La PNL : un nouvel outil de communication pour le secteur petite enfance

Ce courant de thérapie brève né dans les années 1970 aux Etats-Unis, encore peu connu, emprunte à la psychothérapie, à la communication, à la thérapie familiale et à l’hypnose. En petite enfance, un nombre croissant de professionnels sont formés par ce biais, via des ateliers interactifs et collaboratifs. Objectif : mieux communiquer, tant entre équipes qu’avec les parents et les enfants. Dans une relation gagnant-gagnant.
La PNL, c’est quoi ?
La programmation neuro-linguistique (PNL) est un courant de thérapie brève né en 1972 et que l’on doit à John Grinder, professeur de linguistique, et Richard Bandler, mathématicien et psychothérapeute. Pour construire leur méthode, ces deux pionniers sont partis des performances observées chez certains professionnels de la psychothérapie et de la communication, parmi lesquels Fritz Perls, le fondateur de la gestalt-thérapie, Virginia Satir (thérapie familiale) et Milton Erickson, le père de la nouvelle hypnose.
A l’antithèse de la psychanalyse, la PNL est une boîte à outils très opérationnelle et pragmatique, qui privilégie le « comment » au « pourquoi ». Elle propose une grille d’observation basée sur les cinq sens, visant à améliorer la perception que nous avons de nous-mêmes et des autres, de programmer et reproduire ses propres modèles de réussite, de se fixer des objectifs et de les réaliser. En France, l’enseignement de cette technique de développement personnel a longtemps fait la part belle aux milieux du management et des ressources humaines. Ce n’est que depuis quelques années qu’il touche la petite enfance, par le biais de formateurs/trices pour la plupart anciens du secteur.
« Utiliser la PNL dans l'accompagnement est presque une philosophie de vie, avec toujours une posture de bienveillance et de non jugement par rapport à l'autre », précise Annie Pinteaux, EJE et éducatrice spécialisée, aujourd'hui enseignante certifiée en PNL et responsable de l’association HARPE (Harmonie Relation-Parent) à Rabastens (Tarn).

La PNL, couteau-suisse des problématiques du quotidien des professionnels
La PNL peut s’avérer une aide très efficace pour les professionnels, dans l’ensemble des problématiques de leur quotidien.

• Echanges inter-équipes : apprendre à mieux se parler, pour mieux se comprendre
La PNL apprend à se dire que chacun a le droit de penser, de se comporter et de réagir à sa façon. « Quand j’interviens en analyse de pratiques auprès des équipes, je commence par dire que tout ce qui va être dit sera faux, car chacun a sa propre vérité, soulève Stéphanie Disant, éducatrice de jeunes enfants et ancienne directrice de crèche, coach et formatrice petite enfance en PNL. J’invite les gens à arrêter d’essayer d’avoir raison et à rechercher ce qu’il s’est passé, en profondeur, pour chacun. »
Un exemple : une professionnelle aura besoin que les livres soient rangés tranche visible, du plus grand au plus petit, car pour elle c’est important (fonctionnement « visuel »). Sa collègue, par contre, va les ranger sens dessus-dessous, car pour elle ce qui prime, c’est d’être dans la relation avec les enfants (fonctionnement « kinesthésique »). Si la première fait une réflexion à l’autre, et que celle-ci lui répond « ça va, ça n’est pas grave », c’est complètement renier ce qu’est et ce que vit l’intéressée. Ce qui change du tout au tout si elle lui répond : « Effectivement, je vois que pour toi c’est important. »
La PNL enseigne aussi des techniques de communication assertives, donnant la capacité à parler de soi, à évoquer l’émotion que tel ou tel comportement peut provoquer en nous. Autre exemple donné par Stéphanie Disant : un collègue nous pose un peu rudement un courrier sur le bureau. Réaction instinctive : venir voir la personne et lui dire « tu me manques de respect ». La bonne solution ? Déclarer plutôt : « Je ne dis pas que c’est ton intention, mais quand tu me poses le courrier comme cela, je me sens pas respectée, avec mes valeurs et ma perception. » Du coup, on ne vient pas attaquer l’autre, mais juste ouvrir en disant : « regarde ce que j’ai vécu quand tu as agi ainsi. »

