Maltraitance physique des enfants : un standard des recommandations est indispensable

Une publication de chercheurs de l’Inserm, du Centre de Recherche en Épidémiologie et Statistiques (CRESS), de l’AP-HP et du CHU de Nantes publiée dans le JAMA Network Open ce jour, pointe du doigt une grande hétérogénéité des recommandations définissant les pratiques à adopter pour les professionnels de santé devant une suspicion de maltraitance physique chez un enfant. Il est nécessaire, selon ces chercheurs, d’avoir des recommandations claires et homogénéisées pour améliorer les pratiques des professionnels de santé.

La maltraitance concerne principalement les 0-2 ans 
4% à 16% des enfants âgés de moins de 18 ans sont maltraités physiquement dans les pays développés et dans un tiers des cas le diagnostic de maltraitance est posé avec retard, soulignent les chercheurs. La tranche d’âge 0-2 ans étant la plus touchée. Le diagnostic rapide de maltraitance repose « sur une combinaison d'évaluations cliniques et sociales, d'examens d’imagerie et de laboratoire. » Or, diverses études ont révélé que les pratiques divergent. Les scientifiques rappellent que seuls 28% des pédiatres interrogés devant un cas flagrant de suspicion de maltraitance d’enfant de 9 mois avaient demandé l’examen recommandé (IRM). Ce constat les a conduits à comparer les recommandations d’examens diagnostiques des 24 pays les plus développés entre 2010 et 2020. 

Des recommandations à uniformiser
Les examens de référence divergent en fonction des pays ce qui conduit à des pratiques différentes pour diagnostiquer la maltraitance physique infantile. C’est le cas pour certains examens complémentaires (radiographies, imageries…) ici recommandés systématiquement et ailleurs au cas par cas. Même constat pour ce qui concerne la définition des « lésions sentinelles », un type de lésions traumatiques retrouvées chez des bébés et qui doivent conduire à évaluer le risque de maltraitance. Les documents étudiés montrent une grande  hétérogénéité et un manque de consensus international. « Les médecins généralistes et les pédiatres sont les acteurs clés pour la détection précoce et le diagnostic de la maltraitance physique des nourrissons. Leurs décisions devraient pouvoir s’appuyer sur des recommandations complètes, claires et cohérentes comme c’est le cas dans d’autres pathologies », conclut Flora Blangis une des co-auteurs de la publication. Les chercheurs précisent que les pratiques doivent être homogènes pour éviter un mauvais diagnostic qui peut avoir des conséquences graves sur la santé de l’enfant et qui « exposent les nourrissons à un risque de récidive de maltraitance estimé entre 35% et 50%. »


Source : Variations in guidelines for diagnosis of child physical abuse in developed countries : a systematic review JAMA Network Open, 17 novembre 2021
Article rédigé par : Isabelle Hallot
Publié le 17 novembre 2021
Mis à jour le 01 décembre 2021