Une exposition au perturbateur endocrinien DEHP altère le développement des dents des enfants

Malgré les réglementations et les interdictions, on utilise encore le DEHP (un perturbateur endocrinien de la famille des phtalates) comme assouplissant des matières plastiques dans certains contenants alimentaires et certains dispositifs médicaux dans les services de néonatologie. Une équipe de chercheurs de l’INSERM vient de publier une étude dans la revue Environmental Health montrant l’effet néfaste de cette substance sur les dents de souris.

L’émail dentaire, un marqueur d’exposition aux toxiques
Pour mesurer l’impact des substances toxiques présentes dans l’environnement, sur la santé, il faut des marqueurs d’exposition. L’émail dentaire en est un car on peut identifier des polluants dans le minéral, ou déceler des défauts de l’émail liés à des altérations de l’activité cellulaire survenues au cours de sa formation. Rappelons que chez l’enfant, la maturation de l’émail a lieu entre le dernier trimestre de la grossesse et les premiers mois de la vie. 
Des études antérieures ont déjà révélé que le bisphénol A, un perturbateur endocrinien, était associé à une hypominéralisation de l’émail appelée hypominéralisation des molaires et incisives (MIH) et retrouvée chez environ 15 % des enfants de 6 à 8 ans. Pour rappel, la MIH se caractérise par la présence de tâches opaques irréversibles de l’émail des molaires et incisives définitives. Concernant le DEHP, l’équipe de l’Inserm, de l’Université Paris Cité et de Sorbonne Université ont voulu explorer les effets potentiels d’une exposition journalière à ce perturbateur endocrinien sur des dents de souris. 

Une exposition à des faibles et haut dosages 
Les scientifiques ont utilisé des faibles doses. C’est-à-dire des quantités qui correspondent à celles qu’on peut retrouver dans le cadre d’une exposition environnementale soit 5 microgrammes/kilo/jour (niveau d’exposition quotidienne estimée d’un enfant au DEHP). Et des doses plus élevées : 50 microgrammes/kilo/jour, soit le niveau d’exposition chez les patients hospitalisés sous perfusion ou dialyse par exemple. 

Une altération de l’émail des dents même à faibles doses
Après 12 semaines d’exposition, une altération de la qualité de l’émail a été repérée sur les incisives du rongeur et d’autant plus importante que le niveau d’exposition au DEHP était élevé. Plus dans le détail, les chercheurs ont identifié les cellules ciblées par le DEHP, l’altération concernait un retard de minéralisation de l’émail associé à une altération de l’expression des gènes clés dans la formation de l’émail. 

Les mâles davantage touchés
« Le DEHP a perturbé le développement de l’émail avec une prévalence et une gravité, plus élevées chez les souris mâles que chez les femelles », ont souligné les scientifiques.
« On sait que la période périnatale et les premières années de la vie après la naissance sont déterminantes pour le développement de l’enfant et la santé de l’adulte qu’il deviendra. L’émail dentaire pourrait être le reflet très précoce des conditions environnementales des individus à ce moment de la vie », explique Sylvie Babajko, directrice de recherche à l’Inserm et dernière auteure de l’étude. 
Prochainement, l’équipe de recherche, se penchera sur les effets de combinaisons de différentes classes de molécules – ou « effets cocktails » – sur la santé dentaire. 

Source : https://ehp.niehs.nih.gov/doi/10.1289/EHP10208
Article rédigé par : Isabelle Hallot
Publié le 23 juin 2022
Mis à jour le 23 juin 2022