Psycho-pédagogie

La crèche où les enfants expriment leurs émotions par l’art

Argile, peinture, collage… Les enfants de la crèche 1, 2, 3 Soleil (Association Crescendo) ont un grand choix d’expériences artistiques. Un seul but : leur permettre de déposer leurs émotions. C’est le projet pédagogique élaboré il y a 5 ans par la directrice Magali Rozieres, une maman de deux enfants qui a étudié l’art.
A la crèche 1, 2, 3 Soleil, on est accueilli par des animaux en cartons et de grandes peintures qui sèchent suspendues le long des murs. Dans l’entrée, des dessins courent sur un mur en plexiglas. A l’intérieur des deux salles principales qui constituent la crèche, des murs d’ardoise aimantés sont ornés de divers objets. Dans le couloir, des enfants protégés par des blouses enfouissent leurs petites mains dans de l’argile, sous le regard attentif d’une professionnelle. L’art imprègne les lieux. Pas étonnant quand on connaît le parcours artistique de la directrice de la structure.

Une passion au service des enfants
Ce projet d’art à la crèche c’est elle, Magali Rozieres. Sa licence d’histoire de l’art en poche, elle décide de se tourner vers un autre milieu, la santé. Elle devient infirmière à domicile, puis l’occasion se présente de suivre une formation d’art thérapie. Pas totalement convaincue par le métier, elle choisit la santé publique et travaille comme infirmière de crèche dans 3 structures, avant de prendre la direction de l’une d’elles il y a 5 ans : 1, 2, 3 Soleil. Elle refonde alors le programme pédagogique, élaboré en trois points : le décloisonnement de l’espace et les âges mélangés, la place du parent, l’expression consciente et inconsciente de l’enfant. C’est ici que l’art entre en jeu : l’équipe veut permettre aux enfants d’exprimer et de comprendre leurs émotions par le biais de la matière.

Pas d’art thérapie, plutôt de la prévention
D’après ses expériences en crèche et ce qu’elle a observé en y emmenant ses propres enfants, elle constate que les petits manquent de liberté dans les activités manuelles, trop scolaires et peu favorables à la libre expression. « On s’en sert simplement pour occuper les enfants. Mais on ne se rend pas compte que la matière a une vraie puissance, elle permet d’extérioriser ses émotions. Surtout que quand on est petit, on ne comprend pas toujours pourquoi on est triste, énervé, en colère, ou même heureux… » Elle regrette aussi que la créativité des enfants ne soit pas plus encouragée en grandissant. C’est donc naturellement qu’elle a mis ce projet en place dans sa crèche : laisser les enfants utiliser librement la matière. Sans nécessairement créer quelque chose, juste pour les sensations.

A chaque matière son bienfait
Une des activités les plus emblématiques de la crèche est l’argile : « une matière primaire, archaïque, un retour aux origines. C’est simplement pour les enfants le plaisir de toucher, malaxer ». S’ils préfèrent ne pas mettre les mains dedans, ils peuvent utiliser des accessoires, comme pour la peinture et la pâte à modeler. Ils ont à disposition de la colle à papier peint pour fabriquer des volumes. « Le coller-décoller paraît tout bête, mais c’est plus qu’un mouvement. C’est une sorte de coucou-caché, on peut imaginer que l’enfant rejoue la séparation. Il permet aussi à l’enfant de maîtriser quelque chose ou encore de revenir en arrière : l’idée d’un aller-retour ». Avec les crayons et les stylos, les enfants expérimentent plutôt la motricité fine : le trait est précis et attire le regard. La crèche propose aussi des ateliers cuisine, des clips de danse et des jeux d’eau. Très intéressants pour Magali Rozières puisqu’ils « permettent aux enfants de rentrer à l’intérieur d’eux-mêmes et de calmer leurs pulsions car ils sont portés par le mouvement de l’eau ». Autre particularité de la crèche : des livres et des magazines sur l’art à disposition de tous.

Projet d’équipe
Ces séances artistiques ne sont pas instaurées au hasard. Chaque professionnelle dirige 2 ateliers par semaine, toujours le même jour et à la même heure. Au début de l’année, elle en présente le cadre - heure, jour, nombre d’enfants, disposition, matière - et la manière dont elle le fera évoluer. « Le but n’est jamais esthétique, c’est purement le moment qui compte », précise Magali Rozières. Les professionnelles n’indiquent pas ce que les enfants doivent réaliser et ne commentent pas ce qu’ils produisent : l’idée est de proposer un moment particulier à l’enfant et observer ce que ça lui apporte. Mais comme elle l’explique, l’enfant peut y participer par procuration s’il ne se sent pas en confiance : sous ses yeux, l’adulte entreprend à sa place. « Le libre arbitre des enfants est indispensable. » Ces activités mettent aussi en valeur les professionnelles qui choisissent de diriger celles où elles sont le plus à l’aise. Selon la directrice, ce type d’ateliers n’est pas souvent établi dans les crèches par peur du débordement. « C’est faisable, cela demande juste de bien anticiper et de s’organiser ».

Les parents impliqués
Ce projet pédagogique ne reçoit que des retours positifs de la part des parents, contents de ce que leurs enfants sont amenés à réaliser et à exprimer. Cela leur donne aussi des idées à reproduire chez eux. Les parents sont eux-mêmes impliqués tout au long de l’année dans les projets artistiques de la crèche. Pour le Carnaval annuel mais surtout avec un atelier qui réunit parents et enfants une fois par mois. « La dernière fois, nous avons placé une installation mobile en bois dans la cour où tout le monde pouvait accrocher quelque chose. Chaque jour, un parent avec son enfant amenait une nouveauté. A la fin, c’était une structure énorme ». Et tous les ans, la crèche est métamorphosée suivant un thème : le trait, le noir et le blanc, l’artiste japonaise Kusama… Graphisme et sensorialité sont au cœur de cette « journée extraordinaire ». A la crèche 1, 2, 3 Soleil l’art est donc un vecteur de communication des émotions, pour le trio parent-enfant-professionnel entier.
Article rédigé par : Armelle Bérard Bergery
Modifié le 11 avril 2017