Les jardins d’enfants en grève le jeudi 13 juin

Demain jeudi 13 juin, tous les jardins d’enfants seront en grève. Ils entendent ainsi faire pression sur les parlementaires qui se réuniront en commission mixte paritaire pour trouver un accord sur le projet de loi pour une école de la confiance. Leur avenir se joue en quelque sorte dans cette commission. D’où ce mouvement de grève à l’appel de la toute jeune Fédération nationale des jardins d’enfants et du syndicat FO en ce qui concerne les jardins d’enfants pédagogiques de la Ville de Paris, les seuls à avoir un statut non pas associatif mais municipal.

Menacés par l’abaissement à 3 ans de l’instruction obligatoire
Rappelons que les jardins d’enfants accueillant les enfants de 2 à 6 ans, sont une alternative à l’école maternelle. Ce sont des lieux dirigés et animés par des professionnels de la petite enfance, des EJE principalement, très inclusifs et aux pédagogies innovantes. Ils suivent les programmes de l’école maternelle mais les appliquent avec leurs méthodes et les enfants qui ensuite intègrent le CP ne rencontrent pas de difficultés. Au contraire. Ces structures accueillent actuellement la France 10 000 enfants. Principalement à Paris, en Alsace et à La Réunion. Soutenues par les familles, elles sont néanmoins menacées par l’abaissement à 3 ans de l’instruction obligatoire, mesure phare du projet de loi pour une école de la confiance.

Sénateurs et députés : pas d’accord
Le projet de loi, silencieux sur les jardins d’enfants, de fait les condamnait à disparaitre. Lors de la discussion à l’Assemblée nationale, un amendement voté de justesse leur offrait un sursis :  à titre dérogatoire, ils étaient maintenus pendant deux ans. Deux années pour rentrer dans le rang : c’est-à-dire se transformer en école maternelle ou en faire le choix d’être un EAJE. Choix draconien qui ne tenait pas compte de la réalité des jardins d’enfants dont justement la spécificité, la richesse est de n’être ni l’un, ni l’autre. Un pis-aller donc.
Le Sénat, et particulièrement sa commission Culture-Education-Communication, fit un travail énorme sur le texte et notamment sur des jardins d’enfants. Son projet de loi amendé et voté est bien différent de celui adopté par les députés. Il acte la pérennisation des jarfins d’enfants. Ceux déjà crées sont donc maintenus à titre dérogatoire. En revanche, pas de nouvelles créations. Et par ailleurs, le projet du Sénat prévoit que les jardins d’enfants puissent être contrôlés par des inspecteurs de l’éducation nationale (comme c’est le cas pour l’instruction à la maison). Ce qui ne pose pas de problème à la plupart des jardins d’enfants puisque ce sont de véritables lieux d’apprentissages.
Deux positions diamétralement opposées. C’est pourquoi comme le prévoit la procédure parlementaire, une Commission mixte paritaire réunissant des députés et sénateurs tentera jeudi de se mettre d’accord sur un projet de loi commun. Si un accord n’est pas trouvé, l’Assemblée nationale aura le dernier mot… Et ce sera donc la disparition programmée des jardins d’enfants.

Positions confuses dans les rangs de la majorité
Le projet de loi de Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education nationale et de la jeunesse est porté par les députés LREM. Le rapporteur du projet de loi à l’Assemblée est Anne-Christine Lang députée de la 10ème circonscription de Paris. Elle est assez farouchement opposée à toute dérogation définitive permettant le maintien des jardins d’enfants (elle l’a d’ailleurs exprimé aussi au Conseil de Paris qui lui s’était clairement prononcé en faveur des jardins d’enfants). Tout juste accepterait-elle qu’ils deviennent des structures d’accueil petite enfance spécialisées. Étonnant quand on sait que le gouvernement prône l’inclusion ! Étonnant de la part d’une députée appartenant à une majorité qui se veut pragmatique et dont, dit-on, les propres enfants ont fréquenté les jardins d’enfants…
Pourquoi défaire ce qui fonctionne ? C’est en tout cas le point de vue de son homologue au Sénat, Max Brisson, qui après avoir procédé à nombre d’auditions, s’est engagé pour le maintien des jardins d’enfants.

Au sein même de la majorité, les discours semblent assez flous. Le député LREM, Alexandre Freschi, interrogé par la Fédération des jardins d’enfants, formule dans une lettre alambiquée une réponse qui dit tout et son contraire ! « Les jardins d’enfants devront bien l’objet d’une transformation en profondeur afin de répondre aux exigences liées à l’instruction obligatoire à 3 ans. Mais il ne s’agit pas de remettre en cause tout le travail qui a été effectué par les professionnels (…). Les jardins d’enfants ont vocation à être maintenus de façon transitoire tout en s’adaptant aux exigences liées à l’instruction obligatoire 3 ans. (…) Des modifications prises à l’Assemblée nationale et au Sénat ont aménagé cela, permettant finalement aux jardins existants déjà en activité d’être maintenus.
Il ne s’agit donc pas de supprimer les jardins d’enfants, mais de mettre en place un système efficace permettant au principe d’instruction obligatoire dès 3 ans de se déployer pleinement. En outre les différences entre écoles maternelles et jardins d’enfants assurant déjà pleinement leurs missions instruction seront minimes 
». Que comprendre ? Que leur maintien est conditionné à leur transformation ? Et si transformation il y a, garderont-ils ce qui fait leur originalité ?

C’est l’esprit de la réponse de Christelle Dubos, Secrétaire d’état auprès d’Agnès Buzyn lors de l’interview qu’elle nous avait accordée : pas d’intervention en amont pour infléchir le projet, respect de ce qui sera décidé en commission mixte paritaire, et quoi qu’il en soit, accompagnement et soutien dans l'évolution des jardins d'enfants. Et pour elle, l'essentiel étant que les jardins d'enfants ne disparaissent pas du jour au lendemain.

Des rassemblements à Paris et à Strasbourg
C’est parce qu’ils ont le sentiment que leur avenir va véritablement se jouer lors de cette ultime réunion des parlementaires, que les jardins d’enfants se mettent en grève. A Paris, parents et professionnels se retrouveront devant l’Assemblée nationale jeudi matin, tandis que ceux de Strasbourg manifesteront devant le centre administratif, place de l’Etoile.


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Article rédigé par : C.L
Publié le 12 juin 2019
Mis à jour le 12 juin 2019