Les lieux d’accueil favorisent le développement du langage

Selon une large recherche française, le développement du langage chez les enfants de 2 ans dépend de facteurs socio-économiques, notamment s'ils fréquentent ou non un lieu d'accueil. Elle repose sur les données récentes de l’Étude longitudinale française depuis l’enfance (Elfe), une enquête nationale suivant une cohorte de plus de 18 000 enfants depuis leur naissance en 2011 en France métropolitaine. Il s’agissait ici d’analyser les « Inégalités socioéconomiques dans le développement langagier et moteur des enfants à 2 ans » : comprendre l’ampleur des inégalités socioéconomiques à cet âge, déterminer si elles sont aussi marquées pour le développement langagier que pour le développement moteur de l’enfant, et savoir s’il y a des différences selon le mode d’accueil fréquenté par l’enfant.

Le langage davantage influencé par le milieu socio-économique que la motricité
Selon les résultats observés, les enfants développent des aptitudes langagières différentes selon le niveau d’étude des parents. Si en moyenne, vers l’âge de 2 ans, ils connaissent 74 mots parmi les 100 proposés, ceux dont la mère a un niveau de diplôme inférieur au BEPC en connaissent 4 de moins et ceux dont la mère a un diplôme de l’enseignement supérieur plus élevé que le niveau Bac+2 en connaissent 6 de plus. En revanche, le niveau d’éducation et le revenu influent peu sur le développement moteur des jeunes enfants.
Concernant les modes d’accueil, l’étude constate que les enfants gardés en crèche ou par une assistante maternelle ont acquis un vocabulaire plus riche que ceux gardés par les parents ou les grands-parents. En cause, notent les chercheurs, « le contact de l’enfant avec des professionnels de la petite enfance, qui peuvent proposer des activités éducatives adaptées à l’âge de l’enfant ».
Les auteurs rappellent cependant que les deux indicateurs utilisés reposent sur des réponses fournies par les parents. En soulignant que « ces derniers sont certes les mieux placés pour observer les progrès de leur enfant, mais il existe néanmoins des biais inhérents à la méthode du compte-rendu parental. »

Plus de soutien à la parentalité ?
Selon leurs conclusions, cette étude confirme pour la France les résultats d’autres études internationales qui montrent des écarts considérables d’acquisition du vocabulaire dès les 2 ans de l’enfant, soit avant même l’entrée à l’école maternelle. Et elle pose la question des possibilités d’interventions publiques quant à la fréquentation des modes d’accueil. « Est-ce que les familles n’ayant pas recours à un mode de garde extérieur ont d’autres caractéristiques, non observées, qui expliqueraient ce moindre apprentissage langagier ? Est-ce que des politiques de soutien à la parentalité qui réduiraient les barrières d’accès à la fois financières et, potentiellement aussi, culturelles à des modes de garde extérieurs pourraient alors réduire les inégalités observées à ces âges ? »
Les chercheurs proposent de poursuivre cette étude pour mieux cerner les causes de ces inégalités, notamment en mesurant le rôle des pratiques éducatives telles que la lecture parentale.

Source : Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), Santé publique France


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Article rédigé par : A.B.B.
Publié le 17 janvier 2019
Mis à jour le 17 janvier 2019