Conditions de travail

Des crèches conçues pour le bien-être des bébés et des professionnels

Isabelle Bouvier, directrice générale de la Fondation Œuvre de la Croix Saint-Simon, en est aussi directrice du pôle Petite Enfance. A ce titre, dès qu’une crèche se crée ou se transforme, elle en est non seulement l’inspiratrice mais aussi le maître d’ouvrage. Un job exigeant mais passionnant. La preuve avec deux exemples : Le Ballon Rouge et Les Petits Gailhard.
crèche le ballon rouge
"Le point de départ de toute nouvelle structure, dit-elle, c’est notre devise : Pour bien traiter, il fait être bien traité et se bien traiter."  Ce qui en clair signifie que si toute crèche s’organise autour du projet pédagogique commun à tous les établissements de la Fondation « L’éveil du tout-petit » selon Janine Lévy, il est aussi construit pour que les professionnels y soient bien. Que leur travail  au quotidien soit facilité, que le matériel à leur disposition soit ergonomique. « Quand on travaille à l’aménagement d’une nouvelle structure, il faut lier la démarche de l’Eveil du tout petit à l’ergonomie des professionnels »

Du mobilier-cloison à hauteur d’enfants
C’est le cas par exemple du tout nouveau Ballon Rouge* dans le 20 ème arrondissement de Paris, que les pros appellent « la crèche 5 étoiles ».
« Nous sommes partis d’un local brut. Une sorte de gros bloc de béton de 500m2 avec une seule baie vitrée et un patio. Donc peu de source de lumière et beaucoup d’endroits sombres. Il en a fallu de l’imagination ! », se souvient Isabelle Bouvier.
La mode actuellement dans les crèches est plutôt aux petits espaces, avec des portes coulissantes, qu’on peut décloisonner. Au Ballon Rouge, c’est l’inverse et il a fallu penser le cloisonnement dans le décloisonnement.  
« Nous avons donc décidé de tout décloisonner : il y a trois grands lieux de vie (en fonction des âges des enfants : petits, moyens, grands). Nous avons conçu le cloisonnement à hauteur d’enfants grâce au mobilier que nous avons fait faire sur mesure. C’est lui qui joue se rôle d’aménageur des espaces. » Les meubles en bois clair, aux formes arrondies, montés sur roulettes, affichent une hauteur de 30 cm chez les bébés, 40 cm chez les moyens et 46 cm chez les grands.
Seuls deux lieux de sommeil ont été vraiment cloisonnés : pour les plus jeunes et  les gros dormeurs, ce qui permet les réveils échelonnés.
Une crèche en béton crée forcément des problèmes d’acoustique. Tout résonne. C’était sans compter avec l’ingéniosité des architectes**  qui ont demandé, pour séparer les trois lieux de vie, à un menuisier de concevoir des cloisons isolantes en verre et bois et ont choisi d’immenses luminaires anti-acoustiques en forme de ballons.

Plans de change et tabourets ergonomiques
Côté ergonomie, tout a été pensé pour que le personnel se sente bien. Les plans de change, dont la hauteur standard est traditionnellement de 85 cm, mesurent 90 cm. Cinq petits cm qui, mine de rien, font beaucoup pour le dos des auxiliaires de puériculture ! « On a pensé au confort du professionnel mais bien sûr à la sécurité de l’enfant », précise Isabelle Bouvier. Du coup, tout est face au pro (couches, produits, poubelle) qui n’a pas à se retourner ou se pencher pour attraper les choses. Par ailleurs chaque enfant a une boîte sont où sont réunis ses vêtements de change, assez haute pour que le bébé ne l’attrape pas, mais pas trop pour qu’elle soit facile d’accès. "Actuellement, explique fièrement Isabelle Bouvier, nous avons en test un tabouret ergonomique réglable, avec une assise rembourrée et des roues revêtues d’une planche (pour éviter que les bébés ne puissent se blesser)."

Style art-déco et jeu de vitres
Pour la crèche des Petits Gailhard***, ce fut tout autre chose. Elle est située dans beau bâtiment Art Déco, ancien siège de la Gaumont, avant d’être l’Hôtel des Impôts du 19ème arrondissement.
Il ne fallait pas casser les beaux volumes tout en aménageant un lieu adapté à la vie et au travail avec de jeunes enfants. « On a créé un rez-de-chaussée à partir du sous-sol donnant sur une cour anglaise en essayant de rester dans le style art-déco. Par exemple, les plans de change ont des petites finitions noires », note Isabelle Bouvier. Sinon, tout s’articule autour d’un jeu de vitres et de bois : où que l’on se trouve, on voit l’ensemble de la crèche. Et dans ce grand espace, trois grosses boîtes : l’une pour les fluides, l’autre pour les toilette et la dernière pour l’ascenseur puisque la crèche est sur plusieurs étages. Les bébés sont au rez-de-chaussée, les moyens et les grands au premier et les dortoirs dans une mezzanine. Et pour les professionnels, une passerelle relie les différents lieux de vie. L’ensemble est lumineux, fonctionnel, et même élégant !
Le prochain challenge d’Isabelle Bouvier : l’ouverture d’une crèche fin 2017 dans une ancienne usine du 18ème arrondissement. Ses yeux en pétillent rien que de vous montrer les plans !

*9 bis rue Delaître 75020 Paris
**Agence Kalus-Roussel. Meubles Daillot
*** 32 rue de Botzaris 75019 Paris


 
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Modifié le 13 novembre 2017
Bravo pour cette réalisation innovante! Depuis trop longtemps le corps de l’adulte n’est pas pris en compte dans la conception des crèches et cela entraine des contraintes importantes sur le rachis et les articulations des agents qui y travaillent. L'avenir est aux structures qui prendront soin de la qualité de vie au travail (#QVT) de leurs personnels! L'école du dos de la petite enfance milite dans ce sens depuis 15 ans et apporte une formation à la prévention des lombalgies et des TMS spécifique au secteur de la petite enfance. C’est pour cette raison que nous avons créé cette année un « Label Qualité Ecole du Dos » pour les structures de la petite enfance. http://www.dosetpetitenfance.fr/le-label-qualite.html