Conditions de travail

Karine, ancienne auxiliaire de puériculture : « J’ai mis du temps à accepter que je ne pouvais plus faire ce métier »

Dès l’âge de 8 ans, Karine savait qu’elle voulait travailler auprès d’enfants. Après avoir été animatrice, elle devient auxiliaire de puériculture en milieu hospitalier, puis dans différents EAJE. Elle exerce ainsi pendant 15 ans dans une crèche municipale de Charente-Maritime. Mais les dernières années se font dans la douleur car sous le poids de la charge de travail, Karine développe de gros symptômes de stress. Elle se fait difficilement mais progressivement à l’idée qu’elle doit changer de milieu. Cela fait maintenant deux ans qu’elle travaille en mairie. Voici son témoignage.
main et doudou
Perte de motivation
Avant mon burn out, j’envisageais déjà de changer de structure. Le travail à la crèche municipale devenait l’usine. On accueillait de plus en plus d’enfants mais nous n’étions pas forcément plus nombreuses. Chez les grands, il y avait environ 25 enfants pour 4 auxiliaires de puériculture et dans les autres sections, 16 ou 17 enfants pour 2. Sans compter que les professionnelles absentes n’étaient pas toujours remplacées. Nous faisions de grosses horaires, nos RTT passaient parfois à la trappe. Dans ces conditions, difficile d’accompagner les enfants aussi bien que je l’avais appris en formation. Je me revois encore en train de changer un enfant tout en surveillant les autres, et les parents qui s’étonnaient de nous voir si peu nombreuses pour tant d’enfants. J’ai commencé à avoir des nœuds au ventre, des problèmes de sommeil, du mal à manger….

Prise de conscience après une formation sur le stress
J’ai participé à une formation de trois jours sur la gestion du stress dans le milieu de la petite enfance. On nous apprenait à détecter les signes avant-coureurs du stress et du burn out comme le cœur qui s’accélère, les larmes qui montent, et à les gérer, par exemple en faisant de la sophrologie, un travail sur sa respiration. Au fil des points abordés, je me rendais compte que j’étais sujette à tous ces symptômes. J’ai fini par sortir de la salle en larmes, je n’arrivais plus à me calmer. Je m’en voulais d’avoir trop attendu pour y attacher plus d’importance : je suis passée par une grande phase de culpabilité. Mais les métiers du soin, du relationnel sont des professions qu’on choisit, on s’y donne corps et âme. Je me disais qu’il fallait laisser couler, que ça finirait par aller mieux.

Première crise de tétanie
Mais pour moi les choses ont empiré. Je ressentais une grosse fatigue, je supportais beaucoup moins le bruit, je me braquais très facilement, j’étais moins patiente. Un jour j’ai même fait une crise de tétanie alors que m’occupais de 3 enfants en même temps. Je me suis effondrée, je suffoquais, je tremblais. Heureusement une collègue est venue m’aider. C’est à ce moment-là que j’ai compris que ça n’allait pas et qu’a été reconnu mon « burn out ». J’ai eu un suivi psychologique et tout un traitement. J’ai été arrêtée plusieurs fois, à chaque fois je revenais et je disais à ma directrice et mes collègues que ça allait. Au bout d’un an, la psychologue m’a fait comprendre qu’il fallait que j’accepte que ce qui n’allait pas c’était mon travail et que je devais arrêter de culpabiliser de devoir changer. C’était ma vocation depuis toujours… En creusant, on a constaté que j’avais également subi un épuisement maternel après avoir eu mes 2 enfants. Je cumulais beaucoup de fatigue. Finalement tout ça a duré 3 ans - avec d’autres crises et d’autres arrêts. Je sentais que mon corps me lâchait.

Reclassement professionnel
Un soir on a eu une réunion comme on en faisait régulièrement avec la directrice du service petite enfance de la mairie - qui avait eu connaissance de mes soucis. Elle nous a rappelées qu’il ne fallait pas hésiter à venir les rencontrer à la mairie si nous avions des problèmes. C’est ce que j’ai fini par faire : je me suis rendue directement au service des reclassements professionnels pour soumettre l’idée que je serais intéressée si un poste se libérait. Peu de temps après, j’ai obtenu un poste administratif à la mairie. J’ai eu de la chance car j’avais déjà occupé des fonctions administratives au sein d'un Institut Rural d'Education et d'Orientation pendant mon bac Sciences et techniques Médico-Sociales en alternance. L’inverse n’aurait pas été possible…  Ce changement a été très long à intégrer pour moi : j’ai mis au moins un an à l’accepter. Mais en même temps ça a été un vrai soulagement, je dis même que c’est une deuxième vie, une page s’est tournée. Bien sûr j’ai perdu mes collègues et ma directrice m’a beaucoup regrettée. Mais quand parfois j’entends des pleurs d’enfant, j’ai beau être encore très maternante, je sais que je ne pourrais plus accueillir de tout-petits. Peut-être qu’un jour je retravaillerai auprès d’enfants, mais un peu plus âgés ou en milieu hospitalier.

Pour plus de prévention et de reconnaissance
Je suis convaincue qu’on peut exercer ce métier toute une vie, mais en dehors du travail il faut pouvoir se reposer, s’aérer l’esprit, couper les ponts. En revanche, dès qu’on commence à ressentir des failles, il est très important d’en tenir compte sans attendre qu’il soit trop tard et risquer le burn out ou même la faute professionnelle… Les formations sur le stress professionnel devraient être systématiques pour savoir détecter les signes. Cela nous aiderait aussi énormément si les auxiliaires de puériculture étaient plus reconnues, que ce soit par les parents ou les instances politiques. Nous faisons bien plus que changer des couches !
Article rédigé par : Propos recueillis par Armelle Bérard Bergery
Modifié le 13 novembre 2017