Modes d’accueil : fin des aides de la Cnaf au 31 juillet

Le Conseil d’Administration de la Cnaf a voté hier soir, la fin des aides aux places fermées pour les crèches, micro-crèches et MAM au 31 juillet. Une mauvaise nouvelle pour tous les gestionnaires car, initialement cette aide devait être maintenue au moins jusqu’au 31 août alors que celle aux places ouvertes s’arrêtait le 3 juillet.

C’est probablement l’accélération du déconfinement progressif et l’allègement des mesures sanitaires (voir le version 2 du Guide Modes d’accueil-phase 3 de la levée du confinement -COVID- 19) qui a motivé ce vote du conseil d’administration de la Cnaf réunir hier mardi 7 juillet. D’ailleurs dans une récente interview Christelle Dubos, alors Secrétaire d’État en charge notamment du secteur modes d’accueil, l’avait laissé entendre.

Une décision brutale

La décision - redoutée mais attendue - plonge néanmoins dans l’inquiétude les gestionnaires mettant nombre de structures dans l’embarras financier.  Le communiqué de presse est assez sobre (voudrait-on noyer le poisson ?) dans son annonce. « Le conseil d’administration de la Cnaf a voté le maintien jusqu’au 31 juillet 2020 des mesures financières pour les équipements partiellement fermés de la petite enfance, enfance, jeunesse animation de la vie sociale et soutien à la parentalité. Votées initialement le 3 juin dernier, ces mesures sont destinées à accompagner la réouverture progressive des services financés par les Caf pour les familles et leurs enfants en tenant compte des surcoûts induits par les consignes sanitaires ». Cette formulation contredit ce qui avait été expliqué auparavant par la Cnaf et le Secrétariat d’État. A savoir : les aides aux places rouvertes  votées le 3 juin (10 € par place jusqu'au 3 juillet) devaient booster les réouvertures tandis que les aides aux places fermées votées le 17 mars et le 1 avril et prolongées le 3 juin (de 17 à 27 € selon les gestionnaires)  étaient, elles, destinées à compenser les pertes financières induites par les fermetures totales ou partielles de places liées au confinement puis aux consignes sanitaires ou à la non fréquentation des familles.  Les 3 euros pour les MAM étant une aide aux loyers dus malgré les fermetures totales ou partielles.

Incompréhension unanime du côté des gestionnaires : la situation n’est pas revenue à la normale !
« La FFEC regrette que les autorités n’aient pas poursuivi les aides jusqu’au 31 aout, forçant les partenaires de la CNAF à assumer seuls les pertes du mois d’aout dues au Covid-19, aux décisions politiques légitimes de laisser aux familles le choix de ne pas revenir et aux contraintes sanitaires qui empêchent toujours aux groupes d’enfants de se mélanger dans les crèches, notamment le matin et le soir. La FFEC espère que les aides resteront possibles après le 31 juillet pour les crèches et micro-crèches contraintes de subir une quatorzaine en cas de personnel ou enfant touché par le Covid-19. La FFEC appelle le Gouvernement à ne pas oublier la Petite Enfance dans le plan de relance » explique Elsa Hervy, la déléguée générale de la Fédération Française des Entreprises de Crèches.

Élisabeth Laithier, co-présidente du groupe petite enfance de l’AMF explique quant à elle : « ce communiqué est très généraliste, nous en aurions aimé un plus spécifique aux crèches et plus précis. L’aide de 27 € par place fermée et par jour qui court de puis le 17 mars couvre peu ou prou la PSU mais pas l’absence de participation financière des familles. On avait demandé qu’elle soit prolongée au moins jusqu’au 1 septembre, voire plus car des places restent fermées et le resteront si rien ne change pour 3 raisons : certains professionnels ne reprennent pas leur activité car ils sont « public fragile ». Et cette non reprise peut se prolonger jusqu’au 31 décembre. Deuxièmement, le protocole sanitaire même allégé, s’il n’évolue pas, ne peut pas permettre que les groupes se mélangent, donc certaines crèches, ne pourront pas accueillir tous les enfants. Enfin, certaines familles ont peur et ne veulent pas remettre cet été leur enfant à la crèche. C’est notamment le cas dans les QPV (Quartiers Politique de la Ville).
Si rien ne bouge, nous ne pourrons pas reprendre un accueil complet en septembre donc les difficultés financières se poursuivront. C’est décevant, car les collectivités locales ont vraiment joué le jeu et continuent de la faire. Nous aurions aimé que le soutien de notre financeur, la Cnaf, qui a été là au début, ne nous lâche pas en cours de route. Il faut noter que dans de nombreuses villes, des structures, habituellement fermées, restent ouvertes en août pour accueillir les enfants dont les parents été obligés de prendre des congés durant le confinement. C’est un choix qui leur demande beaucoup d’efforts financiers et d’organisation
».

Même inquiétude et incompréhension du côté de l’Uniopss. Sa conseillère technique, Enfance, Familles, Jeunesse, Marie Lambert-Muyard s’étonne : « cet arrêt des aides au 31 juillet nous semble assez prématuré. Toutes les familles ne sont pas revenues dans les crèches. Des incertaines planent encore pour septembre car selon els consignes sanitaires, nous ne savons pas si toutes les structures retrouveront leurs pleines capacités d’accueil. Il est certain que de nombreuses crèches ou lieux d’accueil de soutien à la parentalité vont être déstabilisées financièrement. Nous l’avions d’ailleurs souligné et nous avions demandé la poursuite des aides ».

L’été et la rentrée s’annoncent donc difficile pour l’ensemble des structures d’accueil qu’elles soient publiques, privées lucratives ou associatives. Idem pour les Maisons d’Assistants Maternels (MAM) nombreuses à se retrouver fragilisées. A suivre donc.

Lire aussi l'interview d'Isabelle Sancerni, présidente du Conseil d'Administration de la Cnaf



 
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Publié le 08 juillet 2020
Mis à jour le 08 juillet 2020