L’enfant et la beauté

Se relier à sa capacité d’émerveillement

Bernadette Moussy
couverture L
Le trio enfant-adulte-beauté est un objet d’étude qui enrichit, sans s’y substituer, la notion de triangle pédagogique enfant-adulte-savoir. Avec cet essai plus philosophique que pédagogique, Bernadette Moussy nous oblige à nous poser des questions inhabituelles dans le milieu éducatif : comment la beauté vient-elle aux enfants ? Qu’en font-ils ? Son expérience se partage-t-elle ? Est-elle liée à la bonté ?

Plutôt que nous assommer de définitions et de citations, l’auteur a préféré nous livrer ses propres observations devant un élément de la nature, une œuvre d’art, une situation émouvante. Ainsi, dès les premières pages, le lecteur est invité à une introspection sur ce qui l’a touché, étonné, émerveillé et sur ce qui continue à nourrir son regard sur le monde et sa relation à l’enfant. Il est encouragé aussi à s’interroger sur ce qui, dans sa formation académique ou à l’école de la vie, l’a rendu sensible à la beauté : ce que Bernadette Moussy appelle les « savoirs libres, hors circuits, de la formation de l’éducateur » mais qui « sont là, l’habitent et imprègnent ses attitudes éducatives ».

Le chapitre 4 « Rencontre avec la nature » pourrait servir de cours inaugural à n’importe quelle formation en lien avec la petite enfance, tant il nous invite à guetter la révélation de la beauté et le sens du merveilleux dans les découvertes et les gestes les plus simples, avec l’eau, avec la terre, sur un chemin, devant les fleurs, face aux étoiles, avec l’animal, comme savent si bien le faire les jeunes enfants. Dans le chapître suivant, l’importance de l’éveil culturel et artistique est abordée, non pas sous forme de préconisations raisonnées et raisonnables, mais avec une sincérité qui donne envie de guetter à son tour les réactions des tout-petits devant un tableau, une sculpture, une musique, une danse. La tentation de transmettre à tout prix n’est jamais très loin chez tout adulte face aux enfants, aussi est-il toujours bénéfique de lire ces deux rappels à l’ordre : « L’éducation à l’art se fait par osmose plus que par un enseignement didactique. » et « Le partage se fait quand l’enfant est prêt, il réagit à sa manière et non pas forcément comme nous l’attendons. ».

« Donnez-leur de la beauté ils auront moins peur » est un chapître plus difficile, qui interpelle, car il évoque des liens insoupçonnés entre sentiment de détresse et confrontation avec la beauté. Après une plongée dans les mystères de l’enfance et un encouragement à reconnaître la place de la poésie dans le quotidien, les professionnels de la petite enfance trouveront dans le dernier chapître un tour d’horizon des grands pédagogues, qui depuis Rousseau, se sont exprimés sur la beauté.
Bernadette Moussy, grâce à sa grande connaissance des courants pédagogiques, évoque de manière libre et personnelle le rapport à la beauté de six d’entre eux : Pestalozzi, Fröbel, Kergomard, Makarenko, Montessori et Steiner.
Article rédigé par : Fabienne Agnès Levine
Publié le 14 avril 2019
Mis à jour le 15 avril 2019