Wild Child : une micro-crèche hors les murs

Wild Child est une micro-crèche centrée sur la nature. Mais c’est surtout un concept, une philosophie, une conviction. Celle de sa créatrice Charline Cachat qui aspire à ne pas laisser à l'intérieur les enfants accueillis toute la journée. Découverte de cette structure d’inspiration scandinave à Magland en Haute-Savoie (74).
 
Ancienne infirmière en oncologie, Charline Cachat a baroudé dans le monde entier avant de revenir en France pour devenir infirmière en PMI. Un temps directrice d’une structure d'accueil de 34 places pour un grand réseau de crèches, elle a déjà en tête de monter une micro-crèche qui lui corresponde. Et c’est à presque 30 ans qu’elle réalise enfin ce projet : créer sa propre structure « au plus près de la nature ».

Cette maman de trois jeunes enfants,  éco-responsable tient à ce que sa micro-crèche soit tournée vers l’extérieur car l’enfant « est en pleine motricité, a besoin de bouger, d’être en liberté de ses mouvements et en autonomie un maximum de temps ». Elle décide alors de concrétiser ce qu’elle recherche en se lançant dans l’aventure « Wild child » ! Un projet novateur qui incarne aujourd’hui « la crèche de ses rêves » : une micro-crèche où l’enfant a un accès constant au dehors et où il réalise de nombreuses activités grâce à la nature.

Un prêt d’honneur et une mairie enthousiaste
Pour concrétiser ce qu’elle appelle un « investissement d’une vie », Charline, accompagnée par le réseau « Entreprendre », reçoit un prêt d’honneur de 20 000 euros à taux zéro qui lui ouvre la porte des banques. Elle entreprend alors des études de besoins dans différentes régions et s’arrête sur la Haute-Savoie, où la ville de Magland ne dispose d’aucune crèche face à une très forte demande des familles. Autant se dire que la mairie de la ville est ravie, à tel point qu’elle lui met à disposition (contre un loyer) un vieux logement de fonction attenant à une école maternelle.
Les travaux sont conséquents mais le jardin de 240m2 et son préau séduisent Charline. Elle finit par inaugurer au mois d’avril sa micro-crèche où l’on peut découvrir un poulailler, un potager et un compost.

Une équipe en adéquation avec le projet pédagogique
Même si Charline reçoit énormément de candidatures, elle finit par arrêter son choix sur 4 femmes qui se complètent très bien (3 en temps plein, une à 80%). La moyenne d’âge est de trente ans mais, la doyenne a, elle, une cinquantaine d’années. L’équipe est donc composée de deux auxiliaires de Puériculture et deux titulaires d’un CAP petite enfance. La question qu’elle pose en entretien est simple et claire « Qu’est-ce que vous avez toujours voulu mettre en place en crèche sans avoir pu le faire ? ». Les similitudes sur les sorties pédagogiques à la ferme ou encore la création d’un potager fusent. Elle confie d’ailleurs que la micro-crèche « attire les candidatures car elle est plus familiale, et le projet est quand même particulier ! ».

Charline les forme, notamment à la permaculture, mais laisse aussi la place aux initiatives. Pour le ménage, elle tient à une éco-responsabilité et leur propose des produits nettoyants au vinaigre de vin blanc, savon noir et nettoyant à vapeur. Elle a également tenu à ce qu’elles soient toujours deux d’ouverture et de fermeture pour des mesures de sécurité mais surtout pour éviter la pression d’être seule à bord. Elle s’est aussi arrangée pour les faire travailler quatre jours par semaine.
« Je tiens à une vraie qualité de vie au travail, si une équipe est bien, les enfants le seront aussi ! » assure-t-elle.
C’est donc une équipe de choc qui officie auprès de dix enfants âgés de 4 mois à 4 ans. Au total, une vingtaine de familles s’est inscrite.

