de monter l’ERP, de valider et d’aller en formation. Ca nous met en difficulté car on est dans une période d’entre-deux où l’on n’a plus de revenus. Nous avons choisi de contracter un prêt pour assumer les loyers et les travaux. Nous avons également eu la chance d’obtenir une subvention d’un gros groupe privé, pour laquelle nous avions monté un dossier, ce qui nous a permis de nous équiper en matériel spécifique : structures de motricité, poussettes etc. » L’équipe a également fait un appel aux dons, et a ainsi récupéré beaucoup de jouets, vêtements, gigoteuses, indispensables au bon fonctionnement de la structure. Mais sans l’investissement et le soutien de leurs familles, notamment pour les travaux, rien n’aurait été possible ! 

En équipe, trouver le bon équilibre 
Depuis l’ouverture de la MAM, qui fonctionne en délégation d’accueil, l’équipe a du faire preuve de souplesse pour ajuster son mode de fonctionnement et trouver son équilibre. Si au départ elles pensaient s’organiser en fonction des âges, les quatre assistantes maternelles se sont vite rendu compte que ce serait compliqué, même pour les enfants, et qu’il valait mieux que chacune s’occupe tout particulièrement des quatre enfants dont elle est référente : « les enfants ont ainsi plus de repères, c’est plus fluide pour eux et pour nous, même au niveau des transmissions avec la famille », admet Hélène. Au pays des lucioles, il faut aussi jongler avec les spécificités de chacun. Il y a un espace Snoezelen qui peut être un espace refuge, lorsqu’un enfant supporte mal l’agitation des autres enfants et ressent le besoin de s’isoler un peu ; il y a même des casques anti-bruit qui peuvent être utiles aux enfants qui supportent mal le niveau sonore notamment au moment de l’installation des repas. Et puis « si dès le départ les enfants grandissent au contact d’enfants avec des particularités, vivre avec des enfants différents deviendra la normalité !  On a tous nos spécificités mais on accepte l’autre comme il est et on vit ensemble… Mais nous n’avons pas d’enfants avec des troubles trop envahissants car nous n’avons pas encore eu de demande, et on veille à garder une certaine cohérence dans le groupe pour que tout le monde soit bien. » Alors bien sûr, Hélène et ses collègues sont beaucoup dans le dialogue, dans la bienveillance et l’exemple pour transmettre ces valeurs aux enfants.  

Une MAM résolument tournée vers l’extérieur 
Dynamiques, les assistantes maternelles du pays des lucioles ne manquent pas une occasion de sortir leurs petits protégés, à la découverte du monde qui les entoure. Chaque jeudi matin, lorsque le temps et la saison le permettent, c’est cueillette pour découvrir les fruits et légumes de saison, faire les petites courses à la boutique pour le goûter : les œufs, la farine, les jus de fruits… « On fait beaucoup de pâtisserie pour préparer les goûters, on transforme les produits que l’on a cueillis et achetés ensemble le matin même, c’est super avec les enfants ! On se balade avec deux poussettes quatre places, une poussette double, on fait aussi du portage… »  Avec les beaux jours, il y aura aussi les pique-niques et cet hiver la médiathèque. Hélène a également tissé un partenariat avec un EAP voisin. Trois enfants porteurs de handicap viendront  bientôt animer des comptines signées pour les petits. Et prochainement des adultes, également handicapés, viendront construire des jardinières pour faire un potager sur la terrasse pendant que les enfants de la MAM prépareront des gâteaux à partager tous ensemble pour le goûter… Au pays des lucioles, les idées ne manquent pas !  
Article rédigé par : Laurence Yème
Publié le 18 mai 2022
Mis à jour le 18 mai 2022