Catherine Vasey, psychologue : « Trois phases d’action sont indispensables pour se sortir du burn out »

Fondatrice de NoBurnout, un cabinet visant à créer des outils de recherche et de prévention de l’épuisement professionnel en entreprise, à Lausanne (Suisse), Catherine Vasey est psychologue. Selon elle, la guérison du burn out passe par trois étapes successives, incluant un retour au travail soigneusement préparé. Interview.
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Catherine Vasey
Les Pros de la Petite Enfance : Quel est le mécanisme global du burn out ?
Catherine Vasey : Le burn out est un problème de stress chronique : ce n’est pas quelque chose d’aigu, c’est un phénomène qui se développe lentement, dans le temps. Le stress, c’est la réaction prévue par notre corps pour faire face à un danger, sa pédale d’accélérateur, en quelque sorte. Si l’on appuie trop sur cette pédale, le corps se met en surrégime : cela a tendance à épuiser notre organisme à petit feu.
Pour chaque professionnel, il y a des choses usantes au quotidien, d’autres qui nous redonnent de l’énergie, et qui vont compenser ce qui est usant. Le burn out va arriver lorsque le déséquilibre se fait entre stress et modes de compensation. Au-delà de six mois sans récupération suffisante, en surrégime permanent, l’organisme et sa capacité de résistance s’effondrent, d’autant plus que les symptômes ont tendance à augmenter la fatigue. Plus on avance dans ce processus, plus cela devient épuisant pour notre corps et moins on arrive à récupérer.
Pour sortir du burn out, la prise en charge est urgente et l’arrêt de travail, vivement conseillé. Ce processus doit se faire en trois phases, à respecter de manière scrupuleuse, sous peine d’un grave risque de rechutes ou de séquelles.

Parlez-nous de la phase 1 ?
D’une durée de quelques semaines, cette phase d’attaque vise à faire remonter le niveau d’énergie de la personne. Elle compte deux leviers principaux. Primo, réapprendre à bien dormir la nuit, avec un sommeil récupérateur. Secundo, avoir une activité physique - au minimum une heure par jour - si possible à l’extérieur, plus ressourçant pour le corps. Objectif : tout ce qui me fait du bien, je le prends ; tout ce qui me coûte de l’énergie ou me stresse, je le laisse de côté. Il s’agit de cultiver la loi du moindre effort, et d’éviter les ruminations mentales.

Qu’en est-il de la phase 2 ?
Lors de cette deuxième étape, il est question de comprendre ce qui s’est passé, d’analyser les facteurs de risques : qu’est-ce qui a fait que j’ai fait un burn out et qu’est-ce que je vais devoir changer au travail, dans mon attitude, pour mettre en place un plan d’action et éviter de me retrouver dans les mêmes processus ? Une orientation qui débute, par exemple, par apprendre à mieux poser mes limites et à dire non, au niveau quotidien, avec ma famille, mes proches… En bref, commencer à changer des choses avant la fin de l’arrêt, pour que ça soit solide lors du retour au travail.

Et la phase 3 ?
C’est justement le retour au travail, lequel fait partie, de manière intrinsèque, du processus de guérison. On a besoin de retourner travailler pour guérir. Mais pour cela, il faut bien préparer ce retour. Lors de l’entretien préalable à la réintégration, avec son chef direct ou la direction, aborder un éventuel aménagement du cahier des charges pour respecter un retour progressif, en fonction de son évolution.

Quelles sont les erreurs à éviter ?
J’en vois deux. Pour le salarié : éviter d’entrer dans des revendications épuisantes, via les syndicats et les instances représentatives du personnel. Mieux vaut se concentrer en priorité sur sa propre prévention, sur la mise en place d’un équilibre de vie différent, sur la gestion des émotions… Sous peine de risquer de repartir, d’emblée, dans un processus d’enclenchement du stress.
Pour les managers : ne pas surprotéger une victime du burn out de retour à son travail : concentration et mémoire étant atteintes par les hormones de stress, il faut réhabituer le cerveau à s’entraîner, pour être efficace. En bref, cette réintégration ne doit pas rimer avec voie de garage.

Quel accompagnement privilégier ?
D’abord, une base : ne pas chercher à guérir seul, mais se faire accompagner par un professionnel du burn out, dont le traitement est différent de celui de la dépression. Cela peut être un psychothérapeute, mais aussi un médecin du travail, ou un interlocuteur d’une des antennes de consultation « souffrance au travail », présentes dans toute la France… Si les résultats ne sont pas au rendez-vous, ne pas hésiter à changer de professionnel.

Quel soutien thérapeutique conseiller  ?
Il est important de mettre l’accent sur le fait qu’il n’existe aucun médicament qui guérit du burn out. Tous peuvent être considérés comme des sortes de béquilles, des stabilisateurs d’humeur parfois bienvenus, mais entraînant une baisse des moyens et de l’énergie. Attention aux antidépresseurs, qui encombrent souvent le traitement : encore une fois, burn out et dépression sont deux syndromes bien différents. Il peut être utile d’avoir quelques anxiolytiques en réserve. Mais si on en prend trop, cela freine la gestion naturelle des émotions. Les personnes attendent de ces médicaments qu’ils agissent, à la place d’agir elles-mêmes : or, guérir du burn out, c’est forcément une guérison active. Les somnifères, quant à eux, sont un vrai désastre. Ils empêchent de vivre le sommeil long et profond, le plus réparateur. Ils provoquent aussi une accoutumance, dont il peut être long de se défaire.

Et les médecines douces ?
Elles peuvent aider, mais elles ne constituent qu’une petite partie de la solution. Il n’y a pas une technique plus efficace, dans l’absolu, qu’une autre. Sophrologie, acuponcture, relaxation, réflexologie plantaire, huiles essentielles… A chacun son plan de guérison, en fonction des affinités.

Au final, si l’on suit ces conseils, guérit-on bien du burn out ?
Oui. Si on a été accompagné de manière correcte, on en guérit bien, sans séquelles, avec une meilleure qualité de vie, et en sachant mieux ce dont on a besoin pour acquérir, durablement, un équilibre solide. 
Article rédigé par : Propos recueillis par Catherine Piraut Rouët
Publié le 09 décembre 2018
Mis à jour le 10 décembre 2018