Alexandra, animatrice de RAM : pourquoi les RAM ont fermé au lieu de soutenir les assistants maternels ?

Alexandra, EJE, animatrice d’un Relais Assistants Maternels (RAM) s’interroge sur l’avenir des assistants maternels, premier mode de garde formel en France, et celui des animateurs de RAM dont on ne cesse d'accroître les missions. Elle ne comprend pas pourquoi la plupart des RAM ne sont pas restés ouverts pour accompagner ces professionnels de l'accueil individuel à qui on a demandé de se mobiliser durant cette crise sanitaire inédite. Voici son témoignage, inspiré par son expérience personnelle, mais qui pose des questions qui concernent tous les professionnels de l’accueil individuel du jeune enfant.

Lundi 13 avril, le Président Macron a évoqué de nombreuses professions et pour la première fois les travailleurs sociaux... car oui, pour la plupart, nous sommes toujours mobilisés aussi. Je pense notamment à mes collègues animatrices de Relais Assistants Maternels (RAM), aux EJE mobilisés pour l'accueil d'urgence dans les crèches qui peuvent encore accueillir... Mais il y a une profession qui est systématiquement oubliée dans cette crise et pourtant, cette profession a été mobilisée dès le début de la crise, sans lui avoir demandé son avis, sans mesure de protection particulière...

Assistants maternels en première ligne et pourtant oubliés
Ces professionnels oubliés de la crise, ce sont les assistants maternels agréés car si les crèches ont été fermées dès le début du confinement, il a été demandé aux professionnels de l'accueil individuel de continuer leur activité.
En temps normal, il faut savoir qu'un assistant maternel pour accueillir, doit avoir un agrément délivré par le Département via le service de PMI.  Celui-ci lui permet d'accueillir 1 à 4 enfants maximum et est valable 5 ans. Durant l'agrément, l’assistant maternel est contrôlé et accompagné régulièrement par le service de PMI. Pour exercer, il doit répondre à des critères d'hygiène et de sécurité du domicile assez conséquents, remettant souvent en question son milieu familial.

La loi d'urgence sanitaire décrétée mi-mars demandait aux AMA de maintenir leur activité quoi qu'il en soit et surtout, d'accueillir des enfants de personnels dits "prioritaires" (soignants, livreurs, commerçants...). Pour se faire, la loi passe leur agrément à 6 enfants (au lieu de 4 maximum).
Problématique supplémentaire, les enfants des Assistants maternels sont confinés au domicile, les écoles étant fermées aussi... Les assistants maternels doivent donc gérer 6 enfants en bas-âge sous leur garde et faire l'école à leurs propres enfants. Ceci est complètement aberrant en plus d'être dangereux. La situation risque d'épuiser les assistants maternels réduisant ainsi leur vigilance et augmentant les risques d'accidents domestiques.

Les assistants maternels souvent sans consigne spécifique ni information rapidement de la PMI se sont retrouvés à assurer une mission de Service Public. Eux, qui d'habitude travaillent dans l'ombre et la précarité, sont soudain devenus totalement indispensables et doivent "contribuer à l'effort national". On leur demande de s'arrêter s’ils sont personnes à risques, parle de chômage partiel pour ceux dont l'activité sera restreinte mais il faut plutôt qu'ils continuent leur activité dans la mesure du possible.
 
« En tant qu’animatrice de RAM, mon devoir était de protéger les assistants maternels »

Dans certains départements, les premiers jours de confinement se passent bien, les PMI et les RAM sont présents, soutenants et apportent régulièrement des informations aux AMA. Puis les problèmes commencent... car il y a les consignes gouvernementales demandant de respecter strictement le confinement (en ne sortant pas de chez soi) et il y a la loi d'urgence sanitaire demandant aux assistants maternels d'accueillir les enfants. La plupart des PMI et des RAM, afin de protéger les assistants maternels, leur demandent de ne pas accueillir d'enfants dont les parents sont au domicile (chômage partiel, télétravail...). Une grande majorité des parents-employeurs sont compréhensifs voire en demande de garder leurs enfants, d'autres refusent de jouer le jeu estimant payer pour un service du, même si eux-mêmes ne travaillent pas.

Pour ma part, je suis de ces travailleurs sociaux qui ont voulu protéger les AMA, comme je le fais au quotidien depuis plus de 8 ans dans ma fonction de responsable de RAM. J'ai pensé bien faire en demandant aux familles et aux AMA de faire preuve de bon sens et de respecter les règles de confinement, en informant 2 fois par jour les assistants maternels et les parents des nouvelles concernant les mesures sanitaires, la législation, les conséquences sur le salaire des AMA, ...
Avant que le confinement ne commence, j'avais décidé d'annuler les accueils-jeux, j'ai informé mon employeur de mon désir de télé-travailler de chez moi (étant personne à risque), ce qui avait été accepté.
Tout se passait bien ces 2 premiers jours, notre réseau départemental de RAM s'échangeait les informations nécessaires pour bien orienter les familles et les professionnels.

