Crechappy : l’anglais pour les tout-petits

En l’espace de 4 ans, Bénédicte Delouvrié a ouvert 3 crèches bilingues à Lille. Crechappy s’est donné pour mission d’immerger les enfants dans deux langues : l’anglais et le français. Le tout de façon naturelle et sans aucune pression. Découverte.
Une ouverture facile
Bénédicte Delouvrié travaille en Angleterre dans l’univers pharmaceutique. Maman d’une petite fille de 18 mois, elle la confie à une crèche anglaise pendant près d’un an et demi. « Ma fille a très vite parlé anglais. J’ai trouvé ça magique », témoigne- t-elle. Elle commence alors à penser à des structures bilingues, à éventuellement monter un projet. Une idée germe : « c’était là dans ma tête, un peu comme une idée de reconversion ».
En 2012, alors qu’elle est revenue en France, le centre de recherche dans lequel elle travaille ferme. Sans plus attendre, Bénédicte s’inscrit à HEC pour y suivre un executive MBA. Nous sommes en 2013. Une décision qui porte ses fruits puisqu’un an plus tard, la première Crechappy voit le jour !
Bénédicte n’est pas du genre à s’attarder sur les choses. Quand elle a une idée en tête, elle s’y tient. Elle avance alors sur tous les fronts en même temps : banque, PMI, bailleur, recrutement de l’équipe… « Entre le moment où j’ai trouvé le local et l’ouverture de la crèche, il s’est passé 10 mois », annonce-t-elle. Alors qu’il se passe généralement entre 12 et 18 mois.

Recruter un personnel bilingue : pas si simple !
« Pour travailler en micro-crèche, il y a deux conditions : avoir un diplôme dans la petite enfance et deux ans d’expérience à temps plein avec des enfants de moins de 3 ans », explique-t-elle. Mais dans une crèche bilingue, il y a une troisième condition : trouver des personnes qui maitrisent l’anglais. « J’ai très vite compris que ce serait compliqué de réunir tous ces critères », raconte Bénédicte. Elle reçoit des candidatures de personnes bilingues qui n’ont pas le diplôme. Quand elles possèdent le diplôme, elles n’ont pas l’expérience… Bénédicte a un conseil à donner à toutes les personnes étrangères qui souhaitent travailler dans la petite enfance : « Quand on cherche à recruter des natifs avec un diplôme étranger, il faut faire la démarche auprès de l’ENIC NARIC. La personne envoie son diplôme à cet organisme qui donne l’équivalence, et explique à quel niveau d’études se rattache le diplôme », explique-t-elle. Si tous les candidats arrivent avec leur CV et l’équivalence de leur diplôme, c’est très précieux pour le recruteur. Et cela facilite grandement leur embauche !
Bénédicte fait ces démarches de son côté pour certaines de ses employées et met sur pied une équipe de 3 personnes bilingues pour sa première crèche dont une native. Crechappy peut ouvrir !

L’anglais en immersion et sans pression
Son idée : immerger les enfants dès le plus jeune âge dans un bain de langage anglophone. « Je me suis dit : en micro-crèche, on marche beaucoup par binôme donc je vais mettre une personne qui parle Français avec une autre qui parle Anglais. », raconte-t-elle. Tout cela, sans aucune pression pour les enfants. Le but n’est pas d’en faire des petits génies bilingues. Il s’agit juste de les éveiller à cette langue au plus tôt. « Le travail des professionnels de ma crèche, c’est de leur faire absorber les deux langues en quantité identique, sans attente de résultat » poursuit-elle. Ainsi, l’anglais est omniprésent. Pas de temps spécifique réservé à l’apprentissage de cette langue. Nous ne sommes pas à l’école ! « Le matin, lors du regroupement, nous chantons dans les deux langues. Les enfants tirent une carte avec une image dessus qui désigne la comptine. Et on la chante dans les deux langues. Dans une autre crèche, nous avons deux sacs : l’un avec des images de chansons en Français, l’autre en Anglais. Le simple fait de piocher dans un sac ou l’autre permet aux enfants de faire un choix » détaille Bénédicte. Elle raconte d’ailleurs qu’il n’est pas rare de les voir, dans la journée, fredonner un air avec des mots qui ne sont pas issus de leur langue maternelle. « C’est comme ça qu’on réalise que la langue commence à rentrer », témoigne-t-elle.

Une intégration de la langue rapide
Parce que les enfants sont toute la journée exposés à l’anglais, ils le comprennent rapidement. « Quand on dit aux enfants de venir au lavabo et de remonter leurs manches, en anglais, la première fois, ils ne comprennent pas. On accompagne alors nos mots avec des gestes, et on leur re-dit en anglais ce qu’on est en train de faire. 15 jours plus tard, vous n’avez plus besoin de faire les gestes ! Ils comprennent » s’exclame-t-elle.
La phase de compréhension est rapide, l’oralisation, quant à elle, est différente. Ils ne vont pas faire de phrases en anglais mais ils vont verbaliser des mots isolés en disant par exemple « il y a un dog dans la rue », « je voudrais manger une apple », etc…
Ce qui est amusant également, c’est qu’ils peuvent parler en français en employant une grammaire anglaise ce qui peut donner : « Ma préférée couleur, c’est le purple ».
Quand vient l’explosion du langage, vers 2 ans, c’est la langue maternelle qui prend le dessus. Les enfants vont alors se mettre à parler beaucoup en Français. Et les enfants anglophones, quant à eux, en Anglais. « Voilà pourquoi il est intéressant d’avoir des familles anglophones dans la crèche », rappelle Bénédicte. (ndlr : ils représentent 20% des effectifs aujourd’hui)
« En sortant de Crechappy, les enfants comprennent absolument tout » témoigne Bénédicte. Son seul regret : que cet apprentissage prenne fin dès l’entrée en maternelle. Il faudrait maintenir cette immersion en maternelle pour leur permettre d’arriver au stade où ils vont parler les deux langues. Souvent, ils perdent beaucoup une fois entrés dans le système scolaire. Voilà pourquoi Bénédicte oriente désormais ses futurs projets professionnels vers des écoles bilingues. Affaire à suivre !
Article rédigé par : Laure Marchal
Publié le 22 février 2018
Mis à jour le 22 février 2018