Terra Nova et la campagne présidentielle : des recommandations pour la petite enfance

Sous la plume de Florent de Bodman co-fondateur de l’association 1001 mots, Terra Nova, le think tank progressiste publie une note « Petite enfance : que devrait faire le prochain président de la République ? » destinée à animer les débats de la future campagne présidentielle. Une note synthétique, d’une vingtaine de pages, dressant un premier bilan de la politique famille-petite enfance du quinquennat d’Emmanuel Macron et portant 4 propositions choc.

Investir 10 milliards d’euros sur 5 ans pour la petite enfance
Les propositions de Terra Nova  sont ambitieuses et nécessitent un engagement financier d’importance chiffré à 10 milliards d’euros sur 5 ans. Deux milliards par an. Un investissement finalement qui n’est pas complétement utopique étant donné les excédents réalisés par la Branche famille (plus d’un milliard d’euros cette année).

Pour ce budget global - soit 2milliars d’euros par an - Terra Nova propose 4 recommandations et chacune d’elles est chiffrée très précisément.

1. Aider les parents à être parents et pour cela tripler les financements dédiés à ce type d’actions.
Les dispositifs de soutien à la parentalité devraient permettre d’aller plus loin que les initiatives 1000 jours actuelles et toucher les parents des enfants jusqu’à leurs trois ans.  A prévoir : une dépense supplémentaire d’environ 200 millions d’euros par an soit un milliard sur 5 ans.  Florent Bodman évoque trois pistes  pour ces nouveaux dispositifs : proposer des solutions d’aide à la parentalité en priorité aux familles les moins favorisées selon le principe de l’universalisme proportionné ;  inventer des solutions où le parent n’a pas besoin de se déplacer (penser à des accompagnements à distance via des vidéos ou réseaux sociaux) même s’il reste essentiel de garder des relations humaines en présentiel ; mesurer l’impact de ces actions de soutien à la parentalité pour ne promouvoir que les plus efficaces (reprise de cette idée de « what works centre » dédié à la petite enfance proposé dans le rapport  Terra Nova de 2017.

2. La création de 220 000 nouvelles places de crèches  dont 110 000 pour accueillir en priorité 30% d’enfants pauvres. Une proposition très volontariste qui fixe un objectif à 10 ans.  Florent de Bodman l’affirme : la crèche est un mode d’accueil plus efficace en matière de lutte contre les inégalités précoces que l’accueil chez une assistante maternelle. Et c’est pourquoi, il insiste sur la nécessité de créer des places de crèche pour des enfants issus de familles pauvres. Ils sont 5% actuellement à fréquenter la crèche, l’objectif de Terra Nova : qu’ils soient 30% dans 10 ans. Pour accompagner cette deuxième recommandation, deux conseils : aider les communes les plus pauvres pour les convaincre d’ouvrir des crèches et les aider de façon pérenne (donc financer le fonctionnement des structures une fois qu’elles sont ouvertes) et veiller à ce que les procédures d’attribution des places soient équitables et ne bénéficient pas qu’aux parents bi-actifs. Ces créations de places représenteraient environ 3 à 4 milliards d’euros par an jusqu’en 2032.
  
3. Revaloriser d’au moins 10% les salaires dans les crèches.
C’est essentiel, d’abord parce que c’est un signe de reconnaissance, et c’est aussi un remède à la pénurie de professionnels qualifiés et enfin de « meilleurs salaires sont aussi une condition nécessaire pour augmenter la qualité pédagogique en crèche ». Comment procéder ? Par une négociation avec les organisations professionnelles. Et, souligne cependant la note, « une négociation devra être lancée en parallèle pour augmenter la rémunération des assistants maternels ». Coût de ces mesures salariales : 600 millions d’euros par an. Coût devant être entièrement compensé par la solidarité nationale pour éviter que les gestionnaires ne le répercutent sur les familles.

4. Augmenter le nombre d’adultes par enfants dans les crèches des quartiers poulaires. Dans l’esprit de Terra Nova ce ne serait pas  une mesure obligatoire, mais plutôt une possibilité offerte une possibilité à titre expérimental dans un premier temps aux crèches situées dans les QPV d’augmenter d’environ un tiers le nombre d’adultes par enfants en crèches. Possibilité encouragée par une incitation financière (par l’octroi d’une subvention supplémentaire).

Florent de Bodman a expliqué lors de sa présentation : « Le but de cette note, c’est que durant la campagne présidentielle, on parle de petite enfance. Que les candidats expriment leur vision et leurs choix ». Reste à savoir comment les futurs candidats s’empareront de ces recommandations qui suivent celles proposées par le collectif  CEP-Enfance proposées et explicitées dans le livre « Enfance, l’état d ’urgence. Nos exigences pour 2022 et après » publié aux éditions érès.

Consulter la note complète de Terra Nova
 
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Publié le 24 octobre 2021
Mis à jour le 01 décembre 2021