Difficultés à se faire payer : le témoignage d’Anne-Marie, assistante maternelle

Anne-Marie* est assistante maternelle depuis 20 ans à Vaugrigneuse dans l’Essonne. C’est une bonne assistante maternelle qui aime son métier, s’attache - juste assez mais pas trop - aux enfants qu’elle accueille, essaie d’exercer son métier - car c’est un métier elle y tient -, avec sérieux et avec cœur. C’est une assistante maternelle, pas une assistante sociale ! C’est ce qu’elle explique dans ce témoignage où vous serez surement plus nombreuses que ce que l’on pense à vous retrouver.
« Julie*, à un peu plus de six mois, est arrivée chez moi du jour au lendemain. Sa maman travaillait, elle venait de se séparer (le papa gardait la petite fille), il fallait qu’elle trouve une solution en urgence. Je m’en souviens, la maman est venue me voir un jour férié et j’ai accueilli sa fille dès le lendemain. Comme ça sans période d’adaptation. C’était le 9 mai 2017. Quand elle est arrivée Julie ne bougeait presque pas, elle était un peu perdue. Cela dit j’ai appris par la suite que quand elle était avec le papa, elle passait ses journées dans un transat devant la télé. Nous avons mis quinze jours à faire connaissance. C’était très dur pour cette petite fille. On a réussi à ce qu’elle s’éveille et soit sereine, c’était super.

La maman me payait toujours en espèces
Je n’ai jamais eu de problème avec Julie, ni avec sa maman. Elle était mignonne, propre, bien habillée. On avait le sentiment qu’elle était bien entretenue et choyée chez elle. Et pourtant la maman vivait avec son fils aîné de 5 ans, chez sa tante dans un 25 m2.
La maman discutait avec moi, elle s’attardait un peu, je la sentais un peu démunie. Elle me payait en espèces. Je lui faisais un reçu. Mais à l’heure. Je me disais qu’elle devait être interdit bancaire parce qu’en 20 ans aucun parent ne m’avait jamais payé en espèces. Elle me disait toujours « ne vous inquiétez pas, je vous paierai toujours. » Parfois c’était sa tante qui me faisait un chèque. Elle avait des problèmes de famille, 3 enfants et ne percevait pas de pension alimentaire. Comme elle se confiait un peu à moi, je lui disais qu’elle n’était pas assez aidée, qu’elle devrait voir une assistante sociale et demander une aide à la Caf. Elle me disait oui que c’était en cours. Elle n’avait pas de numéro d’employeur, je ne recevais donc pas de fiche de paie de Paje Emploi. Mon mari m’en faisait une et je lui faisais signer.
Son dossier caf était passé du Vaucluse à l’Essonne. En fait ça trainait, mais ça je l’ai appris plus tard parce qu’elle avait fait de fausses déclarations, comme par exemple dit qu’elle vivait seule quand elle vivait avec les pères de ses enfants. Bref, un mic mac administratif pas très clair.

Pôle Emploi me réclame des trop-perçus … que je n’ai pas perçus !
J’ai appris tout ça au mois de janvier. Depuis décembre Julie ne venait plus car la maman était au chômage. Mais elle m’avait payée sur la base du fixe (sans l’entretien et les repas). Le plus difficile c’est que je n’ai même pas pu dire au revoir à sa petite fille qui du jour au lendemain n’est plus revenue comme elle était arrivée. On s’attache aux enfants, même si on sait qu’ils vont partir.
Début janvier j’ai arrêté le contrat. Fin janvier j’aurais dû percevoir le salaire de base du mois de janvier et les congés payés. Fin février, rien. Mais j’ai enfin reçu mes fiches de paie de Paje Emploi et une reconnaissance de dettes de sa part. Au 15 mars, rien. Je lui ai donné jusqu’au 15 avril. Mais elle est repartie en Vendée… Le pire c’est que Pôle Emploi me réclame de l’argent car elle avait déclaré les salaires et les congés payés. En fait on me réclame des sommes que je n’ai pas perçues ! Soit environ 500 €. Je suis acculée.

Une jeune femme mal accompagnée par les services sociaux
Cette femme était mal accompagnée. Pas suivie par une assistante sociale. Je n’ai pas voulu contacter la PMI, je n’ai pas voulu renter là-dedans car cela nous retombe toujours dessus. Vous ne pouvez pas imaginer les représailles.
Je suis assistante maternelle, pas assistante sociale. Je ne suis pas les services sociaux, j’exerce un métier, je veux un salaire fixe, des horaires respectés… En fait la prochaine fois je n’accepterai pas une famille « à problèmes ». Je trouve finalement que le futur système de tiers payant dont on parle aura au moins l’avantage d’éviter ces inconvénients.
Je n’ai pas envie de l’enfoncer cette jeune femme qui m’assure « je paie toujours mes dettes ». Mais je suis sous la pression de Pôle Emploi et s’il le faut j’irai aux Prud'hommes. Et je réclamerai alors toutes les heures sup que j’avais annulées pour ne pas l’accabler !

Deux fois dans ma carrière
Oui je suis affectée car on fait le maximum et personne ne vous aide et ne vous plaint. J’avais connu cela une fois déjà mais le cas s’était réglé grâce à l’aide de la présidente de mon association .Un papa entrepreneur qui ne payait pas parce que je n’étais qu’une nounou. Il ne m’avait pas déclaré à l’URSSAF.  Elle lui avait montré tout ce qu’il risquait, il a régularisé, il a pris peur. Lui, c’était juste un escroc qui méprisait mon métier.


*Les prénoms ont été changés pour respecter l’anonymat de l’assistante maternelle et de la famille.
Article rédigé par : Propos recueillis par Catherine Lelièvre
Publié le 17 avril 2018
Mis à jour le 17 avril 2018