Entre mère et professionnelle petite enfance

Educatrice de jeunes enfants en relais d’assistantes maternelles et lieu d’accueil enfants-parents

Nathalie Jouzeau
DR
Couverture livre Entre Mere et Pro
Être mère facilite-t-il l’exercice d’un métier de la petite enfance ? On serait  tenté de le croire. Ces professions nécessitent cependant des formations et des expériences en dehors de sa famille. Faut-il alors se détacher de tout parcours personnel pour observer une neutralité parfaite ?
L’auteur , éducatrice de jeunes enfants, ne le pense pas. Elle signe ici un livre-témoignage passionnant sur le point d’équilibre à trouver entre la casquette de mère et de professionnelle de la petite enfance.

Après de multiples expériences au sein de la Petite enfance (crèche hospitalière, halte-garderie associative, crèche familiale, atelier parents-enfants, point info modes d’accueil, école d’auxiliaires de puériculture…), Nathalie Jouzeau travaille aujourd’hui en Relais d’assistantes maternelles (Ram) et lieu d’accueil enfants-parents (Laep). Elle constate : « On ne peut nier que la vie de mère peut nourrir les compétences professionnelles. Cela permet de favoriser notamment les relations avec les autres parents. Il y a une complicité, une connivence, des choses en commun, des sentiments qu’on peut reconnaître ». Mais, elle soulève un paradoxe : « Les formations et nos métiers nous recommandent de la neutralité, de la distance, du recul. Pourtant cela semble en contradiction avec mon propre vécu professionnel : la sympathie que j’ai pour ces adultes et ces enfants ; mon expérience maternelle qui s’impose souvent dans les discussions ; les sentiments très empathiques qui s’invitent en moi, quand je les rencontre. J’ai toujours gardé l’intuition qu’au contraire cela apporte une sincérité, de l’humanité, dans ma façon d’accueillir petits et grands. »  L’auteur en donne tous les arguments dans cet ouvrage, nourri de ses échanges avec les personnes concernées par ce sujet et son propre cheminement. 

Pour autant, être soi-même parent comporte des risques et Nathalie Jouzeau met aussi en garde contre la tentation d’un trop grand rapprochement avec les familles. Elle souligne la position particulièrement délicate des assistantes maternelles puisque c’est à leur domicile, au sein même de ce lieu intime, que ces femmes doivent relever le périlleux défi d’associer vies professionnelle et personnelle, sous peine de parasiter l’une et l’autre.

Sans se poser en spécialiste, encore moins en donneuse de leçons, Nathalie Jouzeau souhaite partager le fruit d’une réflexion qui l’accompagne depuis toujours dans la pratique de son métier. C’est avec beaucoup d’humilité et de subtilité qu’elle qu’elle propose des outils pour mieux vivre au quotidien la double identité de professionnelle de la petite enfance et de mère. « Probablement, mon histoire personnelle et professionnelle a motivé cette recherche, puisque je suis devenue mère et EJE en même temps ! ». 

Des années et de nombreux questionnements plus tard, elle pense avoir trouvé la réponse, la « juste distance » qu’elle a si longtemps cherchée : celle où tout en maintenant un espace entre soi et l’autre, on ne renie pas sa propre subjectivité, ni sa sensibilité. Si on devait la résumer, cette réponse tient en deux mots qui n’en font qu’un : « Grand-mère ». La formule lui a été inspirée par le docteur Benkimoun -pédopsychiatre, responsable du CMPP de Saint-Mandé- qui avait conclu une séance de supervision en disant : « En fait, vous êtes une structure Grand-mère ».
Nathalie Jouzeau explique combien elle a été émue en l’entendant et que c’est ce qui l’a amenée à prendre la plume. « La Grand-mère, symbolique, m’est apparue comme le personnage adéquat auquel je voulais ressembler.  Quatre femmes (une gynécologue, une assistante maternelle, une pédiatre, une éducatrice de jeunes enfants) m’ont beaucoup aidée dans ma construction de mère, et ont inspiré ma façon d’être éducatrice de jeunes enfants. De ce constat, j’ai cherché à définir cette relation qu’elles avaient tissée avec moi et mes enfants : professionnelle, certes mais pas seulement. Elles étaient comme des grands-mères, mais pas celles de la famille, je les ai appelées des « grands-mères professionnelles ».
Et c’est tout l’enjeu de son livre que d’inviter les professionnels de la petite enfance à la suivre dans cette approche. 
12,50
Article rédigé par : Marie-Sophie Bazin
Publié le 12 mars 2020
Mis à jour le 12 mars 2020