Psycho-pédagogie

Les Souriceaux : une crèche bien-traitante et ouverte au monde

Les Souriceaux, à Villeneuve d’Ascq, était une petite crèche associative de 25 berceaux sans histoires. Tranquille. Elle ronronnait même un peu.  C’était sans compter avec son nouveau directeur, un  jeune homme de 30 ans plein d’entrain, d’envie et d’enthousiasme. Cet ancien étudiant en génie électrique,devenu EJE a initié de jolis projets aux Souriceaux. Et entraîne avec lui l’équipe, les parents et même les pros alentours.
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Jérôme Dumortier a eu un parcours peu banal. Et cela explique en partie sa façon d’exercer ses fonctions et les ambitions qu’il nourrit pour sa crèche et la petite enfance en général. Titulaire d’un DUT  électronique « pour faire comme les copains », il rentre grâce à son bac +2  directement en 3 ème année de Sciences de l’éducation à la fac. Il faut dire qu’il avait un passé d’animateur et de directeur de colo. Mais cette année de licence (qu'il valide) est pour lui une solution d’attente. Ce qu’il veut être c’est éducateur de jeunes enfants. Pendant sa formation commencée en 2007, il fait des stages en crèches, en foyer et dans un service d’éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD). « Fort de cette expérience, je me suis promis qu’en début de carrière je travaillerai dans les trois types de structure ». Ce qu’il fait.

Les  fermetures-ménages se transforment en journées pédagogiques
Après un an en foyer de l’enfance, il arrive tout jeune EJE aux Souriceaux à l’été 2011. Il est bien sûr le seul homme. Mais aussi le seul EJE. Les Souriceaux, à cette époque « est un mode de garde assez conventionnel, sans projet pédagogique et avec une équipe en poste depuis longtemps » dit-il. Et de poursuivre « Quand je suis arrivé, j’ai observé et essayé de comprendre l'histoire de la structure. A l’époque la crèche fermait deux journées par an pour du grand ménage. Je les ai transformées en journées pédagogiques. La directrice m’a laissé carte blanche pour les organiser. Et on a commencé à réfléchir sur nos pratiques ». Il met en place une réunion d’équipe par mois. L’occasion de travailler sur les attitudes professionnelles à avoir, sur la façon d’être dans la relation plutôt que dans le faire pour faire. « On a ritualisé la journée, travaillé sur l’accueil, le temps des repas…. » se souvient Jérôme Dumortier

La bien-traitance au cœur du projet éducatif
En 2013, fidèle à ce qu’il souhaitait  il demande un temps partiel pour pouvoir exercer 14 heures au SESSAD de Lille après de jeunes enfants porteurs de trisomie 21. Mais quelques mois après, la directrice  des Souriceaux part en congé de maternité et on lui confie l’intérim de la direction. C’est durant cet intérim que l’impensable, l’inadmissible se produit : une professionnelle donne une fessée à un enfant. Gros remous dans et hors la crèche. « A juste titre » précise Jérôme Dumortier.
La professionnelle  concernée, vu les circonstances est mise à pied, et finalement licenciée pour faute grave. L’équipe, traumatisée prend conscience d’un certain nombre de choses. Et il est décidé de bâtir un projet éducatif fort autour de la bien-traitance. Les pros des Souriceaux ont donc mis par écrit ce qu’est la bien-traitance envers les enfants et les professionnels.   « Avec une idée forte : accompagner l’enfant comme on aurait aimé l’être lorsqu’on était soi même enfant » résume son directeur.  Car Jerôme Demortier est désormais le directeur de plein droit et à temps plein de la crèche. Toute l’équipe, en partie renouvelée, s’est soudée autour de ce projet. Elle réfléchit et s’interroge sur tout ce qui est bien-traitant pour l’enfant dans la vie quotidienne : adaptation, repas, siestes etc. Tout est défini et établi dans la plus grande transparence pour que les parents aussi soient impliqués. « On dit tout, on explique tout » résume encore Jérôme Dumortier.
La crèche a un blog « Les Souriceaux » consultable par tous.  On y parle de tous les projets et événements car la crèche se veut un lieu ouvert, d’échanges et de partages.

Des séances de ciné et un apéro pour les pros !
L’année dernière l’association « Les Souriceaux »  a fêté ses 20 ans , cela a permis à la crèche de se faire connaître dans le monde la Petite Enfance. Et elle le mérite bien ! Car elle se donne du mal pour organiser des rendez-vous , créer du lien avec les parents bien sûr mais pas seulement. Il y a des ateliers-rencontres avec les parents. Classique. Il y a les jeudis du partage. Beaucoup plus innovant. Il s’agit de petites séances de cinéma organisées au sein de la crèche. C’est limité à 50 personnes et le film projeté – en général sur le thème de l’enfance ou de l’éducation – est suivi d’un débat avec le public. Les spectateurs –invités ne sont pas que des parents de la crèche. « C’est ouvert à tout le monde précise Jérôme Demortier. Et plutôt fier, il poursuit : « nous avons programmé « L’ Odyssée de l’Empathie » de Michel Meignant, « Amours et chatiements » par exemple. Et surtout tient-il à ajouter pour les personnes intimidées par une prise de parole en public, la séance se clôture par un pot  convivial pour que ceux qui sont plus à l’aise en petit comité puissent s’exprimer ». Ces jeudis du partage sont organisés tous les deux mois et connaissent un vif succès. « Depuis ce projet, l’ambiance est profondément modifiée à la crèche .Les relations sont différentes. Les parents rentrent dans la crèche. C’est bien, c’est mieux pour les enfants, l’équipe et les parents »se réjouit l’ instigateur de ces changements.
Enfin, Jérôme Dumortier a initié « l’apéro des pros ». Un projet tout neuf qui n'a pas encore donné toute sa mesure. Il s’agit de réunir tous  les professionnels de la petite enfance de l’agglomération lilloise,  pour parler boulot sans façon. Pas de thème précis, juste des échanges spontanés sur leur vécu professionnel. Tous les derniers vendredis du mois, selon le principe de l’auberge espagnole, dans les locaux de la crèche  c’est donc « l’apéro des pros ».
Voilà comment en moins de 5 ans, une petite crèche un peu endormie , et enfermée dans une confortable routine, est sortie de sa coquille. Pour le bonheur et le bien-être de tous.

 
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Modifié le 28 septembre 2016