Assistante maternelle, enceinte j'ai été harcelée

Déjà assistante maternelle quand elle attend son premier enfant, « Nounou et maman », le nom qu’elle souhaite prendre pour témoigner a été harcelée moralement par l’un des parents des enfants qu’elle accueillait. Heureusement pour elle, elle travaillait en MAM et sa « collègue » l’a soutenue. Et bien sûr, tous les parents n'ont pas eu ce comportement. Néanmoins son témoignage est édifiant.
On est nombreuses à avoir connu cet instant magique. Ce petit bâton rose qui nous annonce qu'on va être maman. Que de souvenirs. Lorsqu'on travaille avec des enfants, cet instant peut hélas aussi devenir source de questionnements, de stress, et de problèmes. Dans d'autres métiers également je suppose… Mais là nous allons parler d'une situation que je connais. Nounou depuis plusieurs années en MAM, je me retrouve à annoncer ma grossesse à ma collègue tout d'abord. Larmes, joie, embrassade ont aussi laissé place au stress : il va falloir trouver une remplaçante, appeler le conseil départemental, la PMI pour connaître la marche à suivre.

L'annonce de la grossesse aux parents : un gros stress
Ensuite il faudra prévenir les parents….rhaaaaa les parents ! LE stress ultime. Quand l'annoncer ? De quelle façon ? Et surtout comment vont-ils accueillir la nouvelle ? Même à plusieurs dans une MAM, on reste seule devant l'employeur ! Et c'est parfois le drame : le dit employeur, qui se disait si content de vous, devient soudain aigri, vous couvre de reproches, vous trouve des défauts. Pire, il commence à vous faire des listes : “voilà ce que vous allez nous coûter !”, “Je me sens trahi”, “et mon enfant dans tout ça ?” Voilà ce que vous allez entendre ! Adieu les félicitations, bonjour les questions. D'ailleurs des félicitations vous n'en avez pas forcément eu de ce parent là ! Heureusement il y a les autres parents qui, eux, le prennent plutôt bien. Qui vous comprennent voir même vous soutiennent ! (Si, si ça arrive !)
On se concentre sur l'essentiel, on part à la recherche de LA perle qui va nous remplacer ! Quand on la trouve, c'est parti ! On la présente rapidement aux parents. Mais voilà. LE fameux parent revient à la charge. “On ne la connait pas! On ne nous laisse pas le choix !” (Si, si vous pouvez trouver vous- même une nounou remplaçante qui exerce chez elle !) ou encore “Mon enfant va être traumatisé par ces changements”.

Les reproches quotidiens : un enfer !
Il va encore falloir se prendre la tête avec les CDD, accompagner les parents dans ce chamboulement. LE parent fait encore des siennes ! Il n'est pas d'accord avec le calcul du CDD cette fois. “Vous ne savez pas compter, vous nous dites n'importe quoi !”. Il réclame une médiation au RAM. Vous espérez que ça va l'apaiser. Finalement le Ram lui dit que les calculs sont bons (ouf il n’y a pas trahison !). Fin du calvaire ? Non. Car c'est TOUT qui ne va pas: l'eau du robinet, la bosse sur le front, le rendez-vous médical etc… Ce sont des disputes tous les jours.
Il y a les mots qui font mal, les appels à point d'heure. Votre ventre s’arrondit mais le cœur n’y est pas… Les reproches sont quotidiens, il vous appelle le soir pour un rien, vous rabaisse, vous n'êtes plus digne de confiance. Les pleurs après le départ du parent font partie de la journée à présent.
Puis le congé maternité… Bien mérité. Car plusieurs enfants à porter plus les trajets et les horaires… Enfin le repos. La rencontre avec ce bébé. Le moment le plus beau…

Après le congé de maternité : rien ne se calme
Arrive bientôt la reprise… LE parent (et oui, encore le même !) revient à la charge. Malgré le congé maternité, ce sont des mails qui sont envoyés ! Et oui ça ne va toujours pas : ok le remplacement s'est bien passé mais le cœur n'y est plus, la confiance a disparu, il n'est pas content. Tout est discutable pour lui maintenant. On s'effondre tous les soirs dès la porte refermée, on pleure le matin avant d'aller embaucher. La grossesse est tombée pendant l'été, les parents vont devoir payer des jours de congés. Vous proposez d’y renoncer, vous souhaitez juste tout oublier. Mais LE parent n'est pas d'accord pour ne pas les régler mais malgré tout il refuse de vous les payer ! On a mal au ventre de parler avec lui, on préfèrerait l’éviter ! Mais on s'en veut, on ressent de la culpabilité. Les autres parents aperçoivent le manège, essaient de nous prévenir. Notre collègue aussi essaie de nous faire comprendre. Mais on ne voit rien… On ne comprend pas.
Et un soir le mot de trop. On craque. On pleure. On lâche un “Je n'en peux plus. Je vais démissionner”.

C’était du harcèlement ! J’ai démissionné.
Enfin on réalise ce que tous ont voulu nous dire… Depuis des mois cette angoisse au fond du ventre, avec laquelle mon bébé a grandi à l'intérieur de moi, c'était ça… Ce n'était pas MOI le problème, ni ma façon de faire (qui a toujours été la même). Le souci c'est que je suis tombée enceinte, j'ai bouleversé ses habitudes, ses convictions. J'ai généré du stress dans sa vie bien rangée. Alors pour me le faire payer, sans sûrement le vouloir, LE parent m’a détestée. Il a eu besoin de me disputer, de me reprocher, de me faire pleurer, de m'appeler, de mal me parler ! Il m’a dénigrée, déprimée et même fait regretter cette grossesse ! Oui : j'ai culpabilisé !
J'ai été harcelée ! Il m’a fallu du temps pour le réaliser mais il y a un mot pour ça : j'ai été harcelée parce que je suis tombée enceinte. On m’a fait vivre un enfer. Heureusement il y a les autres parents, le soutien du RAM, la collègue en Or, le mari présent et surtout le bébé de l’amour, mon koala de toujours… Ma raison de vivre et à qui je tiens à m'excuser de ces longs mois d'angoisse qu'il a dû subir parce que je n'arrivais pas à voir la vérité… Le harcèlement dont j'ai été victime, finalement je m'en sentais coupable.
Aujourd'hui j'ai démissionné. J'ai compris.

Assistantes maternelles ou même juste salariées : tenez tête, soyez fortes ! Ne culpabilisez pas d'attendre un bébé. C'est à CE parent de s'excuser !
Article rédigé par : Nounou et maman
Publié le 21 janvier 2018
Mis à jour le 22 janvier 2018