Des outils de management : se positionner en fonction du profil de l’interlocuteur.
La PNL peut aussi donner aux responsables de structures de précieuses « billes » pour asseoir leur management. En matière de recrutement, tout d’abord. La méthode apporte des outils linguistiques pour repérer les traits de caractère lors d’un entretien de recrutement. « Le non-verbal représente quelque 80 % de la communication : il est très important de prêter attention à l’attitude, aux sourires, aux regards, au contact, afin de bien cerner son interlocuteur », précise Stéphanie Disant. A la clé, la possibilité d’embaucher la personne qui corresponde le mieux au poste qu’on lui propose et à l’équipe dans laquelle elle va s’intégrer. « Je pars d’une fiche de poste en méta-programmes, illustre-t-elle. Je dois remplacer une personne qui animait l’équipe et qui était force de proposition ? Je vais donc avoir besoin d’une personne proactive. Si, à l’inverse, il s’agit d’assister un leader, je vais privilégier une personne réactive. »
Des astuces pour motiver les troupes, en s’adaptant au mieux à chaque profil. « Certaines professionnelles sont plus réceptives au « bâton », et d’autres à « la carotte », explique Stéphanie Disant. On va leur dire exactement la même chose, mais ce sont les mots qui vont changer. Exemple : à la première catégorie de professionnelles : « Les enfants iront poser leurs bavoirs eux-mêmes dans le bac, cela évitera qu’il y ait le bazar. » A la seconde : « Cela permettra que ce soit rangé » ».
Mêmes outils de management chez Annie Pinteaux. « Il s’agit d’exclure tout jugement, toute évaluation « sauvage » : chacun a besoin d’apprendre à s’autoévaluer et à s’autoréguler, précise-t-elle. Dire : « Ce que j’apprécie chez toi  c’est… Je peux te suggérer… », c’est bien plus efficace que d’intimer de but en blanc à la personne ce qu’elle doit faire ! »

Relations apaisées avec les parents
Des parents toujours en mode « rush », qui écoutent à peine les transmissions ; des enfants qui arrivent pas toujours très nets… La PNL aide les professionnels à sortir du schéma de jugement, à dépasser leurs a priori pour essayer de voir les choses sous une autre facette, celle du parent. « Je leur montre que les parents qui, lorsqu’ils demandent comment s’est passé la journée, ont juste besoin d’entendre un « oui ça va », et se fichent des détails, fonctionnent tout simplement sur un mode global : ils ne se désintéressent pas de leur enfant, mais placent leurs priorités ailleurs », pointe Stéphanie Disant. De même, face à un enfant qui arrive mal coiffé ou fagoté, il faut voir, de manière ponctuelle, un début de journée compliqué ou un manque d’organisation de la part des parents, sans pour autant les taxer de démissionnaires.
Des enfants mieux respectés dans leur individualité et dans leurs émotions
La PNL est un formidable vecteur d’accompagnement des tout-petits dans leurs émotions et de respect de leur individualité. « Souvent en  EAJE, l’organisation est axée sur une hiérarchie plutôt verticale, déclare Annie Pinteaux. Moi, je propose plutôt un management en banc : on demande de quoi l’enfant a besoin et qui va faire quoi, en lien avec ses propres compétences. »
La PNL n’est pas une méthode pour que l’enfant soit « sage ». Les formations en PNL visent à soutenir son estime et sa confiance en soi, en puisant dans les derniers apports des neurosciences, afin de le remettre à son réel niveau de maturité émotionnelle. « Je conseille aux professionnels d’avoir une parole vraie et authentique : dites ce que vous ressentez, et reconnaissez que lui peut réagir à sa façon, ajoute Stéphanie Disant. Par exemple, lui ordonner : « Relève-toi, tu ne t’es pas fait mal », c’est couper le circuit qui va au cerveau entre la cause et l’effet. Par ailleurs, parler de « douleur » (quand il tombe et pleure), ce n’est pas forcément approprié : il pleure peut-être parce qu’il est en colère, qu’il est déçu… Attention à ce qu’on est en train de poser sur un enfant ! »

Formations PNL en Petite Enfance : comment ça se passe ?
Sur quelques heures ou une journée, les formations en PNL allient théorie (un peu) et pratique (beaucoup), via des ateliers ludiques favorisant l’expression des besoins, des émotions. Ils permettent la prise de conscience de ses comportements et l'accès au changement.
Annie Pinteaux accompagne quatre crèches et deux RAM (relais d’assistantes maternelles), dont un LAEP (lieu d’accueil enfants-parents).