La nature au plus près des enfants
L’idée pour Charline, c’est de faire entrer la nature dans la crèche. Les enfants y étudient les écorces, la mousse, la terre, le bois et s’en servent pour des activités et modules de construction. Chez « Wild child », pas d’écran, que des jeux en bois et le jardin pour terrain de jeux. Pour permettre aux enfants d’avoir la nature à portée de mains, Charline a investi dans des combinaisons pour la pluie et les l’hiver. Utiles pour les enfants qui ne marchent pas encore ! Elle leur a d’ailleurs fait construire une rampe en bois pour faciliter leurs déplacements.
Il n’y a pas de journée type dans cette micro-crèche, d’ailleurs Charline n’aime pas imposer des horaires trop stricts à son équipe. « Autant les repas sont plutôt fixes, autant les heures des siestes varient en fonction des enfants. Je veux éviter la routine, même pour l’équipe ! » Seules contraintes : la météo et l’envie des enfants !

Chaque jour, les enfants vont nourrir les poules avec les déchets de leurs propres repas qu’ils prennent d’ailleurs dehors. Ils ramassent les œufs dans le poulailler puis font de même avec le potager. En fonction des récoltes, ils peuvent même ramener le soir des œufs et des légumes, l’occasion de rayonner de fierté à la maison !
« On se base sur la météo et les saisons pour les sorties et les balades, mais il est rare que les enfants n’aient pas un seul moment dehors, d’ailleurs quand c’est le cas, on le ressent toutes ! » reconnait Charline.

Pour l’intérieur, tout est axé sur la pièce de vie pour que l’équipe ait une visibilité constante sur les enfants. La chambre bébés possède des lits au sol « Je suis contre les lits à barreaux ou les transats ! » précise-t-elle.  Chez les grands, c’est pareil, des lits au sol. Mais pour eux, Charline pratique la méthode « snoezelen » : la chambre est constamment ouverte et multi sensorielle (gros rideau lumineux à led, dalles sensorielles, musique diffuse et coussins sensoriels et olfactifs fabriqués par l’équipe). Elle leur permet d’être une échappatoire mais aussi un espace moteur malgré les lumières tamisées.
Pourtant dès qu’il fait beau, les enfants préfèrent les hamacs à l’extérieur pour leurs siestes. Tant et si bien que plusieurs parents envisagent d’investir dans des hamacs chez eux car leurs enfants les réclament sans cesse !

Des parents conquis
Il n’y a pas que les enfants pour être heureux chez « Wild child », les parents eux-aussi sont ravis ! Charline reçoit de nombreux messages de parents enthousiastes qui entendent les récits enjoués de leurs petits.
« Cet été, nous avons fait naître des poussins, ce qui a donné envie aux parents d’entrer dans la crèche pour venir les voir. Nous essayons de les inclure au maximum. » explique-t-elle.

Parmi les enfants, Charline accueille un petit garçon de deux ans en situation de handicap. Ce dernier, selon sa maman, a beaucoup avancé  au niveau moteur en quelques mois chez « Wild child ». Il profite en effet d’un accès complet au dehors grâce à la rampe en bois et ne salie pas ses vêtements, emmitouflé dans sa petite combinaison. Pour elle, c’est aussi l’un des bienfaits de la motricité libre, la libre circulation et surtout l’inter-âges qui est stimulant pour tous les enfants.
« C’est extrêmement gratifiant car on constate tous une énorme évolution. Il rampait au début et maintenant il se hisse et se met debout seul ! » raconte Charline avec enthousiasme.

Un bel avenir pour Wild child
Mais Charline ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, elle a déjà acheté un nouveau bâtiment à Servoz, toujours en Haute-Savoie. Fin 2020, elle compte ouvrir sa seconde micro-crèche « Wild child ».
Comme elle reçoit beaucoup de questions de la part de professionnels de la petite enfance qui envisagent de faire des structures similaires, elle aimerait les accompagner au mieux et leur expliquer le protocole. Franchiser en quelque sorte. Pour se faire, elle a même récemment fait déposer sa marque « Wild Child ». Mais son rêve ne s’arrête pas là :
« J’aimerais prouver qu’en ville, on peut avoir un vrai espace nature. Je sais que c’est possible et je le ferai. »

Et on veut bien la croire !
 
Publié le 08 novembre 2019
Mis à jour le 12 novembre 2019