« Mineurs en danger » : le reportage qui secoue la France et interpelle Adrien Taquet

Dimanche soir, la chaîne télévisée M6 a diffusé un documentaire intitulé « Mineurs en danger : enquête sur les scandaleuses défaillances de l'aide sociale à l'enfance » qui a mis en lumière la réalité des conditions de vie des enfants qui vivent dans des foyers de l’Aide sociale à l’Enfance (ASE) accueillant les enfants de 3 à 18 ans. Maltraitances, insalubrité, viols, fugues, l’équipe de « Zone interdite » livre des images chocs prises la plupart du temps en caméra cachée et qui dénoncent aussi l’omerta auxquels sont contraints les éducateurs et autres professionnels qui témoignent sous couvert d’anonymat. Adrien Taquet, secrétaire d’Etat à la protection de l’enfance, a choisi de réagir à ce documentaire dans un communiqué de presse paru hier soir.

Des départements autonomes sous le feu des projecteurs
En France, chacun des 101 départements gère comme il l’entend sa propre protection de l’enfance. Près de quinze conseils départementaux ont d’ailleurs refusé à Zone Interdite de filmer à l’intérieur des foyers de l’ASE, ce qui a poussé l’équipe à avoir recours à l’infiltration. Une journaliste s’est faite embauchée comme éducatrice dans plusieurs foyers : en Seine-Saint-Denis, à la Côte d’Or et dans le Vaucluse. La facilité avec laquelle elle est d’ailleurs engagée sans diplôme, expérience ni casier judiciaire après un bref entretien laisse d’ailleurs pantois les spectateurs.

On y découvre des situations édifiantes où les enfants sont malmenés et livrés à eux-mêmes. Déscolarisés, brutaux, abusés, ces jeunes enfants et adolescents aux situations multiples choquent les spectateurs venus assistés mercredi dernier à l’avant-première diffusée à l’Assemblée Nationale.
On y constate que certains établissements maltraitent, souvent sans le vouloir, les enfants par manque de formations et de moyens. Des éducateurs, dont certains ont quitté l’ASE, témoignent dans le reportage et soulèvent l’ampleur des multiples dysfonctionnements. Ils révèlent des cas de détournements d’argent, de directeurs de foyers inculpés pour fautes graves et d’agressions sexuelles chez les enfants qui n’ont pas été prises à temps malgré les signalements des professionnels.   

La réaction d’Adrien Taquet
Adrien Taquet, Secrétaire d’Etat à la protection de l’enfance, a lui-même été nommé en 2019 à l’issue du scandale occasionné par la diffusion d’un reportage similaire pour France 3. Il a réagi hier soir, peu après la diffusion, par le biais d’un communiqué de presse.  
Conscient de la gravité des images présentées, Adrien Taquet tient à « affirmer son émotion face à ses images et sa détermination à agir pour que ces situations ne se reproduisent pas ». Il précise avoir été alerté depuis plusieurs semaines de la parution de ce reportage et s’être déjà entretenu à cette issue avec le Président de l’Assemblée des départements de France ainsi que les six Présidents des conseils départementaux concernés afin de « faire rapidement toute la lumière sur les faits et témoignages mentionnés dans le reportage ».

Le Secrétaire d’Etat tient à faire part des décisions qu’il a prise à l’issue de ce reportage et qui concerneront tous les départements de France : Il demande par courrier à l’ensemble des préfets de départements de  « transmettre une description de la procédure de signalements mise en place par le Président du conseil départemental (…) » et de  « se rapprocher des Présidents de conseils départementaux pour connaître le plan départemental annuel de contrôle des établissements et lieux d’accueil de l’aide sociale à l’enfance et vérifier qu’il permet de s’assurer que le département remplit ses obligations en matière d’inspection contrôle des établissements accueillant des mineurs dans le cadre de l’aide sociale à l’enfance. ».

Le point sur les mesures prises
Dans un délai de trois mois, les préfets devront faire remonter au Secrétaire d’Etat des synthèses sur les procédures de signalements mises en place.
Adrien Taquet insiste également sur les mesures mises en place pour 2020 « dans le cadre de la stratégie de prévention et de protection de l’enfance » pour « définir des normes d’encadrement et d’accompagnement dans les dispositifs et structures de l’aide sociale à l’enfance ». Il appelle enfin « l’ensemble du secteur de l’aide sociale à l’enfance à poursuivre son engagement dans les travaux en cours de la Haute Autorité de Santé pour faire évoluer le dispositif d’évaluation interne et externe des établissements sociaux afin de garantir un haut niveau de compétence et de qualité, à la hauteur des enjeux. »
Rappelons que, suite à la Stratégie nationale de prévention et de protection de l’enfance 2020-2022 dévoilée le 14 octobre 2019, 80 millions d’euros seront attribués à 30 départements où les difficultés sont les plus grandes pour « les enfants de la protection de l’enfance, en particulier ceux qui relèvent également du champ du handicap et du soin. ». Ces 30 départements seront annoncés début février par le Secrétaire d’Etat.

Eviter de stigmatiser tous les travailleurs sociaux
La Convention Nationale des Associations de Protection de l’Enfance (CNAPE) et Adrien Taquet se rejoignent sur un point : il est nécessaire de ne pas porter l’anathème sur l’ensemble des professionnels qui œuvrent chaque jour pour ces enfants. Pour le Secrétaire d’Etat, « ces situations ne sont pas représentatives de la totalité du secteur de la protection de l’enfance en France ni de l’engagement des travailleurs sociaux qui chaque jour, éduquent et soutiennent des enfants souvent en grande détresse. » Il tient à mettre fin à « des situations qui gâchent des vies et ternissent l’image de toute une profession ».
Pour la CNAPE dans son communiqué, ce reportage « met aussi l’accent sur la difficulté d’être éducateur au quotidien, sur l’impuissance des professionnels face à des enfants aux problématiques multiples qui appelleraient un accompagnement croisé entre protection de l’enfance et soin. Tout établissement espère un tel appui sans pouvoir l’obtenir ».

Un reportage à charge
Le reportage ne présente dans ses images qu’un foyer bienveillant situé à Oberlin dans le Bas-Rhin qui est d’ailleurs le seul à autoriser aux journalistes de filmer. La CNAPE précise que « s’il était impératif, à travers ce reportage, de dénoncer des dysfonctionnements majeurs en matière de protection de l’enfance, il est dommageable qu’un seul exemple de bon fonctionnement d’un établissement ait été évoqué, laissant penser, à tort, qu’il s’agit d’une exception. En ce sens, il importe de rappeler que la protection de l’enfance préserve des vies, connaît de belles réussites, permettant à de nombreux enfants de surmonter les drames qu’ils ont vécus. Bien d’autres lieux d’accueil que celui présenté dans le reportage, publics comme associatifs, portent dans leur projet et leurs principes d’action, la bien-traitance à l’égard des enfants et ont le souci constant de leur mieux-être et du respect de leurs droits. Pour répondre à la crise des vocations, il est aussi nécessaire de valoriser les nombreux professionnels qui se dédient à rendre meilleur le quotidien des enfants dans des conditions parfois très difficiles. »

Rappelons qu’aujourd’hui-même le Secrétaire d’Etat Adrien Taquet s’est rendu en Bretagne afin de présenter les résultats de la démarche de consensus sur les interventions de protection de l’enfance à domicile.
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Article rédigé par : Nora B
Publié le 20 janvier 2020
Mis à jour le 20 janvier 2020