Première étape : connaitre les besoins des personnes présentes, écoute de leurs représentations, des valeurs de la structure, en fonction du thème choisi. « Mieux communiquer et se sentir à l'aise est souvent au centre des préoccupations », explique la formatrice.
Ensuite, un contrat de relation (confidentialité, absence de jugement, respect de la différence, de la parole ...) s'élabore avec toutes les personnes présentes, afin que chacun se sente pleinement en confiance. Annie ajoute : « Il me semble nécessaire que chacune puisse avoir conscience de sa place dans le système, ainsi que de ses compétences et qualités. Si celles-ci ne sont pas tout à fait adaptées, nous essayons de voir ensemble comment trouver une alternative. »
Le challenge, à ce stade : prendre le temps de s’écouter, sans interprétation. « Ce qui ne coule pas de source », pointe Annie Pinteaux. Puis la formatrice va s’appuyer sur les besoins de l’enfant, qui vont être au centre, quelle que soit la problématique envisagée. « Par exemple : dans une crèche, chaque professionnel a envie de faire une activité, illustre Annie. Je les invite à se demander si toutes ces activités ont du sens pour les enfants, et à réfléchir à ce que cela modifierait de céder la place à une activité peut-être plus adaptée au moment de la journée, ou à l’évolution des enfants. Objectif : que toutes les personnes du groupe trouvent ensemble un ajustement, en plein accord, et que cet ajustement soit vraiment mis au service de l’autonomie et de l'évolution de l’enfant, dans le respect de son rythme ».

Seconde phase : les ateliers d’expérimentation, à partir desquels on partage. « Je privilégie les mises en situation assez ludiques, qui vont permettre aux personnes de se centrer, de canaliser leur concentration et leur pleine conscience par rapport à ce qu’elles ressentent », évoque Annie. Pour cela, elle utilise beaucoup la symbolique (peinture, collages…), ainsi que des jeux (avec des balles, des sacs…), visant à favoriser l’éducation émotionnelle ou l’éveil de la conscience par le corps. « Cela leur permet de mieux voir ce qu’il est nécessaire de changer, de se rendre compte de ce qui les dérange », précise-t-elle.
Annie travaille beaucoup sur les émotions. « Les personnes étant en cercle, je leur demande de fermer les yeux, je leur mets un objet dans la main et les invite à se mettre en contact, à exprimer ce qu’elles ressentent à propos de cet objet, avant de le regarder et de jouer avec, raconte-t-elle. Ce qui permet d’éveiller l’attention nécessaire pour accompagner cet être subtil et sensible qu’est l’enfant. Et qui nous amène, dans un second temps, à voir comment on peut coopérer ensemble, puis à aborder la notion de travail d’équipe et de la place que chacun y occupe. »

Les concepts-clés de la PNL

La PNL est une technique accessible à tous, mais dont il faut connaître quelques concepts-clés, aux noms parfois de prime abord un peu obscurs.
La « carte du monde » : elle est composée de l’ensemble des représentations et des valeurs propres à chaque groupe. Une carte qu’il est essentiel d’apprendre à connaître, à apprendre à explorer pour, ensuite, explorer plus efficacement celle des autres.

• Les « méta-programmes » : ce sont les traits de caractère de chacun d’entre nous. Sachant que nous fonctionnons tous selon un mode de fonctionnement privilégié ; auditif, visuel, olfactif, gustatif ou kinesthésique (émotions).  De même, nous jouons tous un rôle, souvent inconsciemment, au sein des relations sociales : est-ce qu’on est plutôt « sauveteur », « victime », « persécuteur » ? A savoir, est-ce qu’on va développer plutôt de l’écoute, de la permission, du soutien ?

La « modélisation » : c’est le fait de mobiliser les ressources de notre inconscient pour mieux connaître les moments où l’on se sent efficace et compétent, afin de construire une boîte à outils permettant de comprendre les process à l’œuvre et modifier ses modes de communication quand les précédents ne marchent pas.
 

Article rédigé par : Catherine Piraud-Rouet
Publié le 30 août 2018
Mis à jour le 02 septembre 2018