Psycho-pédagogie

Des chiens à la crèche !

Jamais on aurait cru cela possible, et pourtant ! Dans une petite commune du Finistère, une crèche a osé un pari fou : proposer un atelier de psychomotricité avec des chiens. Qui est devenu, au fil du temps, bien plus que cela. Zoom sur cette initiative étonnante.
Un fait divers à l’origine de cette initiative
Rien ne prédestinait la crèche de Plonéour-Lanvern à accueillir des chiens. Jusqu’à ce qu’un faisceau d’événements donne envie à la directrice, Mylène Le Berre, de monter un atelier « canins ». Tout commence il y a 3 ans par un accident grave survenu dans la commune : une fillette a sévèrement été mordue par un chien. Et cela a bouleversé tous les habitants. Dans le même temps, Mylène avait entamé une réflexion avec Claire, la psychomotricienne qui passait un diplôme universitaire de médiation animale. Dans le cadre de ses activités libérales, Claire travaillait en effet avec des chevaux. « Mais c’était assez difficile de les transposer à la crèche », précise la directrice. On ne dira pas le contraire. Elles discutent alors ensemble de ce fait divers et aboutissent à la réflexion suivante : c’est à cause d’une méconnaissance de ce qu’on peut faire avec un animal ou pas que les morsures surviennent. L’idée de proposer un atelier aux enfants dans lequel on donne toutes les clés pour bien se comporter avec un chien (et éviter d’être mordu), leur vient alors naturellement. En réalisant des petits sondages auprès des parents, les professionnelles de la petite enfance s’aperçoivent d’ailleurs qu’il y a beaucoup de situations à risque : « on laisse l’enfant aller dans le panier car on trouve cela mignon, on le laisse tirer les poils, jouer avec la nourriture du chien… » témoigne Mylène. Cela finit de les conforter dans leur idée.

Les plus difficiles à convaincre : les parents
Une fois l’idée en tête, Mylène et Claire affinent le projet. Un élément de taille les attend : convaincre. Convaincre les parents, les élus, la PMI… Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, tout ce petit monde se laisse séduire. La raison ? La confiance qu’ont ces personnes en l’équipe. Les élus connaissent bien les membres de la crèche tout autant que la puéricultrice de la PMI. Elle ne donnera cependant pas son accord mais ne s’opposera pas non plus à l’ouverture de cet atelier. Seule condition : la directrice engage sa responsabilité. « Les personnes les plus difficiles à convaincre ont finalement été les parents » s’amuse Mylène. Alors pour les rassurer, cette directrice aussi dynamique que déterminée les convie à des réunions en présence des chiens. Et la magie opère. « Mêmes les parents qui avaient peur des chiens sont convaincus et réalisent qu’ils ne souhaitent pas transmettre cette peur à leurs enfants. » Le projet voit donc le jour en 2014, soit plus d’un an après avoir eu l’idée. Mais cela ne serait pas possible partout prévient Mylène. « Nous avons une salle attenante à la crèche qui permet d’accueillir les chiens. C ‘est d’ailleurs l’une des raison qui a fait que le projet a pu se mettre en place. » Les enfants qui ne souhaitent pas être en contact avec les chiens ne le voient même pas. Et côté hygiène, cette salle facilite tout puisque les chiens ne traversent jamais la salle de vie de la crèche. « Ils sont brossés, nettoyés avant même d’entrer dans la pièce. Et dès que les enfants sont partis tout le matériel est nettoyé et désinfecté » précise Mylène. L’autre point qui rend cet atelier possible : le diplôme de médiation animale détenu par la psychomotricienne. « Ses chiens sont extrêmement bien élevés, ce qui fait que nous travaillons dans une grande confiance avec eux » insiste la directrice.
 
Un atelier canin pour explorer les émotions
Voilà maintenant 3 ans que Dune et Garenn, les bergers shetland de Claire,  viennent s’amuser à la crèche. Seuls les enfants qui ont envie de jouer avec les chiens participent. « L’atelier est proposé, jamais imposé, » explique la directrice. Pendant 1 heure 30, la psychomotricienne accueille les enfants par petits groupes de 4 ou 5. Ils vivent alors un tas d’expériences pendant 20/25 minutes. « Nous suivons les désirs des enfants, témoigne Mylène. S’ils ont envie de sauter, rouler, courir, on le fait ! ». Avec les chiens bien entendu. Dune passe dans un tunnel ou saute dans un cerceau et les enfants font comme lui. « Même ceux qui n’osent pas au départ,  se laissent aller à ce jeu car ils ont envie de « faire comme » le chien », explique la directrice. Les petits affrontent alors leurs appréhensions.
Alors qu’ils n’avaient au départ qu’une visée pédagogique (éviter de se faire mordre par un chien), Mylène s’aperçoit que ces ateliers prennent de plus en plus d’ampleur car ils permettent d’explorer un tas de choses. Et notamment les émotions. « On arrive très facilement à faire des parallèles avec ce qui arrive aux chiens et dans la vie des petits », développe la directrice. Un chien qui a une patte blessé donnera lieu à une discussion sur un bobo, une hospitalisation d’un enfant ou d’un parent… Les enfants peuvent alors exprimer leurs émotions. Et s’il y a expression, il y a langage. Et c’est un autre atelier qui prend forme !

Jouer avec les chiens pour apprendre les règles de la vie en collectivité
Mais ce que les chiens apportent le plus aux enfants, c’est l’apprentissage du « bien vivre ensemble ; de l’acceptation de la différence », explique la directrice. Le respect des autres est une notion que les petits acquièrent et comprennent grâce à cet atelier. « Les enfants font naturellement le lien entre ce qu’ils ont le droit de faire avec les chiens et les autres enfants. Est-ce que j’ai le droit de l’embêter quand il mange ? Non. Est ce que moi j’aimerais bien qu’on me tire les cheveux quand je prends mon repas ? Non plus, » raconte Mylène. Tout ce qui est appris en atelier peut être répercuté sur les moments de vie à la crèche. « Même quand on donne un biberon à un tout-petit, un enfant va nous dire « chut, il ne faut pas le déranger », détaille Mylène. Ces ateliers canins sont alors une aide incroyable à la vie en collectivité. Qui l’aurait cru ?




 

 
Article rédigé par : Laure Marchal
Modifié le 20 mai 2017