Pourquoi de nombreux RAM ne sont pas restés en activité pour soutenir les assistants maternels ?
Mais un parent mécontent de ma réponse concernant le fait qu'il continuait à emmener son enfant chez l'assistant maternel alors qu'il était au domicile a pris contact avec la PMI. PMI qui n'avait encore pas envoyé de consignes claires aux AMA mais qui dans les jours suivants demandait que les assistants maternels maintiennent leurs accueils quelle que soit la situation du parent.
La PMI a ensuite pris contact avec ma hiérarchie qui ayant jugé le service du RAM non essentiel m'a demandé de cesser immédiatement toute activité (permanence téléphonique, mails, ...).
Donc depuis le 3e jour de confinement, les AMA de mon territoire ainsi que les familles qui les emploient se retrouvent sans lien-ressource.
Les assistants maternels : fatigués et écœurés
Un mois après, le RAM est toujours fermé, comme beaucoup d'autres en France malheureusement. Et je suis inquiète pour plusieurs raisons.

Tout d'abord, j'ai pu constater sur les réseaux sociaux que beaucoup d'assistants maternels se plaignent d'être abandonnées, leur PMI ou leur RAM étant "aux abonnés absents". Malheureusement, nous, institutions, sommes tributaires des décisions de nos hiérarchies et beaucoup de PMI ou de RAM ont été fermés sur décisions hiérarchiques. Les assistants maternels comme les parents n'en ont pas conscience.

Les assistants maternels vivent très mal le fait « d'avoir été réquisitionnés » alors qu'ils sont des travailleurs de l'ombre. En effet, les assistants maternels tout en étant le premier mode d'accueil en France, sont rarement le premier choix des parents quand il y a des crèches sur le territoire. Ils sont en général, un choix par défaut (surtout en zone urbaine). Eux qui sont boudés, décriés doivent tout d'un coup passer en première ligne.
Beaucoup expriment leur ras le bol et certains envisagent même de cesser leur activité de façon anticipée tant ils sont écœurés par leurs conditions de travail.
Ce sont des travailleurs précaires, qui travaillent jusqu'à 60 heures par semaines pour des salaires peu élevés, peu ou pas de reconnaissance sociale (notamment auprès des banques). Les assistants maternels sont aussi des professionnels vieillissants, proches de la retraite et le métier attire de moins en moins de candidats.

Les animateurs de RAM, des professionnels non essentiels !
Je suis inquiète pour l'avenir des RAM et notamment pour le nôtre, animateurs de RAM.  Car si dans une crise comme celle-ci où l'on met en première ligne les assistants maternels, l’on juge les RAM non essentiels... Alors en quoi en temps normal le sommes-nous ?
La Cnaf nous a créé il y a 30 ans, pour permettre de rompre l'isolement de ces professionnels (en très grande majorité des femmes) qui travaillent seuls chez eux, pour les accompagner, les aider à se professionnaliser mais aussi être un lieu -ressource. Et aujourd'hui, au moment où ils auraient le plus besoin de nous, des hiérarchies nous classent comme non essentiels !
C'est là toute la méconnaissance de nos hiérarchies vit à vis de notre travail au quotidien... nous faisons plus que donner des listes d'AMA, que d'informer sur les différents modes d'accueil de nos territoires, de parler contrat de travail et congés payés... nous sommes là pour accompagner les assistants maternels dans leur rôle de salariés certes, mais aussi dans tout ce qui est mis en place pour l'accueil des enfants.
Nous sommes des personnes à qui ils font confiance, vers lesquelles ils se tournent car nous n'avons aucun lien hiérarchique avec eux, nous n'intervenons pas dans le contrôle, dans l'agrément, nous les conseillons sans jugement. Nous sommes parfois le seul adulte vers lequel ils se tournent.
Donc nous sommes essentiels et encore plus en ce moment de crise, les assistants maternels devraient pouvoir se tourner vers nous en ce moment ne serait-ce que pour avoir quelqu'un à l'écoute.
 
Les RAM ont peu de moyens et de lourdes missions

Même les PMI sont dans le collimateur... une lettre ouverte d'un grand professionnel de la Petite Enfance tirait à boulet rouge sur ce service pointant notamment du doigts sa gestion catastrophique de cette crise concernant les assistants maternels. La PMI fait face comme tout service public a des problématiques de manque de moyens, de manque de personnel... il faut assurer de plus en plus de missions avec peu.
Les RAM ne sont pas en reste... peu de moyens, peu de personnel... mais de plus en plus de missions.

Au final, c'est unis qu'il faut lutter. Il n'est pas l'heure de se tirer les uns sur les autres. Par la suite, oui, il faudra tirer les conséquences de tout cela, il faudra tirer à nouveau des signaux d'alarme, faire le bilan et repenser notre façon de travailler. Mais pour l'heure, il faut se soutenir, rester unis afin que nos professions ne disparaissent pas, car elles sont essentielles.

 
Article rédigé par : Alexandra, animatrice de RAM
Publié le 24 avril 2020
Mis à jour le 08 mai 2020